Et maintenant,  quel scénario ?  Celui du pire...

« Celui qui entrera à la Maison-Blanche n'a pas... (Photo Pablo Martinez Monsivais, Associated Press)

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« Celui qui entrera à la Maison-Blanche n'a pas les compétences pour occuper ses fonctions - pas d'expérience politique, ignorance des grands dossiers, raisonnements bancals, comportement personnel imprévisible », énumère Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Après le choc d'une victoire qu'à peu près personne n'a vue venir, on commence à se demander, partout dans le monde, et surtout aux États-Unis, avec inquiétude sinon avec crainte, de quoi pourra avoir l'air la présidence de Donald Trump.

On ne le sait pas vraiment. Les États-Unis viennent de faire un saut dans l'inconnu. Mais de toutes les hypothèses que l'on peut élaborer, le scénario le plus plausible reste celui du pire.

Ce qui permet ce pessimisme, c'est ce qu'on a appris sur Donald Trump depuis son entrée dans la vie publique, la dynamique sociale et politique qui l'a mené au pouvoir, ce qui lui tient lieu de programme ainsi que la nature des institutions américaines.

Tout repose sur le fait que, dans deux mois, celui qui entrera à la Maison-Blanche n'a pas les compétences pour occuper ses fonctions - pas d'expérience politique, ignorance des grands dossiers, raisonnements bancals, comportement personnel imprévisible.

D'où la spéculation. Réussira-t-il à offrir une autre facette de sa personnalité ? Réussira-t-il à acquérir rapidement les compétences dont il aura besoin ?

Lesquelles de ses promesses vagues, contradictoires et parfois excessives voudra-t-il mettre en oeuvre ?

Le plus optimistes pourront se conforter dans l'idée que la fonction transformera l'homme, et que M. Trump, une fois président, fera appel aux éléments les plus nobles de sa personnalité pour être digne de son mandat. Comme il a réussi à le faire pendant quelques minutes dans son discours de victoire dans la nuit de mardi à hier.

L'expérience récente permet toutefois d'en douter. C'est exactement le raisonnement que l'on faisait lorsque Donald Trump a remporté l'investiture républicaine. On croyait qu'après s'être imposé auprès des membres de son parti avec une campagne particulièrement sale, il changerait de style et de ton dans la bataille pour la présidence. Ce n'est pas arrivé.

M. Trump, dans sa bataille contre Hillary Clinton, a choisi de se fier à son instinct, de ne pas écouter les appels à la retenue de son entourage et de s'enfoncer encore plus dans le populisme. C'est cette stratégie qui lui a permis de prendre le pouvoir au mépris des analyses. On voit mal pourquoi M. Trump, qui a eu raison envers et contre tous, voudrait abandonner sa formule gagnante.

Il y aura heureusement d'importantes différences entre le Trump que l'on a découvert et celui qui se préparera à la présidence. D'abord, parce qu'il n'est plus en campagne électorale. Ensuite, parce qu'il sera soumis au rituel de la transition du pouvoir. Le président élu aura accès à des breffages de haut niveau, il sera entouré, conseillé. Il serait toutefois très étonnant que cela le transforme en président modèle, à cause de son impulsivité, de sa méfiance envers ceux-là mêmes qui l'accompagneront dans la transition, de sa difficulté à s'entourer de gens qu'il acceptera d'écouter.

La deuxième ligne de défense, ce sont les institutions qui assurent à la gouvernance américaine des mécanismes de poids et de contrepoids. Mais M. Trump aura plus de pouvoirs que Barack Obama, car il pourra compter sur des majorités républicaines à la Chambre des représentants et au Sénat, quoique ses rapports seront colorés par le fait que sa victoire dépend bien davantage du mouvement qu'il a engendré que des efforts d'un parti qui ne l'a pas vraiment soutenu.

Il n'en reste pas moins que le Congrès républicain constituera le principal mécanisme d'encadrement du nouveau président, le garde-fou qui lui permettra peut-être de transformer un programme informe en feuille de route fonctionnelle.

Ça va donner quoi ? Sur le plan social, ses intentions ont été très claires : un virage très conservateur facilité par le fait qu'il pourra transformer la Cour suprême, et donc des reculs sur l'avortement, le mariage gai. Des politiques d'immigration musclées, peut-être avec l'expulsion promise des immigrants illégaux et un mur avec le Mexique, la mort de l'Obamacare qu'il peut proclamer par décret, mais aussi le climat d'intolérance qu'il a nourri et qui l'a propulsé. Sur le plan environnemental, avec Donald Trump qui qualifie le réchauffement climatique de canular, on ne peut que reculer, sauf pour ceux qui rêvent de pipelines.

Sur le plan international, par contre, beaucoup d'inconnues, car on ne sait pas comment se concrétisera le mélange d'isolationnisme et d'interventionnisme musclé qu'il annonce, sinon pour craindre plus d'instabilité et d'incertitude.

C'est sur le plan économique, curieusement, que l'on pourrait avoir le plus de surprises, parce que sa promesse extravagante de doubler la croissance ne peut que mener à des déceptions, et que son « plan » - baisses massives d'impôts et infrastructures - créerait des déficits si énormes qu'il devra être retravaillé de fond en comble.

Au Canada, on pense surtout aux répercussions économiques de cette victoire, notamment la remise en cause de l'ALENA, qui me semble un risque bien lointain.

Ce qui nous touchera le plus, selon moi, c'est qu'en raison de notre grande proximité avec les États-Unis, nous subirons les contrecoups de la fuite en avant dans laquelle s'est lancé ce pays divisé et affaibli.

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