La montée de lait du docteur

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« Gaétan Barrette a montré, avec sa montée de lait, pourquoi la fonction de Commissaire à la santé et au bien-être est essentielle », indique Alain Dubuc.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

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Alain Dubuc
La Presse

Encore une chronique sur Gaétan Barrette ? Je devine que je vais me faire accuser de sombrer dans l'acharnement. J'ai écrit un texte passablement dur sur le ministre de la Santé samedi dernier pour montrer en quoi, selon moi, sa vision de la santé était dépassée.

En principe, je devrais passer à autre chose. Mais je ne pouvais pas ne pas réagir à sa réaction absolument indéfendable au rapport du commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, portant sur les urgences. Le ministre a manifestement été irrité que le commissaire ait affirmé que le Québec affichait la pire performance du monde occidental pour les délais d'attente. Cette réaction illustre, en à peine quelques lignes, tout ce qui ne va pas avec le Dr Barrette. Voici ce qu'il a dit.

« C'est un constat qu'on savait déjà. Il y a un enrobage spectaculaire, on est rendu à se classer dans le monde, O.K. parfait, mais qu'est-ce qu'on apprend là-dedans ? On apprend qu'il y a du monde meilleur que nous autres. Wow ! Est-ce qu'on a besoin d'un rapport pour savoir ça ? La réponse est non. Qu'est-ce qu'on a appris de plus dans ce rapport-là ? Rien. La situation n'est pas rose dans nos urgences, mais elle s'améliore. On a la meilleure performance en 10 ans. Son rapport dit essentiellement qu'on fait les choses à faire. »

Une remarque générale sur le ton de cette réplique, que La Presse a qualifiée de cinglante.

On retrouve là les tactiques de bully du ministre, qui aime intimider ceux qui ne pensent pas comme lui.

Mais il y a plus. M. Barrette voulait sans doute, en rejetant les conclusions de M. Salois d'un revers de la main, justifier le fait qu'il a aboli cet organisme. Mais même s'il s'agit de son dernier rapport, le Commissaire à la santé et au bien-être est une institution de l'État québécois qui, comme les autres organismes consultatifs, a droit à un respect minimal. Le « wow » et autres exclamations n'ont absolument pas leur place dans la bouche d'un ministre.

Une autre remarque générale, de nature psychologique. Le ministre a manifestement été piqué au vif par les propos du commissaire qu'il a pris comme une attaque personnelle. Cela semble trahir une forme de narcissisme, une tendance à tout ramener à lui-même. Une réaction irrationnelle puisque le problème des urgences persiste depuis des décennies et que M. Barrette n'en est évidemment pas responsable. Il est en poste depuis à peine deux ans et personne ne peut lui reprocher de ne pas avoir résolu en si peu de temps un problème extrêmement complexe.

Maintenant, le fond. La phrase qui m'a fait le plus tiquer, c'est la suivante : « C'est un constat qu'on savait déjà. » Qui ça, « on » ? Le ministre ? Ses proches conseillers ? Que c'est révélateur ! Dans un dossier aussi majeur, il ne suffit pas que le ministre sache. Les citoyens, les acteurs du réseau doivent aussi avoir l'heure juste. On appelle ça de la transparence. Par exemple, le commissaire estime que les Québécois ont attendu 13 millions d'heures de trop aux urgences, du temps perdu qui a une valeur de 300 millions au salaire industriel moyen. Peut-être que le ministre savait. Pas moi. Pas vous. C'est le genre de choses qu'on devrait savoir. Et ce n'est pas le ministre qui vous l'aurait dit.

Poursuivons. « Il y a un enrobage spectaculaire, on est rendu à se classer dans le monde, O.K. parfait, mais qu'est-ce qu'on apprend là-dedans ? On apprend qu'il y a du monde meilleur que nous autres. Wow ! » Manifestement, le ministre ne croit pas à ce genre de classement, et pourtant, c'est l' a b c de la gestion. Partout dans le monde avancé, les comparaisons entre institutions, entre provinces, entre pays, ce qu'on appelle le benchmarking, ou « étalonnage », sont devenues un outil essentiel pour s'évaluer, mesurer la performance, s'améliorer.

« Est-ce qu'on a besoin d'un rapport pour savoir ça ?, a ajouté le ministre. La réponse est non. Qu'est-ce qu'on a appris de plus dans ce rapport-là ? Rien. » Bref, M. Barrette n'a pas non plus besoin de rapports. Pourtant, ce rapport ne se résume pas à la phrase qu'il n'a pas aimée. Le document de 126 pages présente une analyse quantitative de la performance des urgences, un sondage auprès des hôpitaux, des études de cas des institutions qui font le mieux. Il n'y aurait absolument rien d'utile dans ce rapport ? Je ne le crois pas une seconde.

Derrière l'arrogance du ministre, il y a une pointe d'obscurantisme. Stephen Harper non plus n'avait pas besoin de rapports.

Gaétan Barrette a montré, avec sa montée de lait, pourquoi la fonction de Commissaire à la santé et au bien-être est essentielle pour introduire un peu de transparence dans le monde opaque du réseau de la santé et pour fournir un regard indépendant. Je comprends parfaitement pourquoi le ministre a voulu s'en débarrasser. Mais je ne comprends pas pourquoi le premier ministre l'a laissé faire.

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