Des premières et des manifs

L'atteinte du douloureux déficit zéro au cours de la prochaine année serait une première en sept ans. Ce budget contient aussi trois autres premières moins connues, mais remarquables, qu'il faut souligner.

Avant d'élaborer, imposons-nous la prudence. Car pour atteindre certains de ces points tournants, le gouvernement doit sortir indemne de l'année qui vient, avec des compressions records, des manifestations houleuses et des négociations corsées.

Cela étant dit, voyons voir. Depuis 12 ans, le gouvernement a pris une place sans cesse grandissante dans l'économie, d'où la nécessité d'imposer un frein. Plus précisément, le poids des dépenses annuelles du gouvernement du Québec est passé de 23,3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2003 à un sommet 26,2 % pour l'année terminée le 31 mars 2014. Cette année, ce poids recule à 25,9 % - une première baisse en 12 ans - et il reculerait encore d'ici le 31 mars 2016, à 25,3 %.

Nul doute qu'un pays égalitaire doit avoir un gouvernement judicieusement présent, mais il y a un niveau au-dessus duquel cette présence devient contre-productive.

Autre première: le recul de la dette. Les déficits, c'est connu, ont été l'un des principaux facteurs de croissance de l'endettement, en plus des investissements. Avec le déficit zéro, la dette nette en proportion de l'économie québécoise diminuerait pour la première fois depuis sept ans, passant de 50,7 % du PIB cette année à 49,5 % au 31 mars 2016.

Au rythme où vont les choses, le gouvernement prévoit que, dans trois ans, la dette nette reculera non seulement en proportion de l'économie, mais aussi en dollars. Il est permis d'en douter, mais bon...

Autre tournant: le recul du nombre de fonctionnaires. Avant la crise financière de 2008, le gouvernement du Québec comptait 62 700 employés à temps plein, essentiellement. Le nombre de fonctionnaires a constamment augmenté depuis, malgré les resserrements budgétaires successifs, si bien qu'il comptait 65 329 employés en 2014, un sommet en 10 ans. Or, cette année, le gouvernement s'est délesté de plus de 1100 employés et il en compte aujourd'hui 64 167.

Cette diminution imposée par le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, équivaut à 1,8 % de l'effectif. Comme la baisse a été atteinte plus rapidement que prévu (l'objectif ultime est de 2 %), le ministre annonce la fin du gel de l'effectif. Désormais, les ministères et organismes pourront gérer leurs besoins plus adéquatement, mais de façon prudente.

Précisons que les fonctionnaires ne représentent qu'une partie des employés de l'État. Avec les professeurs, les infirmières et le reste, il y a 541 000 employés syndiqués dont le chèque de paie vient du gouvernement du Québec.

Oubliez les baisses d'impôt, ce budget, c'est l'évidence, est surtout un exercice de compressions. Et les efforts seront justement douloureux pour les professeurs, les infirmières et les fonctionnaires, à qui l'on imposera un gel de salaire de deux ans et une mince augmentation de 1 % par année par la suite. Sans compter une augmentation d'élèves par classe et un régime de retraite rénové.

Ce frein imposé à la masse salariale, qui représente 39,1 milliards de dollars ou 59 % des dépenses de programmes, s'ajoute à une série de compressions, nouvelles ou en cours. Québec met la hache dans les bureaux du Québec à l'étranger, déconstruit les directions régionales en éducation, en santé et en développement économique (CLD), et regroupe des organismes telles la CSST et la Commission des normes du travail.

Bref, le gouvernement libéral prend les moyens pour atteindre l'incontournable déficit zéro, objectif favorisé par trois des quatre partis politiques. La manière libérale n'est cependant ni élégante ni inspirante.

Jeudi, Martin Coiteux faisait appel à la «jeunesse québécoise», qui bénéficiera de cette renonciation collective à tout mettre sur la carte de crédit. Il disait les Québécois capables de «se serrer les coudes» et de participer à un «effort national».

Malheureusement, il ne suffit pas de le dire pour susciter l'adhésion. Il faut y mettre du coeur, y croire sincèrement et accepter des compromis. Ces ingrédients aideraient à traverser la difficile année 2015.




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