Revoici Michel Therrien

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François Gagnon
La Presse

Aussitôt entré dans le bureau de Michel Therrien au Centre d'entraînement de Brossard, une photo stratégiquement accrochée à la droite de la porte attire l'attention. Toute l'attention. On y voit Therrien, alors entraîneur-chef des Penguins de Pittsburgh, entouré de Mario Lemieux et de Sidney Crosby.

Cette photo rappelle son premier match à la barre des Penguins. Un match qui fut le tout dernier de Mario Lemieux dans l'uniforme de son équipe. Le tout premier de Sidney Crosby arborant un «A» sur son chandail.

«Je voulais profiter de cette partie pour donner un nouveau souffle aux Penguins», se souvient Michel Therrien qui avait alors retiré le titre d'assistant au vétéran John LeClair pour le donner au jeune Crosby.

En plus de marquer un moment important de sa carrière, cette photo lance un message aux joueurs appelés dans le bureau du coach du CH. Elle témoigne d'une expérience acquise auprès du meilleur joueur de l'histoire de la LNH et de son principal dauphin. Elle confirme que le Michel Therrien qui dirigera ce soir la première partie de son deuxième règne à la barre du Tricolore, sa 500e en carrière dans la LNH, est pas mal mieux préparé à relever le défi imposant qui se dresse devant lui qu'il ne l'était à son arrivée en novembre 2000, lorsqu'il a remplacé Alain Vigneault.

«Quand je repense à cette première expérience, je me demande encore comment j'ai fait pour passer à travers. Je ne connaissais rien de la LNH. J'étais impressionné de me retrouver à New York et dans les autres grandes villes. J'étais dépassé par l'ampleur de la Ligue nationale», se souvient Therrien.

Simple hasard ou stratégie bien calculée, ce cliché est d'une dimension parfaite.

Une photographie trop grosse aurait suscité un certain malaise dans le vestiaire. Bien qu'ils représentent l'une des puissances de la LNH et que leur capitaine est le meilleur hockeyeur du monde, les Penguins et Crosby demeurent des ennemis du Canadien. Une photo trop petite aurait donné l'impression que Therrien était un peu gêné de souligner son séjour à Pittsburgh. Un séjour fructueux puisqu'il a conduit ses jeunes Penguins à la finale de la Coupe Stanley en 2008 avant de les voir soulever le précieux trophée l'année suivante sous la gouverne de son successeur Dan Bylsma.

Ni trop grosse ni trop petite, cette photographie donne de la crédibilité au nouvel entraîneur du Canadien. Une autre en compagnie de Doug Gilmour dans l'uniforme tricolore confirme ses liens étroits avec l'organisation. Deux autres photos chères à Therrien sont aussi bien en vue dans ce bureau: l'une immortalise sa conquête de la Coupe Memorial à la barre des Bisons de Granby avec Francis Bouillon comme capitaine et les frères Morissettes, ses alliés de toujours. L'autre met en vedette ses enfants: Élizabeth et Charles.

Nouvelle approche

Michel Therrien est bien conscient de la chance qui s'offre à lui. Presque 10 ans, jour pour jour, après son congédiement à Montréal, Therrien sera de retour derrière le banc dans le cadre d'un traditionnel duel du samedi soir opposant le Canadien et les Maple Leafs. «Difficile de demander mieux», lance Therrien du tac au tac.

Cette chance, Therrien prendra tous les moyens à sa disposition pour éviter de la gaspiller. Après avoir patienté quatre long mois en raison d'un lock-out qui l'a privé d'un camp d'entraînement digne de ce nom, le nouvel entraîneur se sent malgré tout d'attaque. Comme son équipe.

