Petite histoire d'un gros accident

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Les néo-démocrates ont montré la porte à leur chef Thomas Mulcair en fin de semaine dernière à Edmonton.

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Alain Dubuc
La Presse
Jack Layton a rapproché le NPD des classes... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE) - image 1.0

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Jack Layton a rapproché le NPD des classes moyennes, dont il était issu.

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C’est grâce à Jack Layton que le parti... (PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE) - image 1.1

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C’est grâce à Jack Layton que le parti a fait un bond spectaculaire en mai 2011, souligne notre chroniqueur.

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Si on décode le psychodrame auquel ont participé les néo-démocrates lors du congrès d'Edmonton, l'histoire officielle est la suivante : Thomas Mulcair a privé le NPD d'une victoire à portée de main. Une défaite d'autant plus amère que le parti a payé un lourd tribut pour se rapprocher du pouvoir, en acceptant un glissement vers le centre, imposé par leur chef, qui lui a fait perdre son âme. C'est à cause de cet échec et de ce virage que les militants ont montré la porte à leur chef. Selon moi, il y a une autre histoire. La voici.

L'effet Jack Layton

Le virage vers le centre du NPD a été amorcé par Jack Layton, qui a dirigé le parti de 2002 à 2011. C'est lui qui a voulu donner au NPD une image de proximité, qui l'a rapproché des classes moyennes dont il était issu, qui l'a éloigné de sa tradition de dogmatisme et de rigidité. C'est lui qui a amorcé le mouvement qui a mené à plusieurs changements, comme l'abandon de l'étiquette socialiste du parti et de ses règles qui donnaient d'énormes pouvoirs aux centrales syndicales.

Et si Thomas Mulcair a réussi à le remplacer comme chef du NPD après sa mort, c'est en grande partie parce qu'il se présentait comme son héritier. Il est vrai que M. Mulcair est un outsider au NPD, mais le recentrage du parti a commencé bien avant lui.

Le succès de 2011

Il y a un seul chef avec qui le NPD a connu un certain succès électoral, et c'est Jack Layton. C'est grâce à lui que le parti a fait des progrès d'une élection à l'autre et surtout, c'est grâce à lui qu'il a fait un bond spectaculaire en mai 2011, quand le nombre de députés néo-démocrates est passé de 28 à 103, assez pour former l'opposition officielle. Les intentions de vote pour le parti, traditionnellement en dessous de la barre des 20 %, ont dépassé les 30 %. Thomas Mulcair, en prenant la direction du parti en 2012, n'a pas réussi à conserver le même niveau d'appuis. Après un bref sursaut au moment de son arrivée, la popularité du NPD a décliné lentement jusqu'à l'été 2015 pour retrouver son troisième rang.

L'accident québécois

Lors des élections de mai 2011, le NPD a recueilli 1 997 123 voix de plus que lors des élections de 2008. De ce total, 1 189 767 provenaient de ses gains au Québec. Arrondissons. Sur 2 millions de voix additionnelles, 1,2 million, soit 60 %, ont été obtenues au Québec, en grande partie parce qu'un grand nombre d'électeurs ont délaissé le Bloc québécois. Ces Québécois n'ont pas adhéré au NPD ; ils n'ont pas appuyé ses thèses. Naturellement peu intéressés aux élections fédérales, ils ont trouvé, avec le NPD et son chef attachant, un autre véhicule pour exprimer leur vote de protestation.

À l'époque, on a beaucoup parlé du déséquilibre pour le NPD de la présence de 59 députés québécois dans un caucus de 103 députés. Mais on n'a pas assez parlé de la fragilité de ces appuis imprévus, de l'artificialité de cette victoire qui reposait sur un accident.

Le mythe de la victoire

Si on regarde l'évolution des sondages dans la période qui a précédé les élections d'octobre 2015, on découvre que la période où le NPD a mené la course est très brève, à peine 17 jours ! En consultant l'outil de suivi des sondages de CBC, on voit qu'à l'été 2015, le NPD et le PC se suivaient de près, avec environ 31 % des intentions de vote, tandis que le PLC était trois points derrière. Le NPD a pris les devants à partir du 14 août pour atteindre un sommet, le 24 août, avec 37,4 % des intentions de vote, pour ensuite revenir à 31 % le 1er septembre. C'est tout. Un blip. Une domination très temporaire qui cachait une autre anomalie.

Les appuis nationaux en faveur du NPD étaient gonflés par son immense succès au Québec. Au moment de sa courte période de gloire, il y récoltait un appui de 49,6 %. C'était une tout autre histoire au Canada anglais, dans les neuf autres provinces. Même dans cette courte période de gloire, les trois grands partis y étaient côte à côte et, par la suite, le NPD a cessé d'être dans la course, sauf en Colombie-Britannique. Les sondages nationaux laissaient croire que le NPD pouvait l'emporter. C'était un mythe.

Le ballon dégonflé

Mais comment le NPD, après avoir cru naïvement à la victoire, a pu s'effondrer de façon si brutale ? L'explication tient en un seul chiffre : 488 000, soit le nombre d'électeurs qui, en 2011, ont abandonné le Bloc québécois en faveur du NPD. Un électorat peu fidèle qui n'avait pas d'atomes crochus avec le NPD et qui n'avait pas pour Thomas Mulcair, un ancien ministre de Jean Charest, la même affection que pour Jack Layton. C'est le genre d'électorat pour lequel péquistes et caquistes se battent en jouant la carte identitaire.

Ça n'a pas pris une grosse aiguille pour dégonfler la balloune. Il a suffi d'un débat artificiel sur un seul niqab pour que, d'environ 50 % à la mi-août, l'appui au NPD tombe à 45 % à la mi-septembre, à 35 % à la fin septembre, à 30 % le 6 octobre et à 25 % le jour des élections. Thomas Mulcair n'a pas laissé échapper une victoire ; il a tout simplement été incapable de reproduire ce qui avait été un accident.

Retour à la case départ

Quel est l'avenir du NPD ? Il ne peut pas compter sur le Québec encore une fois. Les électeurs qu'il a perdus ne reviendront pas. À travers le Canada, le terrain qu'il aurait pu occuper, celui du centre gauche, est dominé par les libéraux de Justin Trudeau qui, contrairement à ce que les néo-démocrates auraient pu croire, sont plus à gauche au pouvoir qu'en campagne électorale, sur le déficit, la fiscalité, les politiques sociales, les autochtones, l'aide aux familles.

Il ne reste pas beaucoup d'autre choix pour le NPD que de revenir à ses traditions. On peut les décrire, si on est polis, comme celles d'un parti qui ne cherche pas le pouvoir, mais qui veut jouer un rôle de conscience sociale du Parlement, ou si on est moins polis, comme un parti dont les militants sont plus à l'aise quand ils incarnent une gauche déconnectée.

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