Augusta reprend son souffle

L'Augusta National a repris son cours normal depuis... (Photo Jim Watson, AFP)

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L'Augusta National a repris son cours normal depuis qu'Adam Scott a concrétisé sa victoire en prolongation au Tournoi des Maîtres, dimanche. Il en sera ainsi jusqu'en avril prochain.

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François Gagnon
La Presse

(Augusta) En quittant l'Augusta National tard dimanche soir, mon collègue Brian Biggane, du Palm Beach Post, se demandait de quoi aurait l'air Augusta au lendemain de la victoire d'Adam Scott.

La réponse est simple: c'était tranquille. Très tranquille!

Comme les jets privés à bord desquels les joueurs, leurs invités et les stars sont venus et repartis, les amateurs avaient disparu eux aussi.

Résultat: au lieu de passer de 25 à 30 minutes à avancer, arrêter, avancer encore et arrêter de nouveau pour me rendre du chic Econo Lodge Motel au parcours mythique comme je le faisais tous les matins depuis lundi dernier, j'ai fait le même trajet en moins de cinq minutes - top chrono - hier.

La plus longue file dans laquelle je me suis immobilisé s'étendait sur... quatre voitures. J'ai vu deux ou trois véhicules aux couleurs du shérif de Richmond County sur Washington Road. Mais entre lundi dernier et la journée de la grande finale du Tournoi des Maîtres, on en relevait deux ou trois à chaque intersection. Sans oublier les motards qui allaient d'un bout à l'autre du boulevard pour faire changer d'idée quiconque aurait simplement l'intention de tenter de couper la file.

À l'image de la «Main» d'Augusta, le très vaste terrain vague transformé en stationnement était vide. Rien à voir avec le spectacle saisissant de la dernière semaine lorsque les rangées de voitures garées étaient si nombreuses et si longues qu'on ne pouvait pas en voir le début de la fin...

Souffle coupé

Derrière les portes gardées par des agents de sécurité, l'Augusta National reprenait son souffle après avoir été piétiné par au moins 50 000 amateurs de golf pendant sept jours. Vingt-huit chanceux avaient eux le souffle court, voire carrément coupé.

Ces 28 chanceux, dont les noms ont été pigés dans un baril contenant ceux de tous les journalistes présents en fin de semaine, étaient invités par le «Masters» pour disputer une ronde de golf avec tous les privilèges - ou à peu près - réservés aux membres : arrivée présidentielle par Magnolia Lane; accès au vestiaire des champions avec le privilège de ranger ses effets personnels dans un casier déjà utilisé par Sam Snead, Jack Nicklaus, Tiger Woods et les autres «Maîtres» du golf; accès au champ d'entraînement; grand honneur de s'élancer du premier tertre et de caler un dernier coup roulé sur le vert du 18e trou.

Je n'ai pu jouir de ces privilèges. Mes collègues Pierre Savard, du Journal de Québec, et Denis Messier, qui complétera bientôt son demi-siècle à La Tribune de Sherbrooke, oui. Si je suis jaloux? Mettez-en! Pierre a gagné dès son premier Masters. Un exploit. Denis gagnait pour la troisième fois à sa 17e visite. Il n'a pas même une seconde songé à partager. Denis roulait vers le Nord quand je l'ai joint pour parler de sa journée. En fait, non, il flottait en dépit d'un score, fort honnête, de 95. Il paraît que Pierre a joué 97. Je vais leur laisser le plaisir de vous raconter.

Survoltage économique

À quel point le golf et le Tournoi des Maîtres sont-ils importants pour Augusta et son économie?

Sur le panneau publicitaire incitant les pécheurs à franchir les portes de son lieu de culte, le «preacher» de je ne sais plus au juste quelle Église a écrit: Jésus vous aime en dépit de vos bogeys.

God Bless!

Car au nombre de fois où j'ai sacré après lui en le tenant seul responsable d'une balle envoyée dans le bois, perdue dans l'eau ou d'un autre simonac de vert de trois roulés, j'étais convaincu qu'il ne voulait plus rien savoir de moi depuis des années.

Plus sérieusement, je vous parlais de mon chic motel plus haut. Quand je suis allé dire au gérant que j'y dormirais une nuit de plus, il s'est frotté les mains. Car après une semaine de «no vacancy», je vous écris de l'une des trois seules chambres occupées ce soir. Il y en a 57 réparties sur 3 étages.

Et vous savez quoi? Après avoir payé 250 $ la nuitée - le compte de dépenses s'en vient, boss - depuis lundi dernier, j'ai payé 51 $ hier. Plus taxes.

«On vit pendant le Tournoi et on tente de survivre le reste de l'année», que le gérant m'a dit.

Cette vérité sautait aux yeux hier.

Le «Hooters», où la bouffe est aussi artificielle que les sourires et les poitrines des serveuses qui y travaillent, avait érigé de grandes tentes pour tripler, peut-être même quadrupler, la superficie du restaurant et profiter de la manne du Masters.

Les tentes étaient démontées hier. Les Jaguar et autres Land Rover bien astiqués devant lesquels les spectateurs arrivant à Augusta pouvaient se mirer étaient retournés en salle de montre.

De tous les stands artisanaux érigés le long de Washington Road où étaient vendues à fort prix toutes sortes de babioles à l'effigie du Masters, il n'en restait qu'un. Et à voir le visage long du pauvre gars qui regardait les rares voitures défiler, il était clair qu'il n'avait pas gagné au tirage au sort lui non plus.

Devant tous ces magasins et restaurants qui grouillaient d'activité depuis une semaine, les messages «Merci, amateurs de golf, à l'an prochain» témoignaient aussi de l'importance de ce tournoi.

Augusta n'est pas une ville fantôme. Selon les données du dernier recensement, quelque 200 000 personnes y vivent. Mais avec l'argent qu'ils y dépensent en sept jours pour se loger, manger, boire, se stationner et acheter des billets qui coûtent autour de 250 $ mais qui sont ensuite revendus parfois jusqu'à 10, voire 15 fois le prix sur le marché noir, les fans de golf attirés par le Masters donnent chaque printemps à cette ville un survoltage économique qui semble vital.

La manne est tellement imposante qu'un revendeur, comme les avocats, les dentistes, les églises et les commerces de prêt sur gage, a acheté de la publicité dans les abribus répartis autour de la ville. Si ça vous intéresse, son numéro est 706-550-1227. J'ai appelé. Une boîte vocale m'a répondu. Comme tout le monde, le gars a levé les feutres. Mais la machine fait dire de laisser un message. Qu'il rappellera quand il reviendra. Car il reviendra. Parce que le Masters reviendra l'an prochain encore. Et moi aussi. Du moins, je l'espère.

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