«Je suis un meilleur coach qu'à mes débuts. J'ai appris à composer avec les éléments. Avec les situations. Je comprends mieux la nature du travail et les façons de bien le faire. À mes débuts, j'avais la même philosophie qu'à l'école: les joueurs devaient récolter des résultats pour obtenir la meilleure note possible en fin d'année. Ils partaient de 0 et devaient viser 100%. À quelques heures de notre premier match, tous mes joueurs ont 100%. C'est à moi de les garder là où ils sont. D'éviter qu'ils perdent des points au fil de la saison. Meilleures seront les notes à la fin de l'année, meilleure aura été notre saison», a illustré Michel Therrien lors de notre rencontre plus tôt cette semaine.

Communiquer et non dicter

Dès le premier entrainement qu'il a dirigé dimanche dernier, ce côté méconnu de Michel Therrien, le professeur, a fait surface.

Moins tranchant qu'à ses débuts alors qu'il demandait à ses joueurs de chausser des bottes de travail à bouts d'acier et menait ses entraînements d'une main de fer, Therrien m'a surpris par l'attention qu'il portait aux détails. Plus calme, plus confiant en ses moyens, Therrien s'assurait de communiquer avec ses joueurs. De prendre le temps nécessaire pour être bien compris, plutôt que de distribuer des ordres à tout vent.

Ce dernier point sera capital dans sa quête de réussite à Montréal.

Car au-delà de ses succès à Pittsburgh, de cette photo où il est entouré de Mario Lemieux et Sidney Crosby, Michel Therrien devra prouver à ses nouveaux joueurs, qui n'ont pas entendu que des compliments sur son compte, qu'il s'est défait de la réputation de coach abrasif et trop émotif qui lui a beaucoup nui dans le passé.

Qu'il a changé. Que derrière son anglais teinté d'un fort accent, ils retrouveront des messages sensés, songés. Des plans de matchs minutieusement préparés. Des stratégies qui valent la peine d'être assimilées. D'être appliquées.

Therrien devra aussi se refaire une image auprès d'arbitres et de juges de lignes qui ne l'avaient pas tous en odeur de sainteté lorsqu'il dirigeait les Penguins. Encore moins lors de son premier séjour avec le Canadien.

La complicité d'adjoints calmes comme Gerard Galant et Jean-Jacques Daigneault devrait aider Therrien à maintenir son calme et à contenir ses émotions derrière le banc ou dans le vestiaire. Une complicité qui l'aidera avec les joueurs d'abord, avec les officiels ensuite.

Aucune excuse

Les défis qui attendent Therrien sont aussi nombreux qu'imposants. Le principal intéressé en est bien conscient. Et voilà qu'il entreprend la saison privé d'un pilier à la ligne bleue alors que P.K. Subban, toujours en quête d'un lucratif contrat de longue durée, suivra le match à la télé au lieu d'être au centre de chaque mêlée.

Mais comme l'indique le message accroché en grosses lettres aux murs du vestiaire du Canadien - autant au Centre Bell qu'au Centre d'entraînement de Brossard -, il est hors de question de se refugier derrière des excuses. Peu importe la nature de ces excuses.

En passant, après s'être rendu compte de l'impair relié à sa décision de faire inscrire «no excuses» dans le vestiaire, Therrien a vite corrigé le tir en faisant ajouter la version francophone «Pas d'excuses» au message adressé à ses joueurs. «Je n'ai jamais réalisé que j'avais oublié de demander la version française. Tout en prenant le blâme, je me suis assuré que la situation soit vite corrigée. Tiens! Ça peut servir d'exemple à ce qui nous attend cette année. Quand les choses n'iront pas comme on le veut, on identifiera les problèmes, on proposera les solutions aux joueurs qui les mettront en application sur la patinoire. Aucune excuse ne sera tolérée.»

Avec une saison de 48 matchs, Therrien et ses joueurs ne pourront se permettre de chercher des excuses. Car chaque minute perdue à le faire les éloignera de leur objectif de faire oublier la saison misérable de l'an dernier, en accédant aux séries éliminatoires. Un objectif qui sera difficile à atteindre. Mais un objectif qui, s'il est atteint, permettra à Michel Therrien d'ajouter bien en vue sur l'un des murs de son bureau une autre photographie immortalisant un moment important de sa carrière.

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