Bien plus qu'une lune de miel

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« La popularité du premier ministre est un fait observable : le chiffre de 49 % a été publié dans Le Devoir et Le Journal de Montréal », écrit Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

En politique, l'expression lune de miel décrit la période, en général assez courte, pendant laquelle l'opinion publique laissera la chance au coureur et fera preuve d'indulgence à l'égard d'un nouveau politicien ou d'un nouveau gouvernement.

Ce n'est pas ce qui se produit dans le cas de Justin Trudeau. Ce dont il profite, au terme de ses 100 premiers jours au pouvoir, est beaucoup plus qu'une simple période de grâce. Non seulement il a été assez épargné par la critique, mais en plus, sa popularité a augmenté de façon significative. Le PLC, élu avec 39,4 % des suffrages, obtient maintenant, selon un sondage Léger Marketing publié cette semaine, 49 % des intentions de vote au Canada et tout autant au Québec. Un niveau d'appui extrêmement élevé qu'on n'avait pas vu depuis des décennies.

Pour les esprits fâcheux, le fait de noter cela ne constitue pas une apologie du gouvernement Trudeau. La grande popularité du premier ministre est un fait observable. Le chiffre de 49 %, je ne l'ai pas inventé : il a été publié dans Le Devoir et Le Journal de Montréal. Nous sommes en présence de quelque chose qui échappe aux règles du jeu habituelles du monde politique. Le phénomène est assez exceptionnel pour qu'on l'analyse et qu'on essaie d'en comprendre les racines.

On peut poser la question autrement. Comment se fait-il qu'un nouveau gouvernement, qui n'a pas un parcours sans fautes, qui a connu plusieurs problèmes en trois mois - économie chancelante qui menace ses équilibres budgétaires, manque de fermeté lors des attentats de Paris, tensions est-ouest autour du pétrole, accueil des réfugiés syriens plus compliqué que prévu, changement de rôle dans la coalition contre le groupe État islamique difficile à expliquer -, réussit-il quand même à gagner des points ?

Je dois dire qu'en participant à la rencontre éditoriale avec Justin Trudeau, hier à La Presse, ce qui m'intéressait surtout, ce n'était pas tant les questions que nous pouvions poser ni même les réponses du premier ministre, mais les indices qui me permettraient de comprendre d'où provient cette espèce de révolution.

Certains facteurs, déjà perceptibles pendant la campagne électorale, contribuent à ce succès. Les libéraux au pouvoir occupent toujours le terrain traditionnel des néo-démocrates, ce qui accroît l'érosion de ce parti, quoique les gains des libéraux dans l'opinion publique se font aussi au détriment des conservateurs et des bloquistes. Le soulagement et le sentiment de libération ressentis par un grand nombre de Canadiens depuis la fin du règne Harper semblent également plus durables et plus profonds qu'on l'imaginait.

Mais fondamentalement, le succès de Justin Trudeau tient à Justin Trudeau lui-même. Et il s'explique, selon moi, par le fait qu'il propose une nouvelle façon de faire de la politique dans laquelle un très grand nombre de gens se reconnaissent.

Un changement dans le ton, les attitudes, mais aussi la prise de décision, qui contribue à réduire le degré de cynisme de la population envers le monde politique et surtout, qui réussit à mieux inclure les citoyens dans le débat public et le processus de décision.

M. Trudeau, dans la rencontre éditoriale, avait une façon de se comporter aux antipodes de ce que les gens semblent détester de la culture politique. Capable de répondre comme une personne normale aux questions des lecteurs qui participaient à l'exercice, capable aussi de répondre vraiment aux questions, sans faux-fuyants et sans langue de bois, évitant comme la peste les exagérations et les envolées partisanes qui rendent les politiciens insupportables. Sans oublier le fait que son action gouvernementale consiste d'abord et avant tout de tenir ses promesses électorales. Tout ça contribue à désamorcer le cynisme et à augmenter sa popularité.

Mais j'ai retrouvé quelque chose d'autre dans des mots revenus souvent lors de cette entrevue : parler, écouter, consensus, raisonnable, comprendre, répondre aux préoccupations, partenaires. Ils décrivent tous une façon de faire de la politique, une conception de la gouvernance qui repose sur le dialogue, la recherche de consensus, mais aussi sur le refus de la chicane.

Je dois dire que ce pari du dialogue, perceptible chez M. Trudeau depuis son arrivée à la tête du PLC, suscitait chez moi une certaine inquiétude, parce qu'écouter c'est bien beau, mais le rôle d'un gouvernement, c'est aussi de décider. Mais on découvre maintenant que, dans le gant de velours, il semble y avoir une main de fer dont on ne soupçonnait pas l'existence.

On la voit à la détermination du gouvernement à tenir ses promesses, même quand c'est compliqué. Ou encore à son attitude dans le dossier de l'oléoduc Énergie-Est, où il est prêt à écouter, à répondre aux inquiétudes, mais où il estime aussi que le rôle du gouvernement fédéral, c'est de « permettre à nos ressources de se rendre au marché ».

Il n'en reste pas moins que l'état de grâce dont jouit M. Trudeau ne pourra pas durer indéfiniment, parce qu'à un moment, il devra faire des choix pas toujours populaires.

Mais aussi parce qu'il risque d'être victime d'un phénomène assez rare : le fait que les attentes à son égard sont sans doute plus élevées maintenant qu'elles ne l'étaient lorsqu'il a pris le pouvoir.

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