Pour en finir avec la ville «sexiste»

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J'aime les noms de rues. Ils disent souvent plus sur une ville que le nom de la ville.

Prenez « Brossard ». Le nom dit qui l'a fondée, George-Henri Brossard, mais c'est tout. Alors que les noms de rues, cordés en ordre alphabétique, donnent un bon indice du moment de sa fondation : dans les années 60, décennie des grandes planifications urbaines imposées d'en haut.

Prenez « Boucherville ». Même chose, le nom rappelle le premier bâtisseur, Pierre Boucher. Alors que les noms de rues disent que c'est une ville plusieurs fois centenaire (noms de saints, de seigneurs, particules nobiliaires), attachée à son histoire (noms de villes et provinces de France), qui a connu une expansion au XXe siècle (noms de compositeurs contemporains, présence du « Quartier Harmonie »...).

Ce qui nous amène à « Montréal », un nom qui réfère à la topographie de la ville, mais qui ne nous en dit guère plus, là encore. Alors que les noms de rues nous parlent davantage des valeurs de la métropole, de ses bâtisseurs, de sa culture, de sa dualité linguistique.

Et plus encore, ce que ces noms de rues nous disent, c'est que Montréal est... sexiste. À peine 6 % des 6000 toponymes de Montréal représentent des femmes ! Tout de même honteux : les noms de rues, de places et de parcs disent le contraire de ce que nous sommes, à savoir une société parmi les plus égalitaires.

Très bonne initiative, donc, que cet appel lancé aux citoyens par l'administration Coderre pour créer une banque toponymique féminine. Jolie façon de répondre à un problème soulevé dès 2014 par Projet Montréal.

Allez-y donc ! Sortez crayon et calepin, puis notez des noms de femmes (disparues depuis plus d'un an) qui méritent de passer à la postérité. Vous verrez, l'exercice est fascinant.

Les premiers noms qui vous viennent en tête ? Des chances qu'ils soient déjà gravés dans la mémoire.

Il y a une place et une rue Marcelle-Ferron. Il y a un parc et une rue Irma-LeVasseur. Il y a des parcs au nom de Jehane Benoît, Judith Jasmin, Lucille Teasdale, Idola Saint-Jean, Madeleine Parent, Jeanne Sauvé, Simonne Monet-Chartrand. Il y a des rues Rose-Ouellette et Léa-Roback. Des avenues Gabrielle-Roy et Thérèse-Casgrain. Il y a une piste cyclable Claire-Morissette et une place en souvenir des victimes de Poly.

Malgré la sous-représentation féminine, il faut donc creuser. Trouver des femmes comme Marie-Claire Kirkland-Casgrain et Henriette Dessaulles. Ramener à la mémoire des pionnières, comme Elizabeth C. Monk et Suzanne R. Fillion. Rappeler la contribution de femmes comme Cairine Wilson et Hélène Pedneault.

Vos choix, donc, quels sont-ils ? Voici les miens...

NELLY ARCAN

Une bibliothèque porte le nom de Nelly Arcan à Lac-Mégantic, mais toujours rien à Montréal. Pourtant, la résidante du Plateau a marqué de manière indélébile le monde des lettres de la métropole, à la fois par ses livres et ses chroniques publiées dans l'hebdomadaire Ici Montréal. Avant de se donner la mort en 2009, à 36 ans, l'auteure s'est aussi fait connaître à l'étranger, notamment grâce à son roman Putain, en lice pour les prix Médicis et Femina.

LES BELLES-SOEURS

« J'veux arriver à quequ'chose dans'vie, vous comprenez, j'veux arriver à quequ'chose ! » Les belles-soeurs ont marqué Montréal comme peu de gens (en chair et en os) ont réussi à le faire. Les personnages de la pièce de Michel Tremblay sont étroitement liés au Plateau des années 60, mais plus largement, aux femmes des quartiers ouvriers, à leur joual, leurs habitudes... et leurs timbres à coller. À leur manière, elles ont apporté une contribution inestimable à la société.

ANNIE MACDONALD LANGSTAFF

Histoire méconnue, mais ô combien intéressante. En 1914, Annie Macdonald Langstaff obtient son diplôme de droit de McGill, mention First-Class Honours. Et pourtant, le Barreau du Québec lui interdit de passer les examens... et donc de devenir avocate. Elle s'adresse à l'Assemblée législative et aux tribunaux, mais est déboutée en Cour supérieure puis en Cour du Banc du roi. Par sa quête, elle a ouvert la porte à l'accession des femmes à la profession en 1941... sans jamais y accéder de son vivant.

MONIQUE FITZ-BACK

Il y a peut-être plus d'enfants que d'adultes qui ont entendu le nom de Monique Fitz-Back. Cette enseignante est la cofondatrice des Établissements verts Brundtland, un mouvement lancé en 1993 qui regroupe aujourd'hui pas moins de 1400 établissements scolaires. Par ce geste, cette syndicaliste a voulu partager ses valeurs : solidarité, pacifisme, développement durable. Celle qu'on a qualifiée de « militante-ardente » et de « pasionaria de l'humanitude » est disparue en 2005.

MICHELLE TISSEYRE

Pionnière de la télévision, Michelle Tisseyre a marqué des générations de journalistes, notamment en devenant la première femme à présenter le Grand Journal à Radio-Canada et l'animatrice du tout premier talk-show au pays. Et après avoir pratiqué le métier pendant 30 ans, elle est devenue traductrice, ce qui lui a permis de gagner rien de moins que le Prix littéraire du Gouverneur général. Elle est retournée aux études à 88 ans, puis est morte quelques années plus tard, en décembre 2014.

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