Taxe carbone : le désaccord de Paris

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Le premier ministre Justin Trudeau lors d'une conférence en marge de la signature de l'accord de Paris au siège des Nations unies, à New York, le 22 avril

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La ratification de l'accord de Paris a révélé le désaccord de la fédération, ici même au Canada. Un désaccord qui prend la forme d'une vive opposition à la taxe carbone nationale.

À écouter les protestations du Parti conservateur, à lire les chroniqueurs de l'Ouest, à entendre les menaces de contestation juridique formulées hier par la Saskatchewan, on croirait que Justin Trudeau a sorti cette idée farfelue de son chapeau dans le seul but d'embêter les provinces pétrolières... et de les pousser à la faillite.

Pourtant, il faut se rappeler que l'idée d'imposer un prix sur les émissions polluantes d'un océan à l'autre était non seulement dans la plateforme libérale, mais qu'elle était aussi au coeur des recommandations faites au gouvernement... il y a 10 ans jour pour jour.

À l'automne 2006, la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie, une importante organisation qui avait pour mandat de conseiller le gouvernement, avait détaillé un plan de lutte climatique à l'horizon 2050 dont la clé de voûte était un prix sur les émissions polluantes.

« Il est maintenant temps de jeter les bases d'une politique unifiée de prix pour le carbone au Canada », écrivait-on à l'époque.

Les conservateurs, fraîchement élus, avaient alors tout fait pour enterrer le rapport, allant même jusqu'à... abolir l'organisation qui avait eu le culot de proposer une « taxe sur tout » ! La Table ronde a ainsi signé son arrêt de mort le jour où sa pertinence s'est révélée.

Pourquoi rappeler cela aujourd'hui ?

D'abord, pour se souvenir que les provinces qui se battent depuis quelques jours contre la taxe carbone, comme le Manitoba et Terre-Neuve-et-Labrador, comptaient des représentants au sein de cette organisation il y a 10 ans.

Ensuite, pour se remémorer qu'à l'époque, la taxe carbone récoltait l'appui d'une grande diversité d'acteurs qui siégeaient à la Table ronde. Des écologistes y étaient, de même que des universités, des syndicats, des entreprises comme Rio Tinto Alcan et des représentants des secteurs pétrolier et gazier.

Enfin, parce que la particularité de la Table ronde était justement d'asseoir ensemble tous ces acteurs, lesquels se situent aujourd'hui des deux côtés de la ligne de fracture que révèle le « désaccord de Paris ». Une ligne qui n'est plus entre le Québec et le ROC, comme l'écrivait Alain Dubuc cette semaine, mais entre les provinces pétrolières et les autres, entre les conservateurs et les partis progressistes, entre les partisans et les opposants d'une taxe carbone. Entre l'économie, bref, et l'environnement.

Jamais, donc, le besoin d'une organisation comme la Table ronde ne s'est autant fait sentir. Une organisation dont le mandat était tout trouvé pour rapprocher ce qui doit aujourd'hui l'être : « offrir des conseils au gouvernement sur la meilleure façon de concilier et d'intégrer les défis souvent opposés de la prospérité économique et de la conservation de l'environnement ».

Il y a 10 ans, la Table ronde sur l'environnement et l'économie faisait ressortir la nécessité d'un prix sur le carbone. Aujourd'hui, elle fait sentir la nécessité de son retour.

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