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Comment tuer Montréal en 15 péages

Les conservateurs comptent administrer une dose de poison à la métropole en lui enfonçant dans la gorge un péage qu'elle ne veut pas. Et certains réagissent, ici même, en proposant un contrepoison qui lui serait carrément fatal...

Au secours! Un péage sur Champlain fragiliserait Montréal, mais un péage sur chaque pont l'enverrait droit aux soins intensifs!

Je ne veux pas être alarmiste, mais il est alarmant de voir les élus à Ottawa et à Montréal jouer aux apprentis sorciers en mélangeant toutes sortes de solutions sans s'interroger sur l'état de santé du patient.

La métropole a un centre-ville qui se porte plutôt bien, c'est vrai. Les tours grimpent, les citadins se multiplient. Mais il suffit de prendre un peu de recul pour constater que tout autour de l'île de Montréal, il y a un monde qui lui, se porte encore mieux!

Le boum démographique, il a lieu dans la couronne nord et sur la Rive-Sud. La création d'emplois, elle est plus forte en banlieue. Et la majorité de la population de la région, elle habite désormais à l'extérieur de l'île.

La banlieue a besoin de Montréal, c'est sûr, mais Montréal a aussi besoin de la banlieue...

Un péage...

Stephen Harper n'aurait jamais imposé un péage avec autant d'arrogance à Toronto, surtout pas à un an des élections.

Mais à Montréal? Pourquoi pas. Au pire, les Montréalais qui ne votaient pas conservateur ne voteront pas conservateur. Au mieux, les électeurs ailleurs au pays applaudiront l'idée de refiler aux seuls contribuables québécois la facture d'une infrastructure pourtant fédérale.

Le maire Coderre s'y oppose, évidemment. Mais pas avec l'énergie du désespoir que j'anticipais. Il semble plutôt miser sur une autre stratégie, autrement plus risquée: attendre la victoire des libéraux, qui ont promis d'abandonner l'idée d'un péage unique.

Et s'ils perdent? Les conservateurs imposeront «leur» péage sur «leur pont», un geste unilatéral qui serait catastrophique pour Montréal.

On est là à débattre de la hauteur du péage, déjà résigné à l'idée d'un prix plancher à 2,60$. Mais peu importe que le péage soit à 2$, 5$ ou 20$ comme à Londres, le problème c'est le péage, pas le montant.

La tarification d'un unique pont est injustifiable, tant pour des raisons d'équité que d'impacts sur la circulation. Passe encore qu'on impose un péage sur un prolongement routier qui s'ajoute (l'autoroute 25), mais il est aberrant de créer un réseau de ponts publics à deux vitesses. Le pont neuf et fluide pour les riches, les ponts vieux et cabossés pour les autres...

Quant à l'impact sur les autres ponts, il va de soi. Pas besoin d'études économiques pour comprendre que devant le choix de payer ou non une taxe, les banlieusards opteront pour la voie économique... en attendant de trouver un emploi de leur côté des ponts.

15 péages...

L'implantation de péages sur tous les ponts est une vieille idée, mais surtout une mauvaise idée. Pire encore qu'un péage unique sur Champlain II.

L'autonomisation de la banlieue est déjà en cours. Les habitants des couronnes ont de moins en moins de raisons de traverser les ponts en dehors de leur navette quotidienne.

Un film, un spectacle, un resto? Plus besoin de se chercher du stationnement rue Sainte-Catherine, on retrouve tout ça au Carrefour Laval, aux Promenades Saint-Bruno et au DIX30. L'offre est telle, aujourd'hui, que même les Montréalais optent en grand nombre pour l'Apple Store de Laval ou le Birks de Brossard plutôt que de visiter leurs succursales dans l'île.

Donc, quel sera l'impact des péages sur les 15 ponts qui donnent accès à l'île (en excluant celui de la 25)? Ils ne feront qu'accélérer un phénomène déjà en cours. Et ce, même si on imposait un tarif aux seules heures de pointe.

Les banlieusards ne se demanderont pas si c'est la bonne journée ou la bonne heure pour traverser... ils éviteront simplement de le faire.

Un réseau de péages...

On a tellement attendu pour débattre du péage dans la région qu'on est obligé, aujourd'hui, de réfléchir en catastrophe en raison du coup de force d'Ottawa.

On regarde ainsi l'enjeu de manière binaire: un péage sur un pont ou un péage sur tous les ponts? On oublie ainsi qu'il y a une troisième option, plus sensée: un réseau de péages plus étendu et dilué, sur les autoroutes de la région.

On pourrait en effet penser à un péage métropolitain à la distance parcourue comme on en voit aux États-Unis et en Europe: vous entrez sur l'autoroute, puis vous payez en sortant, en fonction de votre kilométrage (et peut-être de l'heure du jour).

On va ainsi chercher l'argent que réclame Ottawa, tout en contenant l'éparpillement... sans créer de murs autour de l'île de Montréal. Sans donner de raison supplémentaire aux banlieusards, surtout, de ne plus s'y rendre.

Pour joindre notre chroniqueur: fcardinal@lapresse.ca




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