Rencontres paranormales: «du pur divertissement», selon TVA

Rappelez-vous l'avertissement qui clignotait au début de chacune des émissions de Rencontres paranormales à TVA: «Les événements dont vous allez bientôt être témoins sont réels et n'utilisent aucun effet d'illusion.»

Il semble que le vrai réseau ait changé son fusil d'épaule depuis le dépôt d'une plainte, le 15 juin dernier, au Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) à propos d'affirmations trompeuses contenues dans cette production de Chantal Lacroix, qui mettait en vedette le sensoriel Roger Mainville, alias l'homme qui parlait aux entités avec une table. Cette dernière, toujours en déséquilibre sur deux pattes, répondait à grands coups de bang! et de bang, bang! Un meuble qui avait de la jasette, quoi.

Dans une missive de réplique envoyée au CCNR le 22 juillet, et qui signale une certaine volte-face, TVA admet que Rencontres paranormales «est une émission de pur divertissement». «Elle ne rencontre pas la définition de nouvelle, d'affaires publiques, de magazine, d'émission de débat, d'émission téléphonique, de points de vue, de commentaire ou d'éditorial», écrit le réseau de Quebecor dans une lettre signée par sa vice-présidente à la programmation, France Lauzière.

C'est un physicien et chargé de cours à l'Université de Sherbrooke, Dany Plouffe, qui a exprimé son mécontentement au CCNR devant ces quatre émissions d'une heure, diffusées entre novembre 2010 et avril 2011, qui auraient dupé des milliers de téléspectateurs. La plainte de Dany Plouffe a été paraphée et endossée par 18 universitaires reconnus et respectés, dont le président de l'ACFAS, Pierre Noreau, l'astronome Pierre Chastenay (animateur du Code Chastenay à Télé-Québec), le président des Sceptiques du Québec, Louis Dubé, le président de l'Association des communicateurs scientifiques du Québec, Mathieu-Robert Sauvé, et le directeur du Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal, Daniel Weinstock.

«Les trucs utilisés dans l'émission sont extrêmement simples. Il existe un truc de physique pour faire bouger la table. Il y a un effet de levier. L'astuce, c'est de forcer dans la bonne direction. Chantal Lacroix a donné sa crédibilité à ça sans connaître certains éléments de base», croit Dany Plouffe, détenteur d'un doctorat en physique.

Au lancement de Rencontres paranormales, fin novembre 2010, TVA notait, dans un communiqué de presse, que, «guidés par un médium et une équipe de spécialistes en détection de phénomènes du genre, des artistes invités participent à une expérience réelle de communication paranormale».

Entre cette description quasi scientifique et un «pur divertissement», le ton a changé depuis l'alerte sonnée au CCNR. «Nous ne croyons pas avoir berné le téléspectateur ni abusé de sa crédibilité», conclut France Lauzière dans sa lettre de défense.

Hier, la porte-parole de TVA, Véronique Mercier, rappelait que la mise en garde à propos des faits réels contenus dans Rencontres paranormales, «c'était pour montrer que rien n'a été ajouté au montage ou trafiqué en postproduction».

Le 29 septembre dernier, lors d'une conférence donnée au Centre St-Pierre à Montréal, le sceptique et magicien canadien James Randi a lancé son célèbre défi du million de dollars à Roger Mainville. Si le médium de TVA réussissait à faire bouger la table devant lui, sans aucun trucage, James Randi lui remettait le gros lot sur-le-champ. Pas de chance, Roger Mainville, l'homme qui communique avec les morts, n'a pas donné signe de vie cette journée-là. Voilà un phénomène inexpliqué très intéressant.

Quant au CCNR, il devrait rendre sa décision sur Rencontres paranormales à la fin de l'automne.

La chasse au cercopithèque

Call-TV disparaîtrait - enfin - si tous les téléspectateurs ne s'y branchaient plus. Vrai. Malheureusement, ce n'est pas aussi simple que ça.

Souvent, ce sont des gens plus vulnérables qui se font hameçonner par les jeux douteux de cette infopub déguisée en concours télévisuel. L'appât du gain couplé à une question en apparence enfantine fait flancher des milliers de téléspectateurs plus faibles, malgré tous les avertissements dans les journaux et les vidéos débiles qui roulent sur YouTube.

Tenez, vendredi soir dernier, l'animateur surexcité implorait les amis à la maison de lui fournir des noms d'animaux se terminant par la lettre «e». Le prix scintillait à l'écran: 3500$. Il suffisait d'envoyer un texto à un dollar pour tenter de rafler cette jolie cagnotte. Et personne n'appelle en studio, c'est ma chance! Grave erreur de débutant.

Le mot aigle a bien sûr été accepté dans les premières minutes, mais toutes les autres réponses évidentes auxquelles vous pensez (girafe, oie, tigre, etc.) n'ont pas fonctionné pendant deux longues et pénibles heures. Car les «animaux» gagnants prédéterminés par la production, et qui se cachaient dans les fameuses enveloppes bleues et blanches, se lisaient comme suit: cercopithèque, cantharide, caille cacabe et hyponomeute. Non, ce n'est pas une blague, c'est malheureusement de la fraude intellectuelle.

Après ça, dites-moi sans rire que cette émission respecte tous les standards de qualité dignes d'une grande station de télévision québécoise. Pour sa crédibilité, la chaîne V ne devrait plus tolérer une telle niaiserie sur ses ondes. C'est trop facile et irresponsable de se dédouaner en affirmant que Call-TV n'est qu'une infopub ne faisant pas partie de la programmation dite régulière. Il est grand temps d'appuyer sur le bouton chaud du grand «flush».

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