Après la trappe, les tirs bloqués

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François Gagnon
La Presse

(Newark) Après la trappe de Jacques Lemaire, les systèmes défensifs hermétiques qui en ont découlé et l'accrochage qui forçait Mario Lemieux et les meilleurs joueurs de son époque à traîner sur leurs dos le poids de leurs adversaires en plus du poids de leur équipe, voici que les tirs bloqués sont devenus le nouveau cancer qui mine le hockey.

Du moins aux yeux de certains.

Parce que les gardiens voient leurs coéquipiers effectuer plus d'arrêts qu'ils n'en réalisent eux-mêmes, des puristes et/ou nostalgiques - ont-ils oublié que les Jacques Laperrière, Pierre Bouchard et Guy Carbonneau étaient des maîtres dans ce domaine avec le Canadien ? - voudraient que la Ligue intervienne. Qu'elle modifie le livre des règlements. Qu'elle bannisse cette pratique qui vole la vedette depuis le début des séries éliminatoires.

Pourquoi donc?

L'accrochage tuait le hockey. En fait non. La tolérance affichée à l'endroit de l'accrochage tuait le hockey. D'où l'intervention devenue nécessaire de la LNH, qui a profité du lock-out de 2004-2005 pour ordonner à ses arbitres de bannir l'accrochage et de redonner ainsi du lustre à un spectacle qui en avait grand besoin.

Parce que les joueurs ont prouvé leur irresponsabilité cent fois plutôt qu'une, la Ligue a également dû intervenir pour réduire, à défaut de pouvoir les enrayer, les coups à la tête et les commotions cérébrales qu'ils provoquent.

Et c'est tant mieux.

La Ligue éradiquerait les bagarres que je serais aussi bien content.

Courage, synchronisme et folie

Les tirs bloqués n'entrent toutefois pas dans la catégorie d'un grand mal dont on doit se défaire à tout prix.

Pourquoi?

Parce qu'il faut un talent particulier pour bloquer des tirs. Un talent auquel on doit ajouter une bonne dose de synchronisme et de courage... sans oublier un brin ou deux de pure folie. Il en faut pour se jeter devant des rondelles qui filent à plus de 160 km/h.

Lundi, les Rangers ont marqué trois buts, mais ont aussi bloqué 26 tirs des Devils. Pourtant, l'entraîneur-chef des Devils, Peter DeBoer, a refusé hier d'imputer ce revers aux rondelles bloquées par les Blueshirts.

«Les tirs bloqués ne sont pas le centre d'attention des séries. Ils existent depuis que le hockey existe. Certaines équipes sont plus efficaces que d'autres dans cette facette du jeu. Je suis bien trop préoccupé par le match que nous devons gagner demain pour me pencher sur le bien-fondé de les bannir ou de les tolérer. Les tirs bloqués sont l'une des qualités des Rangers. Je dois trouver une façon de contourner cette force de nos adversaires. On y arrivera en bougeant la rondelle plus vite, en tirant avant que leurs joueurs se soient dressés dans les lignes de tir, en les forçant à se compromettre pour ainsi nous donner plus d'accès au but», a expliqué avec raison DeBoer.

Comme tous les systèmes défensifs, les tirs bloqués représentent une stratégie. C'est à celui qui s'y frotte de trouver une solution. Pas à la LNH.

Si un joueur, trop bête ou pas assez talentueux, se contente de tirer sur un gars qui s'est compromis en s'agenouillant ou en se couchant devant lui au lieu de le contourner, ce n'est quand même pas la faute du livre de règlements.

Si un coach laisse ses joueurs tirer sur les jambes de leurs adversaires en espérant que la rondelle traverse un jour leurs jambières au lieu de leur offrir un plan pour éviter ces obstacles, ce n'est pas à la Ligue d'intervenir. C'est à son directeur général de le congédier pour manque cruel d'imagination.

Arme à double tranchant

Avant le deuxième duel Kings-Coyotes hier, 2232 tirs avaient été bloqués depuis le début des séries. Les Capitals (308) trônaient au sommet de la LNH suivis des Rangers avec 293.

Bien que les Hal Gill et autres joueurs au talent plus modeste aient trouvé dans les tirs bloqués une planche de salut pour prolonger leurs carrières, ce sont les meilleurs joueurs des Rangers qui ont bloqué le plus de rondelles en séries: Dan Girardi (52) et Ryan McDonagh (42) dominent la LNH ce printemps. Marc Staal (au 8e rang avec 31) et le capitaine Ryan Callahan (10e avec 26) sont aussi dans le top 10.

Martin Brodeur, qui n'est pas un adepte des tirs bloqués, assure qu'il y a moyen de prendre les Rangers à leur propre jeu. «Pour bloquer des rondelles, ils se regroupent devant le but. Ça crée des mêlées. Une ou deux secondes après un tir bloqué, tout le monde cherche la rondelle. Même le gardien. C'est là qu'il faut en profiter», expliquait Brodeur hier.

Les 2232 tirs bloqués depuis le début des séries représentent une moyenne de 15,7 par rencontre. Une moyenne légèrement supérieure (14,1) à celle affichée par les 30 équipes de la LNH à la fin de la saison régulière.

Où se trouvaient les Devils? Au 30e et dernier rang avec 928 rondelles bloquées. Loin, très loin, derrière les Islanders de New York qui ont terminé premiers avec 1364 rondelles bloquées. Le Canadien (1341) s'est classé troisième.

«Le message à mes joueurs est simple: ils peuvent intervenir devant les tirs faibles. Mais quand ils voient qu'un gars se prépare à tirer en puissance, à la réception ou en profitant d'une ou deux enjambées, je veux m'en occuper. Je veux voir la rondelle. Il y a déjà assez de circulation devant le but que je ne veux pas qu'un de mes gars la fasse dévier», expliquait Brodeur, qui ne souhaite pas l'intervention de la LNH.

«J'ai profité du système de Jacques Lemaire pendant des années. Je ne voulais pas que la Ligue s'en mêle. C'est à nous, comme aux autres équipes, de contourner les tirs bloqués maintenant.»

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