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Les villes avancent, Montréal recule

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Strasbourg a beau être une ville millénaire, c'est une ville ancrée dans le XXIe siècle. Une ville qui planche sur une septième ligne de tramway, qui vient de lancer son réseau de bus rapides, qui réaménage son centre au profit du piéton, qui continue d'étendre le plus imposant réseau cyclable de France.

Et à quoi rêve Montréal pendant ce temps-là? À un prolongement d'autoroute. À Laval.

C'est le triste constat que j'ai dû faire à l'ancienne mairesse de Strasbourg, Catherine Trautmann, hier. Un constat désolant que j'avais un peu honte de tirer devant la visite, pour tout vous dire.

De passage à l'invitation du Conseil régional de l'environnement, Mme Trautmann me détaillait tout ce qu'elle avait fait durant ses années à la tête de Strasbourg, imposant un ambitieux virage à cette ville qu'on qualifiait jadis de «belle endormie». La motorisation est en baisse depuis, la pollution aussi; le nombre de déplacements à pied est en hausse, celui des déplacements à vélo aussi; le transport public connaît un essor impressionnant, les affaires des commerçants et le dynamisme du centre-ville aussi.

Puis, Mme Trautmann s'est enquise de la situation qui prévaut ici. Je n'ai donc pas eu le choix. Je lui ai dit que Montréal se dirigeait bel et bien dans cette direction ces dernières années, mais que ces derniers mois, malheureusement, il a décidé de faire marche arrière...

***

Il aurait été facile de m'en tenir à l'élan dont profitent les transports en commun à Montréal depuis 10 ans. J'aurais pu dire à Mme Trautmann que la STM a fracassé des records ces dernières années, que les solutions de rechange à l'auto se sont multipliées, que le vélo a repris sa place.

Mais depuis l'élection du maire Coderre et du gouvernement Couillard, à l'évidence, c'est le développement routier qui a fait un retour par la porte de derrière.

Le prolongement de l'autoroute 19, qui reliera Laval et la couronne nord, en est le plus bel exemple. Annoncé en période d'austérité, sans autre infrastructure collective qu'une voie réservée à temps partiel, il a été jugé prioritaire par le ministre Poëti... et applaudi par le maire Coderre!

Or, comment justifier qu'on dépense 600 millions dans un projet qui profitera à peu de navetteurs... quand on n'a pas un sou pour les transports en commun, qui en déplacent tellement plus?

Au provincial, en effet, c'est la disette sur ce front. Il n'y a plus de politique sur les transports collectifs, plus de programme de développement du service, plus de projets d'envergure officiellement en branle. Le Train de l'Est sera bientôt livré, le SRB Pie-IX devrait suivre. Mais après ça? Rien. On prévoit quelques voies réservées, mais aucun gros projet n'est engagé. Que de vagues intentions.

Parallèlement, à Montréal, l'administration Coderre réduit les vivres des transports en commun. Elle a certes augmenté ses versements à la STM, mais elle a baissé d'autant ses remboursements de TVQ. Résultat: un manque à gagner qui force une réduction du service d'autobus de 165 000 heures!

Et c'est sans parler du manque d'intérêt du maire pour les solutions alternatives à l'auto, comme Uber, Car2Go, Auto-mobile. Une attitude qui nous ramène directement à l'époque où mobilité rimait avec routier.

***

Catherine Trautmann, aujourd'hui conseillère municipale, est trop polie pour commenter ce virage. Mais clairement, celle qui a présidé l'Institut des villes n'en pense pas moins.

«Partout dans le monde, les villes sont en réflexion, explique-t-elle. Elles tentent de réduire les gaz à effet de serre, la pollution, la congestion. Elles cherchent des solutions. À Strasbourg, on se disait d'ailleurs, le maire [Roland Ries] et moi, comment on a vu des délégations du monde entier ces dernières années.»

Et à toutes ces délégations d'Europe, d'Asie, d'Amérique du Sud, elle a conseillé de miser sur plusieurs solutions à la fois. Le tramway, si possible, mais aussi les services rapides par bus, le vélopartage, l'autopartage, la piétonnisation, les pistes cyclables, etc.

Les villes doivent développer leur convivialité, revenir à une échelle humaine, rééquilibrer l'usage de l'espace public et... redistribuer les sommes investies dans le transport au profit des transports publics.

Cela est bon pour tous les centres urbains, mais encore plus pour Montréal, croit l'ancienne ministre du gouvernement Jospin. «Montréal a la chance d'être une ville que les gens ont plaisir à marcher. C'est une ville qui jouit d'une bonne offre culturelle, de marchés publics, d'une vie de surface très riche. Il y a à Montréal une attractivité particulière sur laquelle il est possible de bâtir.»

Sachant qu'il y a ici un métro, elle suggère notamment à Montréal de miser sur le tram-train, cet hybride entre le tramway et le train qui peut desservir les banlieues et les quartiers centraux (comme certains proposent pour le pont Champlain). Une première étape intéressante, ajoute-t-elle, avant de développer un réseau de tramway.

«L'important est de valoriser la ville, estime-t-elle, ce que l'on ne peut tout simplement pas faire en misant sur l'automobile et en augmentant la capacité routière.»

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