Comme des amateurs

La mairesse de Longueuil refuse tout blâme, sauf... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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La mairesse de Longueuil refuse tout blâme, sauf un : avoir mal distribué les bouteilles d'eau, écrit François Cardinal.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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On a suivi en boucle, ces derniers jours, les énormes ratés de la distribution d'eau à Longueuil. On a observé les longues files d'attente. On a ressenti la colère des citoyens. On a entendu la mairesse répéter que l'approvisionnement en eau était sa «priorité».

C'était à croire que la Rive-Sud avait à gérer une pénurie d'eau plutôt qu'un déversement pétrolier...

L'eau qui sort du robinet de 300 000 personnes a été temporairement impropre à la consommation, c'est vrai. Dans trois municipalités, quand même. C'est embêtant.

Mais il n'y a tout de même pas eu assèchement de toutes les sources d'eau potable jusqu'à Sherbrooke! Il n'y a pas eu disparition de toutes les bouteilles d'eau à 100 kilomètres à la ronde!

Il y a simplement eu des retards dans la distribution d'eau gratuite. Ce qui est irritant, mais qui se contournait assez facilement en visitant l'épicerie d'une ville voisine.

Le véritable problème qui a découlé du déversement de diesel de mercredi, ce n'est pas l'approvisionnement prétendu déficient en eau. C'est la gestion lamentable de la crise et de la menace sanitaire et environnementale qui a suivi.

***

C'est le comble de l'ironie. Longueuil a adopté il y a trois mois une résolution sur le transport de pétrole sur le Saint-Laurent... pour dénoncer l'absence de mesures et de plans d'urgence prévus par les gouvernements en cas de déversement.

Une prise de position qui ne lui a manifestement pas donné l'idée de se préparer elle-même en cas de déversement sur son propre territoire.

Les véritables ratés des derniers jours, ils se retrouvent dans la réaction lénifiante de la Ville. Une réaction digne d'amateurs, pas de gestionnaires de l'une des principales villes du Québec. On connaît des villages qui auraient réagi avec plus de tonus...

Récapitulons. Une fuite de diesel a lieu à 4h à la station de pompage d'eau brute, mercredi. Plus de quatre heures plus tard, des employés confirment la contamination. Puis on avise Urgence-Environnement à... 9h. Trop tard pour contenir les 28 000 litres d'hydrocarbures.

La journée de mercredi se déroule ensuite dans un calme relatif. La confiance règne. À 16h30, Longueuil ose même publier un communiqué officiel: l'eau est propre à la consommation, buvez en paix. Pendant ce temps, les heures s'écoulent, le diesel aussi.

Le lendemain matin, plus de 24 heures après le déversement, des citoyens constatent que leur eau a une drôle d'odeur. Certains composent le 311. Les animateurs de radio sonnent l'alarme aux petites heures. À Longueuil? On jase, on se tâte. Puis on finit par publier un avis de non-consommation de l'eau. À 10h33. Jeudi.

On tient alors un point de presse. On communique la décision sur les réseaux sociaux. Mais pas d'appels automatisés, en revanche. Le système n'était tout simplement «pas opérationnel».

En tout et pour tout, entre le déversement de pétrole et l'avis, 30 heures se sont écoulées.

Trente.

Heures.

***

La mairesse St-Hilaire se défend d'avoir dormi au gaz. Elle devait avoir toutes les informations nécessaires pour prendre une décision aussi lourde de conséquences. Elle ne pouvait réagir trop vite, de son propre aveu, de peur de réagir trop fort.

«On ne peut lancer un avis, a-t-elle précisé, sans avoir le début de commencement d'un doute.»

Mais en évitant de réagir trop fort... elle a fini par ne pas réagir du tout! Même si un déversement d'hydrocarbures avait eu lieu plus de 24 heures plus tôt, ce qui aurait dû semer plus qu'«un doute» dans la tête de la mairesse...

Cet attentisme n'a pas eu de graves conséquences sur la santé publique, heureusement. Quelques malaises, tout au plus, avant que l'avis de non-consommation ne soit levé, hier soir. Mais on ne mesure pas l'efficacité d'une réponse au nombre de personnes envoyées aux urgences.

La réaction, plutôt, doit être en fonction de la menace. Et la menace, «elle était très faible, mais néanmoins présente», a reconnu hier le responsable de la DSP, Jean Rodrigue. Tant du point de vue de la santé publique que de l'environnement.

On parle tout de même ici d'une fuite de benzène, un produit cancérigène, directement dans une source municipale d'eau potable. Si le principe de précaution ne s'impose pas dans des circonstances pareilles, très rapidement après les événements, il y a, à sa face même, un problème.

Et pourtant, la mairesse St-Hilaire refuse de reconnaître que la Ville a tardé à réagir. Elle refuse tout blâme, en fait. Sauf un: avoir mal distribué les bouteilles d'eau.

Pour joindre notre chroniqueur: fcardinal@lapresse.ca

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