Quoi que vous fassiez...

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Dieu qu'on est chialeux. À croire que se lamenter est notre sport national, avant le hockey.

Rarement vu un projet qui traduisait mieux cette propension à tout critiquer que la Grande Terrasse rouge installée rue Saint-Denis. Une terrasse d'un kilomètre qui vise à attirer la curiosité et les passants pendant les grands travaux qui paralyseront la rue l'an prochain.

Eh bien, cette terrasse venait à peine d'être installée cette semaine qu'elle attirait plutôt... les critiques. Des commerçants. Ces mêmes commerçants qui s'inquiétaient de la passivité de la Ville. «Inutile. Trop cher. Gaspillage.»

Donc on se plaint quand la Ville ne fait rien, comme ce fut le cas boulevard Saint-Laurent et avenue du Parc. Et on se plaint quand elle fait quelque chose parce que... ben... c'est pas ça qu'elle aurait dû faire. Bon.

Tellement d'accord avec le maire Coderre sur celle-là. «Il y aura toujours des gens qui vont chialer. Il y a des gens qui chialent parce qu'on ne fait rien. Il y en a qui chialent parce qu'on fait quelque chose. Là, on fait quelque chose.»

Et entre les deux, je préfère de loin la seconde option. Pas juste parce que la Ville «fait quelque chose». Mais parce que la Ville fait quelque chose d'innovant, d'original, de spectaculaire même. Plutôt que de ne rien faire.

Damned if you do, damned if you don't. Quoi que vous fassiez, on va chialer...

Or la Grande Terrasse rouge est précisément le genre de projets qu'on espère de la part d'une ville créative et dégourdie. On ne s'est pas contenté d'habiller le chantier avec des toiles colorées, on a plutôt poussé un projet unique, qui double la superficie du trottoir et crée ainsi une véritable place publique de Roy à Mont-Royal.

Un projet d'envergure, donc, mais un projet enraciné localement, surtout. Une longue série de 250 terrasses qui rappelle que les rares terrasses de Montréal se trouvaient naguère sur Saint-Denis. Des citations d'artistes résidant ou ayant écrit sur le Plateau. Le tout conçu par un architecte réputé qui habite le coin, Jean Beaudoin.

Et certains commerçants trouvent le moyen de se plaindre! Même si on accorde une telle attention à leur artère. Même si on n'a pas retiré un seul espace de stationnement, à leur demande!

Ils auraient préféré autre chose, voyez-vous. Un congé de taxes, de préférence. Comme si la Ville avait les moyens de se faire aussi généreuse au moment où la quasi-totalité de l'île est paralysée par des chantiers.

C'est plate, mais ces travaux, ils sont nécessaires et ils nuisent à tout le monde. Aux commerçants des grandes artères, bien sûr. Mais aussi aux commerçants des petites rues. Et aux résidants qui perdent toute qualité de vie lorsque vient le temps d'ouvrir leur rue. Va-t-on suspendre la taxation pour tout ce beau monde?

Hélas, le seul véritable choix qui s'offrait à la Ville était soit ne rien faire pendant le chantier (avez-vous mis les pieds sur Saint-Laurent lors des interminables travaux de 2008? Moi non plus...), soit faire quelque chose qui assure aux commerçants une certaine affluence.

Précisément l'objectif de cette place publique éphémère qui enrichira l'expérience urbaine, au fur et à mesure que les Montréalais l'apprivoiseront et la fréquenteront.

A-t-elle coûté trop cher à presque deux millions? Elle a coûté cher, c'est vrai. Mais trop cher? Non. Parce que baisser le coût de ce parc linéaire aurait obligé les concepteurs à choisir une exécution et des matériaux plus «cheaps». Ce qu'on a fait à la place Shamrock, par exemple, à proximité du marché Jean-Talon. Avec un résultat décevant.

La Grande Terrasse rouge, au contraire, est un aménagement durable et de grande qualité. Plus de 80% du mobilier (les 600 bancs et chaises, 170 tables, 10 hamacs, etc.) pourra ainsi servir pour d'autres chantiers. Tout comme les leçons de cette expérience sans précédent pourront servir aux prochains grands travaux, notamment sur Sainte-Catherine Ouest.

Je comprends qu'on ne soit pas habitué à voir la Ville se montrer aussi dynamique, mais ce n'est certainement pas une raison de s'en plaindre.

***

LA VUE DERRIÈRE LE SILO - Ma chronique sur le Silo no 5 m'a valu un abondant courrier, majoritairement favorable. Il y avait cependant un certain nombre de courriels négatifs: la moitié pour se plaindre d'une erreur de français (mea culpa), l'autre pour exiger la démolition immédiate de cette «horreur». «À cause d'aberrations comme le Silo 5, m'écrit André, Montréal perd une de ses plus belles vues sur le fleuve.» Lâchez-moi avec ce mythe! Derrière le silo, on retrouve un bassin portuaire, le quai Bickerdike et ses grues, un autre bassin, l'avenue Pierre-Dupuis, l'horrible Tropique Nord... puis le fleuve. À un demi-kilomètre de distance! Sans silo, donc, pas de panorama sur le fleuve. Juste un gros trou dans lequel disparaîtrait la mémoire industrielle de Montréal.

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