Le pétrole et les déficits

On le sait maintenant: la chute vertigineuse du prix du pétrole aura un impact somme toute modéré sur le déficit fédéral. Mais qu'en sera-t-il pour les principales provinces?

Mardi, le directeur parlementaire du budget, Jean-Denis Fréchette, a publié une étude sur le sujet pour les finances du gouvernement fédéral. Il estime que le déficit d'Ottawa sera d'environ 400 millions l'an prochain (2015-2016), selon un scénario pessimiste. Les surplus seraient de retour par la suite.

Un déficit de 400 millions au fédéral, c'est minuscule. Rappelons qu'il y a cinq ans, Ottawa a engrangé un déficit 139 fois plus grand, à 55,6 milliards. C'est donc dire que, malgré la chute astronomique du prix du pétrole, l'équilibre budgétaire fédéral ne devrait pas être fondamentalement menacé.

L'analyse de Jean-Denis Fréchette et de son équipe est impartiale, puisque le directeur parlementaire du budget (DPB) ne relève pas du gouvernement Harper, mais du Parlement. L'indépendance du DPB ne le met pas à l'abri d'une mauvaise prévision, bien sûr. Je vous rappelle néanmoins que la projection de 400 millions est le scénario pessimiste, qui prévoit que le prix du baril de pétrole ne remontera pas d'ici 5 ans, se maintenant à 48$US le baril.

Maintenant, quel sera l'impact sur les finances du Québec? Réponse: plutôt marginal. Certes, le gouvernement du Québec perdra des recettes de taxes provenant de l'essence, mais ses coûts en énergie diminueront et ses revenus d'autres sources augmenteront grâce à l'impact bénéfique de la baisse du prix de l'essence sur l'économie. «Ce sera kif-kif pour le Québec», croit l'économiste Benoit Durocher, du Mouvement Desjardins.

Même son de cloche de Sébastien Lavoie, économiste en chef adjoint de Valeurs mobilières Banque Laurentienne (VMBL). «Au bout du compte, je serais surpris que la baisse du prix du pétrole amène au-delà de 200 millions additionnels dans les coffres de l'État», dit-il.

En Ontario, la chute du prix du pétrole pourrait avoir un effet plus favorable sur l'équilibre budgétaire, puisque les entreprises et les particuliers ontariens consomment significativement plus d'essence qu'ici. L'impact favorable net serait de l'ordre de 500 millions, prévoit M. Lavoie.

Encore une fois, il faut mettre ce chiffre en perspective. L'Ontario vogue vers un déficit de 12,5 milliards cette année (2014-2015) et de 8,9 milliards l'an prochain (2015-2016). L'amélioration, bien que notable, ne représenterait qu'environ 4% du déficit de l'année en cours.

C'est en Alberta que les effets seront le plus marqués. Parmi les économies occidentales, ne l'oublions pas, l'Alberta est l'endroit où le pétrole pèse le plus lourd, devant la Norvège, le Danemark et les États-Unis.

Entre 2002 et 2007, l'Alberta a engrangé des surplus budgétaires de 33 milliards, soit une moyenne de 7,0 milliards par année. Or, au cours de la prochaine année budgétaire (2015-2016), l'Alberta aura un déficit d'environ 6,0 milliards en raison de la déconfiture pétrolière, prévoit M. Lavoie.

Pour mieux saisir l'ampleur des dégâts, il faut mesurer les déficits en fonction de l'importance de l'économie. Au Québec, l'année en cours se soldera par un déficit de quelque 0,6% du produit intérieur brut (PIB), prévoit le ministère des Finances. L'an prochain, croisons-nous les doigts, ce sera 0.

En comparaison, le déficit ontarien équivaut 1,7% du PIB cette année et sera de 1,1% du PIB l'an prochain. En Alberta, la courbe suit rapidement le chemin inverse. Alors que la province avait un surplus équivalant à 0,2% du PIB l'an dernier, elle se dirige vers un déficit équivalant à 0,1% du PIB cette année et de 1,7% l'an prochain. Ayoye!

Si tout va bien, le Québec pourrait donc sortir la tête de l'eau pendant que ses deux concurrentes continueraient à écrire leur budget à l'encre rouge.

Cela dit, il faut noter que le Québec est nettement plus endetté que l'Ontario et l'Alberta, d'où l'importance d'équilibrer le budget plus rapidement. En Alberta d'ailleurs, le premier ministre Jim Prentice devrait prendre quelques années avant de revenir à l'équilibre en tentant d'éviter de faire un geste honni dans cette province: hausser les taxes et les impôts.

Enfin, ce chambardement pétrolier aura tôt ou tard un impact sur les paiements de péréquation au Canada, mais il est encore difficile d'en mesurer les effets concrets.

La péréquation, faut-il le rappeler, sert à répartir la richesse entre les provinces selon leur capacité fiscale. Toutefois, l'enveloppe gérée par le fédéral ne varie pas avec le prix du pétrole, mais en fonction de la croissance du PIB, dont la tendance demeure haussière. À suivre donc.

Déficits en pourcentage du PIB

[Canada (fédéral) | Québec | Ontario | Alberta]

2013-14 : -0,30% | -0,8% | -1,5% | 0,2%

2014-15 (¹) : -0,06% | -0,6% | -1,7% | -0,1%

2015-16 (¹) : -0,02% | 0,0% | -1,1% | -1,7%

(¹) Pour 2014-15 et 2015-16, il s'agit d'estimations ou de prévisions du DPB ou de VMBL à partir des données budgétaires des divers gouvernements.




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