Nos amis terre-neuviens

« Le gouvernement Couillard, au lieu de grimper aux... (PHOTO ANDREW VAUGHAN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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« Le gouvernement Couillard, au lieu de grimper aux rideaux quand Ottawa a accordé un soutien additionnel au projet de Muskrat Falls, au Labrador (photo), a plutôt dit rechercher une approche "gagnant-gagnant" », indique Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Le Canada est une grande puissance énergétique. C'est le deuxième producteur d'hydroélectricité au monde, grâce au Québec, et le deuxième producteur d'uranium, grâce à la Saskatchewan. On y trouve, en Alberta, les deuxièmes réserves pétrolières du monde en importance.

Ce potentiel énergétique considérable façonne notre économie, pèse lourd dans notre prospérité présente et future, détermine largement nos rapports avec nos partenaires. Il colore aussi nos identités. Et pourtant, le Canada n'a pas de politique énergétique.

Résultat ? Le bordel. L'Alberta, sans accès à la mer, voit une partie de sa production enclavée par les autres provinces. L'électricité du Labrador est coupée des marchés du sud par le Québec. L'Ontario devra rénover à grands frais ses centrales nucléaires quand sa province voisine, le Québec, a d'abondants surplus d'électricité.

Cela s'explique en grande partie par le fait que, dans le fédéralisme canadien, les ressources naturelles sont de ressort provincial. Le Québec n'acceptera jamais que le fédéral touche à son électricité, et l'Alberta se souvient encore avec rancoeur de la tentative avortée du gouvernement Trudeau, en 1980, d'imposer un programme énergétique national.

En énergie, nous avons le pire du fédéralisme : un gouvernement central absent et des provinces qui se comportent comme des duchés du Moyen-Âge.

Il y a un vide qu'il faut combler. Dans le cas du pétrole et des oléoducs, la balle est dans le camp fédéral, qui doit être capable d'intégrer cette production dans un plan crédible de réduction des GES. Dans le cas de l'électricité, où le noeud du problème est le contentieux entre le Québec et Terre-Neuve, la balle est dans le camp du Québec.

Il y a heureusement des signes d'ouverture. Le gouvernement Couillard, au lieu de grimper aux rideaux quand Ottawa a accordé un soutien additionnel au projet de Muskrat Falls, au Labrador, a plutôt dit rechercher une approche « gagnant-gagnant ». Le premier ministre Couillard a eu un entretien téléphonique lundi dernier avec son homologue terre-neuvien Dwight Ball, pour « enterrer la hache de guerre ». Et le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, caresse un projet majeur de développement hydroélectrique qui repose sur un partenariat avec nos voisins.

Mais pour bâtir l'avenir, il faudra régler le passé. Et revenir sur la source du contentieux, le contrat de Churchill Falls, signé en 1969. La quasi-totalité de la production de cette énorme centrale du Labrador est vendue à Hydro-Québec à un prix très bas - 0,20 cent le kilowattheure quand le tarif résidentiel de base est de 5,71 cents. Ce contrat, qui profite surtout au Québec, a créé un énorme ressentiment à Terre-Neuve.

L'entente, contestée sans succès 17 fois devant les tribunaux par Terre-Neuve, n'est pas seulement légale, elle est légitime. Hydro-Québec, dont le réseau est constitué de centrales hydrauliques où les coûts sont fixes, n'aurait tout simplement pas participé à ce projet, dont elle a d'ailleurs supporté les risques, si Terre-Neuve avait exigé à l'époque des prix qui peuvent grimper.

Mais cet argumentaire renforce le ressentiment de nos voisins. Il illustre que le Québec a agi comme si Churchill Falls était au Québec, d'autant plus que le Québec n'a jamais reconnu le tracé de la frontière du Labrador décidé par le Conseil privé britannique en 1927. Cela renforce le sentiment de Terre-Neuve d'avoir été dépossédée comme une colonie.

Cette blessure nourrit la culture politique de la province, où un bon politicien, c'est celui qui se tient debout devant le Québec, ce qui n'est pas sans rappeler la culture politique québécoise dans ses rapports avec Ottawa.

Ce blocage a mené, entre autres, au projet absurde de Gull Island, aussi au Labrador. Incapable de s'entendre avec Hydro-Québec pour le transport de cette électricité vers les marchés du sud - un échec où je soupçonne un braquage de part et d'autre - Terre-Neuve a donc choisi de faire passer cette électricité par câble sous-terrain vers Terre-Neuve et ensuite vers la Nouvelle-Écosse. Un projet très coûteux, soutenu par d'importantes garanties de prêt du gouvernement Harper, dont les coûts ont en plus explosé, ce qui a forcé le gouvernement Trudeau à remettre de l'argent.

Comment se sortir de cette impasse ? Le Québec n'arrivera à rien en répétant que, légalement, il a raison. Cette crise nous coûte cher.

Elle risque de nous faire perdre cette électricité à la fin du contrat, en 2041, qui comble 15 % de nos besoins. Elle a fait échouer l'achat d'Énergie NB par Hydro-Québec. Elle compromet notre capacité de développer une véritable stratégie hydroélectrique dans l'est du Canada, pourtant essentielle si on veut se diriger vers une économie sans carbone.

C'est aux Québécois de faire les premiers pas, en commençant par se mettre un instant dans la peau des Terre-Neuviens. C'est ce qu'ont commencé à faire le gouvernement libéral et l'opposition caquiste en n'écartant pas une réouverture du fameux contrat.

Pourquoi nous ? Parce que nous sommes plus gros, plus riches, que nous serons l'acteur dominant dans tout projet hydroélectrique futur. Et que cette position de force vient avec une responsabilité, celle du leadership.

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