Uber était un test, le Québec l'a raté

La façon dont Québec a choisi de résoudre... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, archives LA PRESSE)

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La façon dont Québec a choisi de résoudre les problèmes que posait l'arrivée d'Uber risque de hanter le gouvernement Couillard, écrit Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Il arrive parfois qu'un dossier relativement mineur prenne des proportions majeures parce qu'il est porteur d'un message symbolique qui dépasse largement l'enjeu initial.

C'est certainement le cas du débat autour d'Uber. En soi, le dossier du taxi à Montréal n'est pas d'une importance majeure. Bien sûr, l'industrie du taxi est tout croche, sa performance est médiocre, mais la métropole peut fonctionner, avec ou sans la multinationale du transport alternatif.

Mais la façon dont Québec a choisi de résoudre les problèmes que posait l'arrivée de ce nouvel acteur pour l'industrie du taxi et d'établir de nouvelles règles du jeu équitables risque de hanter le gouvernement Couillard et de rester le symbole d'un échec qui le suivra longtemps.

Si j'étais Philippe Couillard, j'aurais un petit doute, en voyant qui a applaudi avec le plus d'enthousiasme à la solution proposée par son ministre des Transports, Jacques Daoust. Martine Ouellet, qui incarne la gauche syndicale dogmatique du PQ, et l'ex-ministre péquiste Guy Chevrette, qui a défendu le lobby du taxi avec la même verve qu'il a défendu celui de l'amiante. Et de l'autre côté, ceux qui semblent les plus déçus sont les jeunes libéraux, la relève de sa formation politique.

M. Daoust devait trouver un équilibre entre le monde du taxi et celui d'Uber. On s'attendait, hélas, à ce que l'arbitrage penche beaucoup en faveur du taxi.

En fait, dans le projet de loi 100, déposé jeudi, il n'y a tout simplement pas d'arbitrage.

Il ne propose qu'un seul modèle, celui du taxi traditionnel, et exclut de facto toute solution de rechange, que ce soit Uber ou d'autres formules.

Un statu quo timidement amélioré qui perpétue les fondements archaïques de l'industrie.

Non seulement la solution est rigide sur le fond, mais elle est primaire sur la forme. « Si Uber veut être chez nous, a expliqué le ministre, ils sont bienvenus chez nous, mais ils devront respecter les règles en vigueur chez nous. » Cette phrase est d'une stupéfiante bêtise. C'est un peu comme dire : les homosexuels sont bienvenus chez nous, à condition qu'ils ne s'embrassent pas...

Cette solution limite la fluidité du transport urbain, elle va à l'encontre d'une logique de mobilité durable, elle envoie un très mauvais message sur la capacité de la métropole d'incarner la mobilité et l'intelligence. Mais il y a quelque chose de beaucoup plus fondamental.

Le cas d'Uber avait aussi valeur de test. C'est un des dossiers, sans doute le plus visible, où le Québec fait face à des pressions extérieures - elles peuvent venir des progrès technologiques, de la porosité des frontières, des transformations de l'économie mondiale - qui menacent les équilibres sociaux et économiques. Il faut pouvoir développer des stratégies, des grilles d'analyse, une philosophie pour nous guider dans ces situations difficiles. Les pressions d'Uber nous donnaient l'occasion d'amorcer cette réflexion, de nous préparer à d'autres situations qui seront bien plus lourdes de conséquences, quand on sait l'évolution fulgurante des technologies de l'information. C'est ce test auquel le Québec a échoué.

D'un côté, on ne peut pas laisser s'exercer toutes ces forces sans réagir, sans établir des règles du jeu, sans nous protéger. Mais de l'autre, on ne peut pas non plus se fermer et s'enfermer, parce que cela mène à la sclérose, nous exclut des mouvements associés au progrès et, finalement, risque de nous faire perdre nos batailles. Le défi, c'est de trouver un juste équilibre.

Il faut aussi tenir compte du fait que, dans le cas de plusieurs menaces extérieures, le vrai problème ne vient pas d'ailleurs, il est chez nous. Les industries qui réagissent le plus mal aux pressions sont celles dont les structures sont si rigides qu'elles ont perdu leur faculté d'adaptation, particulièrement celles qui sont régies par la gestion de l'offre, comme le lait ou le taxi, où le problème vient des quotas et des permis.

C'est une véritable aberration qu'il faille payer 200 000 ou 300 000 $, pas pour être radiologiste ou pilote d'avion, mais pour exercer un métier dur et peu payant.

La pire chose à faire, c'est de tout bloquer, d'ériger un rempart autour du Québec. Et pire encore, d'y voir des vertus identitaires, un symbole de notre différence, exprimé de façon caricaturale par Guy Chevrette, qui y a vu « une victoire pour le peuple québécois ». J'ai entendu, dans le débat sur Uber, des gens reprendre l'image du village gaulois, que sa palissade protège de la mer anglophone.

On ne se rend pas compte à quel point l'image du village gaulois est malheureuse. D'abord parce qu'elle provient d'une bande dessinée et que, dans la vraie vie, il n'y a pas de potion magique. Mais surtout parce que les Gaulois représentent un très mauvais exemple de résistance fructueuse. Ils ont été battus, rayés de la carte à un tel point qu'il ne reste, dans le français moderne, que 130 mots hérités de la langue de nos « ancêtres ».

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