Grosse ville, grosse facture

Les trois chercheurs du Centre sur la productivité... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les trois chercheurs du Centre sur la productivité et la prospérité HEC derrière le Palmarès des municipalités 2015 : Jonathan Paré, économiste, Robert Gagné, directeur, et Jonathan Deslauriers, directeur adjoint.

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Quel gâchis ! Pas d'autres façons de voir les choses. Quel gâchis que cette saga des fusions-défusions qui a fait augmenter les coûts partout sur son passage.

C'est ce qu'on peut lire entre les lignes du Palmarès des municipalités du Québec 2015. Un palmarès qui montre que certaines villes réussissent bel et bien à réduire leurs coûts, mais certainement pas celles qu'on a regroupées il y a 15 ans... précisément à cette fin.

***

Il faut se rappeler que le gouvernement Bouchard s'était lancé tête baissée dans l'aventure des regroupements municipaux à la fin des années 90. Il nous avait alors fait miroiter bien des choses, une plus grande équité fiscale, un étalement urbain moins agressif, la fin des guéguerres entre villes et banlieue.

En fait, quand j'y repense, Québec semblait constamment chercher des raisons pour justifier son projet, à l'époque, plutôt que de pousser un projet appuyé sur la raison.

Mais une chose revenait constamment, telle une marotte : plus les villes sont grosses, plus elles génèrent des économies d'échelle. Des économies « extraordinaires », prétendait même Guy Chevrette.

« Or, ce n'est pas du tout ce qu'on observe », selon Jonathan Deslauriers, coauteur du Palmarès des municipalités. On observe bien des économies au niveau municipal, ça oui. Mais pas dans les villes de 1 million d'habitants. Plutôt dans celles de... 100 000 habitants et moins.

En fait, la taille « idéale » pour réaliser des économies d'échelle se situe entre 50 000 et 100 000 habitants, selon les chercheurs de HEC Montréal. Dans des municipalités comme Saint-Hyacinthe, Granby, Shawinigan, Saint-Jean-sur-Richelieu, Brossard, Drummondville.

« Il y a neuf villes de cette taille au Québec, et en moyenne, elles affichent des coûts inférieurs aux municipalités d'autres tailles. Et quand on croise les indicateurs, on note que ces villes réussissent à engranger des économies d'échelle d'un côté, tout en offrant des services de qualité de l'autre. », explique Jonathan Deslauriers.

Et au-delà des 100 000 habitants, c'est immanquable : les dépenses augmentent, encore et encore. Un seuil dont l'existence est confirmée par certaines études américaines, qui le fixent autour de 200 000 habitants.

Ce qui se vérifie à Montréal, hélas, une ville dont la population a grimpé à 1,6 million d'habitants en quinze ans. Une ville où le nombre d'employés a bondi de 12 %. Une ville dont la part du budget consacrée à la rémunération est passée de 43 % à 52 %.

Une ville qui coûte plus cher, donc, que l'ensemble des petites villes éliminées. Parce qu'elles coûtaient trop cher.

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Mais bon, il serait injuste de mettre toute la faute sur les fusions, dont on n'a pas eu le temps d'évaluer les mérites. Car les défusions ont suivi cette aventure électoraliste du gouvernement Charest qui, sous prétexte d'« équité » encore une fois, a tout fait exploser. La solidarité naissante des élus montréalais. La cohésion potentielle des différents secteurs de l'île. Et là encore, les dépenses des municipalités. Toutes les municipalités.

Les villes qui sont demeurées fusionnées ont dû s'allier aux villes reconstituées au sein d'« agglomérations ». « Or, ce qu'on observe dans les agglomérations urbaines, c'est qu'il y a des dédoublements partout, note Jonathan Deslauriers. Il y a des urbanistes deux fois, de l'administration générale aux deux endroits, etc. Au final, ça coûte plus cher, pas moins. Tu gères ta ville, tu gères ton agglomération et tu gères la répartition de tes services avec les villes liées. »

Et les villes défusionnées, elles aussi, coûtent plus cher. « Parce qu'elles sont victimes du même dédoublement, ajoute l'économiste. Et aussi parce que les services fournis par l'agglomération sont souvent facturés à partir de la richesse foncière des municipalités. Et comme c'est souvent les villes mieux nanties qui ont défusionné, elles paient souvent plus cher pour les services qu'elles reçoivent que leur coût réel. »

Ni le beurre ni l'argent du beurre, en somme.

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Le PQ dira que c'est la faute du PLQ. Et le PLQ dira que c'est la faute du PQ. Prévisible.

Mais d'un point de vue économique, les deux partis ont leur responsabilité dans cette aventure ruineuse dont Montréal peine à se sortir. Sur le plan politique aussi, car une bonne part des énergies et ressources de la Ville ont été consacrées depuis 2000 à se relever d'un premier, puis d'un second traumatisme politico-administratif. Sans qu'on y voie de bénéfices.

Si bien qu'au 15e anniversaire des regroupements, le Palmarès nous rappelle que la seule chose que la saga a engendrée, c'est plus d'équité fiscale : tout le monde paie plus cher, partout.

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