L'éducation fait-elle partie de notre ADN ?

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« Tous ces ratés reflètent le même problème, dont je parle depuis des années. Nous ne sommes pas allés au bout de la Révolution tranquille », explique Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Samedi dernier, j'ai écrit une chronique pour dire que même si la qualité du PISA, la grande enquête internationale sur la performance des ados à l'école était affectée au Québec par des problèmes d'échantillonnage, il ne fallait pas pour autant en balayer les résultats, notamment que les jeunes Québécois réussissent bien à l'école, et surtout en maths.

Je dénonçais aussi la cause de ce problème d'échantillon, un boycottage des directeurs d'écoles publiques pour embêter le gouvernement Couillard dans le cadre de leurs négociations salariales. Je reviens à la charge, parce que les conséquences de ce boycottage, que j'ai qualifié de stupide, sont pires que ce j'imaginais. Et ce, pour trois raisons.

La première, que m'a rappelée un spécialiste du domaine, Pierre Lefebvre, professeur associé au département de sciences économiques de l'UQAM, c'est qu'un test comme le PISA, réalisé auprès de jeunes de 15 ans de 72 pays, ne fait pas seulement passer des examens dont on compare les résultats pour se péter les bretelles.

« Les élèves rapportent des informations sur leur famille (éducation, profession, statut, émigration des parents, fratrie, etc.), sur leurs études, leurs façons d'apprendre, leurs relations avec les professeurs. Le directeur d'école rapporte aussi des informations essentielles sur leur école et les professeurs (différentes pratiques, taille des classes et de l'école, le climat profs-élèves, écoles concurrentes, etc.) » Toutes ces informations contextuelles aident à identifier et à comprendre les facteurs qui contribuent à la réussite ou à l'échec scolaires.

La deuxième raison, c'est que la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement ne s'attaque pas seulement au PISA. Sa présidente, Lorraine Normand-Charbonneau, s'en vantait carrément dans une réplique publiée lundi dans ces pages. « Et nous ne boycottons pas seulement le PISA. Depuis le début de l'année 2014, nous boycottons l'ensemble des enquêtes et des sondages que nous recevons dans nos écoles. » Bravo, madame.

On sabote aussi, par ce boycottage, des enquêtes qui, selon M. Lefebvre, sont plus intéressantes que le PISA, comme le TIMMS, (Trends In Mathematics and Science Study), qui mesure tous les cinq ans la performance en maths et en sciences d'élèves de 4e année et de 2e secondaire. Cette enquête comporte des questionnaires pour les directeurs, les professeurs, les parents, et fournit une foule d'informations précieuses. Une autre grande enquête, le Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS), porte sur la lecture auprès d'enfants de 4e année. Dans tous les cas, le boycottage affecte la qualité des données et compromet leur continuité.

La troisième raison, c'est l'obscurantisme. Je me souviens de mon indignation quand le gouvernement Harper a saboté le recensement. On assiste à la même chose, sauf que cette fois-ci, l'attaque contre la science et la connaissance provient du milieu scolaire lui-même.

On peut avoir une idée de l'hostilité que cette fédération entretient à l'égard de la recherche en regardant la liste de ce qui est boycotté.

Et je crains que ce ne soit pas un hasard. Il y a un message derrière cette attaque, que l'on trouvait dans la lettre de la présidente de cette fédération, pour qui « les experts sont dans l'école ».

Et qui sont les victimes ? Le gouvernement Couillard ? Pas du tout. Les enfants.

Ces enquêtes aident à comprendre d'où viennent les écarts dans les résultats, pour améliorer la réussite scolaire et pour donner un maximum de chances dans la vie, plus particulièrement pour les jeunes provenant de milieux qui ne les prédisposent pas au succès. Ce sont ces études qui peuvent préciser la nature exacte du lien entre le milieu social et la réussite, qui peuvent identifier les facteurs de réussite, qui peuvent valider l'efficacité des mesures mises en place - garderies, maternelles 4 ans, aide aux devoirs.

Mais les directeurs d'école ne sont pas les seuls à mettre les bâtons dans les roues. Si, année après année, le taux de participation du Québec aux enquêtes internationales est si bas, c'est qu'il faut un consentement parental pour que les jeunes puissent participer. Personne ne fait ça ailleurs. Ce sont le plus souvent les parents moins éduqués, plus méfiants du système, qui refusent que leurs enfants participent, comme pour le recensement.

Pourquoi le Québec se tire-t-il dans le pied comme ça ? Par désir maladif de se distinguer ? Par obsession de la vie privée ? Ou est-ce une forme de sabotage passif contre le benchmarking ?

Mais tous ces ratés reflètent le même problème, dont je parle depuis des années. Nous ne sommes pas allés au bout de la Révolution tranquille. Les Québécois ont fait un énorme rattrapage pour combler leur retard en éducation, mais ils se sont arrêtés en chemin, avant d'avoir terminé le travail. Il reste donc des séquelles des retards du passé - analphabétisme élevé, habitudes de lecture, tolérance au décrochage, faible valorisation de l'école, du savoir, de l'enseignement. Comme si le gène de l'éducation ne fait pas encore partie de notre ADN collectif.




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