L'économie « pout-pout »

« Pourquoi le Québec a-t-il toujours une croissance médiocre,... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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« Pourquoi le Québec a-t-il toujours une croissance médiocre, plus faible que celle de ses voisins ? », se demande notre chroniqueur.

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Un budget, ce n'est pas qu'un discours. C'est une masse de documents budgétaires, d'annexes, de tableaux, des centaines et des centaines de pages, qu'on ne peut pas lire d'un coup. Et c'est ainsi que, dans une relecture, à tête reposée, du plan budgétaire du ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, je suis tombé sur un tableau qui m'a troublé, pire, franchement découragé.

Ce tableau, à la 367e page du document qui en compte 580, porte sur les perspectives économiques quinquennales pour la période 2016-2020. Il nous dit, d'abord, qu'après une croissance très faible de 1,1 % en 2015, le PIB réel progresserait un peu plus vite en 2016, à 1,5 %. Ça, on le savait. Mais il nous dit aussi que, selon les prévisions du ministère des Finances, ça n'ira jamais mieux : 1,6 % en 2017, encore 1,6 % en 2018, 1,5 % en 2019, 1,4 % en 2020.

Ce que ces chiffres nous disent, c'est que le Québec semble condamné à une croissance anémique, un mal chronique qui ne frappe pas nos voisins.

Le Canada, après le choc pétrolier de l'an dernier, souffre lui aussi d'une croissance modeste cette année, proche de celle du Québec, de 1,4 %. Mais il rebondira l'an prochain avec une progression de 2,2 % en 2017 et restera aux alentours de 2,0 % par la suite. Les États-Unis devraient maintenir leur rythme de croissance forte sur la période, 2,3 %-2,4 %. Quant à l'Ontario, il dépassera nettement le Québec cette année avec une croissance de 2,6 %, fera mieux l'an prochain, avec 2,6 % et devrait se maintenir à 2,1 % par la suite.

Il y a quelque chose qui ne va pas. Pourquoi le Québec a-t-il toujours une croissance médiocre, plus faible que celle de ses voisins, ce que j'appellerais une croissance « pout-pout », celle d'un petit train poussif qui ne roule pas trop vite ?

Pour les apôtres de la décroissance, c'est peut-être une bonne nouvelle. Mais pour les autres, cette croissance plus faible signifie que jamais nous ne rattraperons nos voisins et réduirons l'écart entre notre performance et la leur. C'est parce que notre croissance est faible que notre niveau de vie est faible. Que le revenu disponible réel des ménages québécois, comme le rappelle avec raison le chef caquiste François Legault, est le plus faible au Canada, derrière celui des Maritimes. En 2005, ce revenu des ménages était au quatrième rang parmi les plus élevé des provinces canadiennes.

Cette faible croissance et ces revenus trop faibles constituent un problème réel, profond, auquel le gouvernement Couillard doit s'attaquer. Et ça doit commencer par de la transparence, dire les choses comme elles sont. Le budget Leitao ne le fait pas. Au lieu de proposer le diagnostic lucide dont nous avons besoin, il glisse dans le jovialisme, pour embellir la réalité au lieu de donner l'heure juste.

Dans la partie du plan budgétaire qui fait le point sur l'économie, on peut lire le titre suivant : « La croissance économique se poursuit, des conditions propices à une accélération de la croissance ». Techniquement, si la croissance passe de 1,1 % à 1,5 %, on peut parler d'accélération. Comme une tortue qui presse soudainement le pas. Mais le message est trompeur.

Un autre graphique se réjouit d'une « progression soutenue du niveau de vie au Québec » en montrant que la croissance du niveau de vie a été de 2,7 % au Québec entre 2007 et 2015, de 3,1 % au Canada et de 2,1 % en Ontario. Un succès relatif qui s'explique essentiellement par le fait que la crise de 2009 a frappé plus fort en Ontario et que le rattrapage a été plus long. Mais le graphique ne dit pas que l'écart de niveau de vie entre les deux provinces est toujours de 14,7 %, une information qui a une certaine pertinence.

Il est vrai que notre économie « pout-pout » a aussi comme caractéristique de tomber de moins haut, de pouvoir continuer son petit bonhomme de chemin en étant moins malmenée par les chocs de l'extérieur.

Mais ce à quoi on s'attendrait d'un budget, ce n'est pas de noyer le poisson, mais d'expliquer aux Québécois qu'il y a un problème. Ensuite, d'expliquer pourquoi la croissance est chroniquement anémique et le niveau de vie plus bas - le niveau d'investissement, la productivité ? Et enfin, de proposer des solutions.

Ce problème n'est pas récent. Il hante le Québec depuis des décennies, et les gouvernements successifs ont tenté, chacun à leur façon, de s'y attaquer, sans véritable succès. Le budget Leitao aussi propose des solutions qui vont dans la bonne direction.

Mais il faut beaucoup plus. Personnellement, je ne suis pas un partisan des stratégies économiques comme celle du gouvernement Marois qui, à mon avis, ressemblent à des catalogues verbeux. Mais il faut que le gouvernement Couillard fasse beaucoup plus que ce qu'il propose : d'abord de la transparence, ensuite plus d'intensité, un sentiment d'urgence, de la cohérence dans l'action.

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