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Collision, réaction...

On ne peut tout de même pas attendre que les accidents se produisent pour s'attaquer, à la pièce, à chaque problème qu'éprouvent les cyclistes à Montréal...

Il a fallu la mort de Suzanne Châtelain, sur l'avenue du Parc l'été dernier, pour que les autorités prennent au sérieux l'«emportiérage» (ouverture d'une portière dans la roue d'un cycliste).

Il a fallu la mort de Christian Brulotte, l'an dernier, pour qu'un coroner dénonce l'aménagement déficient de la rue Wellington, dans Griffintown.

Il a fallu la mort de Mathilde Blais, il y a une dizaine de jours, pour que la Ville s'attaque enfin aux tunnels de la mort.

Et il aura fallu qu'un accident survienne au coin du boulevard De Maisonneuve et de la rue Saint-Urbain, vendredi matin, pour qu'une certaine pression s'exerce sur la Ville afin de sécuriser cette intersection qui fait frémir les cyclistes.

Chaque fois, un réel problème. Chaque fois, une réaction.

Mais à ce rythme, il faudra une hécatombe pour que le réseau routier devienne aussi sécuritaire pour les cyclistes qu'il l'est pour les automobilistes...

***

Tout accident n'est pas le symptôme d'un problème profond, on s'entend. Mais tous les accidents nous obligent à réfléchir au contexte dans lequel ils se sont produits.

On ne peut, pour l'instant, cerner la cause de la collision qui a eu lieu vendredi. On ne peut dire si le camionneur a surveillé son angle mort, si la cycliste a roulé trop vite, si le camion a effectué une mauvaise manoeuvre, si le vélo était muni d'un système de freinage adéquat.

Mais on peut certainement montrer du doigt l'aménagement déficient de cette intersection qui, malgré la pente qui la précède, n'est dotée ni d'une bande cyclable colorée ni d'un feu de circulation propre aux cyclistes.

Est-ce la raison de l'accident? Nul ne le sait. Mais il a pour effet de braquer les projecteurs sur cette configuration problématique... comme tous les accidents cités précédemment ont eu pour effet de révéler la présence de situations et de secteurs dangereux.

Il est là, le problème. Non pas dans l'absence d'une distance appropriée entre les vélos et les autos sur l'avenue du Parc. Non pas dans la configuration malheureuse de l'intersection De Maisonneuve et Saint-Urbain. Non pas dans l'étroitesse du viaduc Saint-Denis.

Mais dans la présence répandue de tous ces endroits anxiogènes où la cohabitation entre usagers est si périlleuse. Pour les cyclistes, mais aussi pour les automobilistes, les camionneurs et les piétons.

***

Tout cela appelle donc à un changement de stratégie, ou à tout le moins à une réorientation des priorités de la Ville.

Chaque année, l'administration promet un certain nombre de nouveaux kilomètres pour les cyclistes. C'est ce qui attire leur attention et celle des médias. Le maire Coderre s'est ainsi engagé à implanter 50 kilomètres de voies cyclables annuellement. Ce qui est bien.

Mais ce que ces accidents révèlent, ce ne sont pas les besoins en nouvelles pistes cyclables, et encore ce ne sont pas non plus les dangers de rouler en ville à vélo, mais bien la menace que représentent certains secteurs précis où les cyclistes - et parfois les piétons - semblent de trop.

Plutôt que de continuer à accroître bêtement le réseau chaque année, la Ville ne devrait-elle pas faire en priorité l'inventaire de ces nombreux endroits anxiogènes, et mettre toutes ses énergies et ressources dans un plan d'action quinquennal pour les sécuriser un par un?

C'est ce que l'administration Tremblay avait promis de faire dans son Plan de transport de 2008: sécuriser 50 intersections par année. Or cinq ans plus tard, à peine la moitié des 300 intersections promises étaient repensées.

La priorité était ailleurs, manifestement. Ce qu'a justement dénoncé le coroner Jean Brochu en novembre dernier, avant de recommander à la Ville «d'identifier le plus rapidement possible les endroits dangereux pour les cyclistes et d'y faire les aménagements nécessaires».

Le maire Coderre a très bien réagi à la mort de Mathilde Blais en annonçant jeudi une série de mesures à court et à long terme pour repenser la cohabitation des usagers sous les viaducs de Montréal.

Un intéressant préliminaire pour une action plus large, touchant à la fois les viaducs et les intersections les plus dangereuses. Avant que ne surviennent d'autres accidents.




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