Faut-il verser 52 millions à Aldo?

Avant de critiquer, commençons par nous réjouir. Le Groupe Aldo projette d'investir la somme colossale de 363 millions de dollars à Montréal. De tels projets ne courent pas les rues. Chapeau!

En quelques années, l'entreprise d'Aldo Bensadoun est devenue une multinationale de la chaussure, présente dans 87 pays, avec 2300 points de vente. Il s'agit d'un des rares détaillants à avoir réussi aux États-Unis, où la concurrence est féroce.

L'entreprise donne du travail à 20 000 personnes, dont 2500 au Québec. Quelque 400 à 600 emplois bien payés seront créés avec cet investissement dans l'optimisation des systèmes informatiques.

Cela dit, est-il acceptable que le gouvernement accorde une aide financière de 52 millions de dollars à une multinationale très rentable? Dans quelles circonstances l'État doit-il allonger des fonds aux entreprises?

D'abord, précisons le contexte. L'essentiel des fonds viendra du programme Essor, géré par Investissement Québec. Le programme a été lancé sous le règne de l'ex-ministre des Finances libéral, Raymond Bachand. Le programme est offert à toutes les entreprises qui ont des projets d'investissement particuliers de 250 000 $ et plus (R et D, technologies vertes, etc.).

Ce programme, qui fait partie de la politique industrielle, n'est donc pas une idée sociale-démocrate du Parti québécois. L'appui du gouvernement du Québec à Aldo prend la forme d'un prêt de 40 millions sans intérêt d'une durée de 10 ans et de deux subventions totalisant 12 millions.

Le Groupe Aldo a entrepris des discussions avec le gouvernement du Québec en juin 2012, sous le règne du PLQ. À l'automne 2012, le fondateur Aldo Bensadoun accordait des entrevues à plusieurs médias, ce qu'il n'avait fait que très rarement en 40 ans. Entre autres, l'homme d'affaires a fait une apparition remarquée à la populaire émission Tout le monde en parle, de Radio-Canada, le 14 octobre 2012.

En avril 2013, Aldo a déposé sa demande officielle de subvention au gouvernement, qui a été acceptée il y a quelques semaines. «Il n'y a pas de lien entre notre plan de communication et la demande au gouvernement. Notre plan visait à souligner le 40e anniversaire de l'entreprise», nous assure la porte-parole d'Aldo, Wendy Godbout.

La plupart des économistes sont très critiques à l'endroit des subventions aux entreprises. Si notre structure économique n'est pas suffisamment concurrentielle pour attirer des investissements, le gouvernement devrait plutôt assainir l'environnement d'affaires plutôt que de subventionner les entreprises à même l'argent des contribuables, disent-ils.

Dans certains cas, l'aide du gouvernement est justifiée. Il peut s'agir d'un coup de main temporaire à des industries naissantes, des secteurs stratégiques ou encore un appui visant à favoriser la recherche et la productivité. Le gouvernement peut aussi allonger des fonds lorsqu'il constate que des pays étrangers soutiennent financièrement leurs entreprises, ce qui crée une concurrence déloyale envers nos fleurons. C'est le cas de Bombardier, par exemple.

Aldo aurait-elle investi sans l'aide gouvernementale? «On ne peut pas dire ça, mais l'aide a été un bon coup de pouce pour aller de l'avant. Le projet aurait été de moindre envergure», dit la porte-parole, Wendy Godbout.

Bref, il n'est pas clair que l'investissement d'Aldo répond aux conditions justifiant des subventions. En fait, s'il y a une raison, c'est l'amélioration de la productivité d'une entreprise névralgique dans son secteur.

Depuis quelques années, les économistes insistent beaucoup sur l'importance de la productivité. L'amélioration du niveau de vie est étroitement liée à l'augmentation de la productivité et, à ce chapitre, le Canada, et encore plus le Québec, accuse un retard important.

La productivité est la valeur de la production des biens et services par heure travaillée, essentiellement. Contrairement à la croyance populaire, hausser la productivité ne signifie pas travailler davantage, mais travailler plus efficacement et, surtout, produire davantage grâce à de meilleures technologies et à des investissements.

Or, c'est justement ce que le projet d'Aldo cherche à faire. L'entreprise n'investira pas dans la brique et le mortier. Elle veut mettre ses systèmes informatiques à la fine pointe des communications électroniques afin de survivre aux profondes mutations du commerce de détail.

Aujourd'hui, non seulement les acheteurs peuvent-ils se procurer leurs biens avec leur iPhone ou par l'entremise de Facebook, mais encore les commerçants sont à même de connaître les besoins précis de chaque client s'ils sont bien outillés. Leurs réseaux de distribution sont aussi centrés sur la demande. Pour Aldo, le concurrent dans ce domaine s'appelle Steve Madden, entre autres.

Le gouvernement du Québec pose certaines conditions. D'abord, il n'allonge pas les 52 millions d'un seul coup. L'argent sera décaissé progressivement au fur et à mesure de l'avancement des travaux, qui s'étalent sur cinq ans. De plus, Aldo paiera une pénalité s'il ne crée pas les 400 emplois promis.

Bref, les subventions du gouvernement sont discutables, mais l'investissement d'Aldo est une très bonne nouvelle pour Montréal. Espérons pour Aldo qu'il donne des fruits.




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