Le trésor de guerre de Bombardier

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C'est Charles Sirois qui le dit. La première responsabilité des dirigeants d'une entreprise, ce n'est pas de satisfaire les clients, les employés ou le gouvernement. La première responsabilité, c'est d'assurer la pérennité de l'organisation.

Les propos de l'homme d'affaires ont été diffusés lundi soir dernier, à Télé-Québec, dans le cadre de la série Les grands moyens. L'animateur Bernard Derome questionnait Charles Sirois sur les inégalités entre les riches et les pauvres et les décisions parfois cruelles des entreprises.

L'ex-patron de Téléglobe, aujourd'hui gestionnaire de capital-risque, expliquait à Bernard Derome qu'il est toujours douloureux de licencier du personnel, mais qu'il en va souvent de la survie de l'entreprise à moyen ou à long terme.

Hier, Bombardier a annoncé à ses employés le licenciement de 1700 personnes, dont 1100 au Canada, la plupart dans la région de Montréal. La décision frappe durement des centaines de familles, mais elle apparaît malheureusement nécessaire pour assurer ce que Charles Sirois appelle la pérennité de l'organisation.

Voyons ce qu'il en est. Ces dernières années, Bombardier s'est constitué, en quelque sorte, un trésor de guerre pour développer les nouveaux modèles d'avions CSeries. En fait, non seulement Bombardier développe-t-il les CSeries, mais aussi elle met à niveau les avions d'affaires Global et Learjet 85, qui siphonnent eux aussi les liquidités de l'organisation.

À la fin de 2010, le trésor de guerre de Bombardier s'élevait à 4,2 milliards US. À cette somme se sont ajoutés environ 3,1 milliards entre 2010 et 2013 provenant des activités courantes de l'entreprise et une fois les dividendes payés. Trésor total: 7,3 milliards US.

Bombardier a toutefois investi massivement dans la CSeries et les autres programmes. De fait, les investissements ont avoisiné 5,9 milliards US durant ces trois ans, estime Valeurs mobilières Desjardins (VMD).

Pas besoin d'être un génie pour comprendre que la cagnotte a fondu. Au début de 2013, pour renflouer le trésor, l'organisation a même dû emprunter 2 milliards US sur le marché. Tant et si bien qu'à la fin de 2013, la cagnotte était ramenée à 3,4 milliards US, selon Desjardins.

Normalement, cette somme devrait être suffisante pour mener à terme les programmes de développement en 2014 et 2015. Or voilà, deux récents événements sont venus changer la donne.

D'une part, l'entrée en service de la CSeries est reportée d'un an, ce qui devrait forcer Bombardier à puiser 300 millions US de plus dans la cagnotte pour poursuivre le développement. D'autre part, les commandes d'avions ont baissé de 20% en 2013, ce qui réduira les rentrées normales de fonds d'ici deux ans.

Bref, la cagnotte sera encore sous pression. En général, les analystes croient tout de même que Bombardier pourra maintenir son trésor de guerre à environ 3 milliards US d'ici la fin de 2015, tout pris en compte. La somme peut paraître importante, mais il faut savoir que les banques exigent que Bombardier conserve une cagnotte minimale de quelque 2 milliards US, question d'assurer leurs arrières.

Cette exigence laisse donc seulement 1 milliard US à Bombardier pour les imprévus. La glace est plutôt mince.

«Les licenciements paraissent négatifs à première vue, mais ils permettront à Bombardier de se dégager une marge de manoeuvre», constate l'analyste Benoit Poirier, de VMD.

Cela dit, si Bombardier traverse bien 2014 et 2015, les années qui suivent pourraient être prometteuses. L'entreprise investit nettement plus que ses rivales depuis quelques années et ses produits pourraient donc être fort concurrentiels une fois les programmes terminés, à la fin de 2015.

Selon VMD, Bombardier investit l'équivalent de 15 à 20% de ses revenus depuis trois ans, comparativement à un maigre 4 et 8% pour Embraer et Boeing. Pour la CSeries, cette injection de fonds devrait permettre de réduire la consommation de carburant de 20% et les frais d'exploitation de 15%. C'est sans compter la réduction du bruit des moteurs, un élément important en milieu urbain.

À moins que les concurrentes aient réagi, ces avantages devraient permettre à Bombardier de gagner des points, tôt ou tard. Les dirigeants auront alors assuré la pérennité de l'organisation et il faudra embaucher pour répondre à la demande.

Les décisions de 2014, aujourd'hui douloureuses pour des centaines de personnes, paraîtront alors moins cruelles.




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