Un nouvel emploi par jour...

L'économie québécoise et son marché du travail ne... (PHOTO VASILY FEDOSENKO, ARCHIVES REUTERS)

Agrandir

L'économie québécoise et son marché du travail ne s'effondrent pas, ils stagnent, explique notre chroniqueur.

PHOTO VASILY FEDOSENKO, ARCHIVES REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Alain Dubuc
La Presse

Entre mars 2015 et mars 2016, il s'est créé 300 nouveaux emplois au Québec. Ça donne un peu moins d'un emploi par jour...

Ce chiffre, François Legault l'a brandi à plusieurs reprises depuis une semaine. Le chiffre est parfaitement exact : il provient des données pour mars de l'Enquête sur la population active de Statistique Canada. Et le chef de la Coalition avenir Québec a raison d'insister.

Ces faméliques 300 emplois frappent l'imagination et illustrent très bien ce qui se passe. L'économie québécoise et son marché du travail ne s'effondrent pas, ils stagnent. Ce n'est pas une situation de crise qui exige que l'on appuie sur le bouton de panique. Mais le problème est très sérieux, assez pour devenir la grande priorité du Québec. Cela ne justifie pas qu'on s'agite dans tous les sens, mais ça prend un diagnostic et une stratégie.

Le diagnostic est difficile à faire, parce qu'il y a une foule de façons de regarder les statistiques de l'emploi et de les triturer, ce dont les politiciens ne se privent pas. Personnellement, je crois que le Québec gagnerait à pouvoir compter sur un organisme d'analyse économique indépendant qui donnerait l'heure juste au-delà des querelles partisanes.

Dans le débat politique, on mesure d'habitude l'évolution de l'emploi de deux façons. La première consiste à comparer les moyennes annuelles. Cette approche donne plus de recul et élimine les variations parfois erratiques des données mensuelles. Mais elle a le défaut, ou l'avantage, selon le point de vue où l'on se place, de gommer des revirements. Le gouvernement Marois, au grand dam des libéraux, préférait ces statistiques annuelles qui masquaient le fait que l'emploi était en chute libre. Et maintenant, c'est au tour des libéraux de préférer cette méthode qui leur permet de répéter ad nauseam qu'il s'est créé 37 300 emplois entre 2014 et 2015.

C'est vrai, mais ça ne dit pas tout. Il y a eu, à l'arrivée au pouvoir des libéraux, une croissance assez remarquable de l'emploi - de 4 035 500 en mai 2014 à un sommet de 4 109 900 en avril 2015 -, soit une progression de 74 400 emplois en 11 mois. Depuis, plus rien. L'emploi ne bouge pas, le taux de chômage non plus.

Qu'est-ce qui se passe ? Ce ne sont pas les représentants du gouvernement Couillard qui feront publiquement l'analyse, eux qui préfèrent parler des 37 300 emplois créés en 2015. On note toutefois que l'Ontario, dans le même contexte mondial, a créé 85 600 emplois depuis un an.

Cette non-création d'emploi au Québec, un reflet de la faible croissance, s'explique entre autres par le vieillissement de la population, une productivité basse, le faible niveau d'investissement, et sans doute les compressions des dépenses publiques.

Pourtant, plusieurs facteurs devraient en principe aider à améliorer la situation. À commencer par les ambitieuses politiques de relance du gouvernement Trudeau et les 9,4 milliards cette année en investissements en infrastructure du gouvernement Couillard. Cela aura des effets rapides. Les travaux pour la reconstruction de l'échangeur Turcot et du pont Champlain vont avoir des impacts, tout comme l'énorme chantier des trains de banlieue.

Certaines politiques vont finir par rapporter, comme le Plan Nord ou la stratégie maritime, avec le réveil du marché des ressources naturelles. D'autres vont s'ajouter. C'est le cas de la politique énergétique du gouvernement Couillard, qui comporte d'importants volets de développement économique. Le budget Leitao comporte également plusieurs mesures structurantes, notamment sur l'adaptation de la main-d'oeuvre, la fiscalité des entreprises ou l'innovation.

La nouvelle politique dévoilée jeudi dernier par la ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, Dominique Anglade, s'attaque à une autre pièce du puzzle, en affectant 500 millions sur trois ans pour soutenir les entreprises manufacturières innovantes. C'est un bel exemple de politique structurante bien ciblée : cela aide évidemment le secteur manufacturier, favorise les exportations, contribue à une hausse des investissements tout en travaillant sur un gros problème de notre économie, sa faible productivité. On sait que Mme Anglade présentera d'autres stratégies sur l'innovation, les exportations et les sciences de la vie.

Depuis quelques paragraphes, je parle de morceaux, d'éléments, de pièces du puzzle. Mais un puzzle, ça devient beau quand toutes les pièces sont à leur place. Et c'est ce qui manque cruellement au gouvernement Couillard : un plan d'ensemble intégrant de façon claire tous ces éléments, capable de montrer qu'il y a une vision et une cohérence, capable de rassurer les gens et de les mobiliser.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer