Cuba, le Québec et le Canada

« Les Québécois, si nombreux à aller à Cuba... (PHOTO ADALBERTO ROQUE, archives Agence France-Presse)

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« Les Québécois, si nombreux à aller à Cuba pour ses plages, ratent quelque chose en n'allant pas dans sa capitale », dit Alain Dubuc. Sur la photo : La Havane.

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Alain Dubuc
La Presse

Je suis allé à La Havane il y a quelques semaines, quelque part entre les visites officielles de Philippe Couillard et de Justin Trudeau.

Pas comme journaliste, comme touriste. Je voulais revoir la capitale cubaine avant qu'elle ne soit envahie par des hordes d'Américains. Une ville absolument fascinante, par son patrimoine historique, sa culture, son effervescence, son énergie folle, ses contrastes.

Parenthèse : les Québécois, si nombreux à aller à Cuba pour ses plages, ratent quelque chose en n'allant pas dans sa capitale ou en n'y consacrant que quelques heures dans une visite organisée à partir de Varadero. Fin de la parenthèse.

Mais on reste économiste et journaliste, même en bermuda. J'étais aussi très curieux de voir les effets de la modernisation de l'économie que le président Raúl Castro a mise en oeuvre depuis qu'il a succédé à son frère à la présidence du pays, il y a cinq ans.

Les changements sont significatifs. La levée de l'interdiction de vendre des propriétés a eu un effet sur la rénovation.

Les petits hôtels, les Airbnb, les casas particulares se multiplient. Grâce à l'ouverture au privé, le nombre de restaurants privés, les paladares, augmente en flèche, comme celui des cafés et des bars. Il y a plus de légumes et de fruits dans les marchés et les dépanneurs de quartier depuis qu'une production agricole indépendante est permise.

Mais ces changements sont désespérément lents et timides. À part ceux qui peuvent profiter du tourisme, les gens vivent toujours dans la misère, ils ne sentent pas les effets de cette ouverture et se demandent combien d'années il faudra pour voir la lumière au bout du tunnel.

C'est dans ce contexte qu'est survenue l'ouverture amorcée l'an dernier par le président Obama, pour mettre fin à un demi-siècle de guerre idéologique et commerciale. Cette normalisation est cependant très limitée - rétablissement des relations diplomatiques, un droit de voyager à Cuba soumis à une foule de contraintes, certains assouplissements financiers. Pour l'instant, elle a suscité plus d'espoirs que de changements concrets.

Parce que l'essentiel n'a pas été réglé. L'embargo commercial contre Cuba est toujours en place. Et si on ne le savait pas, le régime est là pour nous le rappeler. Le folklore castriste des slogans politiques en lettres géantes sur de grands panneaux est toujours bien vivant. Normalizar no es sinònismo de bloquear, proclamait une affiche près de l'aéroport (la normalisation n'est pas un synonyme d'embargo).

Cet embargo, qui interdit aux Américains et aux entreprises américaines de faire des affaires avec Cuba, est une mesure profondément stupide, hargneuse, disproportionnée, un produit de la guerre froide d'il y a un demi-siècle qui subsiste en raison des pressions des exilés cubains de Floride.

Cette fenêtre d'espoir risque évidemment de se refermer avec l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, quoique, là-bas comme ici, on n'ait pas la moindre idée de ce qu'il fera. Sera-t-il pragmatique ? Ouvert aux occasions d'affaires ? Ou écoutera-t-il plutôt la droite républicaine ?

Dans ce contexte difficile, la délégation économique pilotée par Philippe Couillard ou la visite de Justin Trudeau, cette semaine, peuvent être importantes pour Cuba, comme contrepoids, pour rappeler que le Canada n'a jamais rompu ses liens et a même entretenu des relations d'amitié depuis Pierre Elliott Trudeau.

Peut-être y a-t-il des gens qui tiquent sur cette amitié avec une dictature communiste ? Elle est beaucoup moins gênante que nos liens avec la Chine ou l'Arabie saoudite, pour ne nommer que ceux-là. Il y a des degrés dans le totalitarisme. Cuba est une dictature, sans élections comme les nôtres, sans aucune liberté de presse, un pays qui intimide la dissidence, où il y a des prisonniers politiques.

Ce n'est pas un régime de terreur, mais une dictature molle, étouffante sans être violente.

La meilleure façon de contribuer à sa démocratisation, c'est de multiplier les contacts et les échanges. C'est ce qu'Obama avait compris. Cuba n'est pas le Kazakhstan. En raison de sa proximité culturelle et géographique, la démocratisation cubaine n'est pas plausible, elle est inévitable.

Les liens économiques que nos gouvernements veulent renforcer avec Cuba, intéressants pour nous, peuvent accélérer ce processus en contribuant à l'élévation du niveau de vie cubain et surtout en l'aidant à se sortir de son modèle économique dont les ratés ne s'expliquent pas seulement par l'embargo.

Une économie planifiée si inefficace que cette île fertile doit importer de 70 % à 80 % de ses besoins en nourriture, et que les citoyens doivent composer avec les pénuries alimentaires et les carnets de rationnement. Il faut tout construire, le crédit, les réseaux de distribution, les mécanismes de marché.

Ce qui permet de l'espoir pour Cuba, c'est que si la révolution cubaine a été une catastrophe économique, elle a été un succès social, particulièrement pour l'éducation. Ce pays peut ainsi compter sur un potentiel remarquable pour se reconstruire sur de nouvelles bases avec succès.

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