Le retour de l'intelligence

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« La décision très rapide du gouvernement Trudeau de revenir au formulaire obligatoire pour le recensement de 2016 devient ainsi un symbole du retour de l'intelligence au pouvoir », estime notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

L'ex-premier ministre Stephen Harper n'était pas un imbécile, c'était au contraire un homme brillant. Mais, dans de trop nombreux dossiers, il a fait le choix conscient et calculé de faire reposer ses décisions sur le refus de l'intelligence.

Et s'il y a un dossier qui a symbolisé ce mépris pour l'intelligence, la science et le savoir, c'est la décision du gouvernement conservateur, en 2010, d'abolir le caractère obligatoire du formulaire long du recensement et de rendre la réponse à ce questionnaire facultative.

La décision très rapide du gouvernement Trudeau, transmise par le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, l'économiste Jean-Yves Duclos, de revenir au formulaire obligatoire pour le recensement de 2016 devient ainsi un symbole du retour de l'intelligence au pouvoir.

Je ne veux évidemment pas dire par là que tous les ministres du gouvernement libéral se distingueront par leur intellect ou que leurs décisions seront nécessairement brillantes, mais plutôt qu'on assiste au retour d'un grand principe, celui que la science, les faits, les données servent de base à la prise de décision.

Le recensement, une grande institution statistique au Canada, qui se déroule tous les cinq ans, repose sur deux outils. D'abord un questionnaire court, distribué à tous, avec huit questions, plus deux sur la langue, qui sert essentiellement à dénombrer la population. Ensuite, un questionnaire long, distribué à 20 % de la population, qui pose une foule de questions, par exemple sur le logement, le revenu, la scolarité.

Les conservateurs ont décidé, en 2010, que la réponse à ce questionnaire ne serait pas obligatoire pour une raison idéologique, le respect de la vie privée et le droit des citoyens de résister aux intrusions inquisitives du Big Brother étatique.

Leur argumentaire était assez grossier, notamment lorsqu'ils prétendaient vouloir éviter que des citoyens aillent en prison s'ils refusaient de répondre, ce qui n'est jamais arrivé dans l'histoire du Canada.

Le fait que la réponse au formulaire long devienne facultative avait des conséquences, car on n'est plus certains que le bassin de ceux qui ont répondu constitue un reflet fidèle de la population, parce que le refus de répondre est plus fréquent chez certains groupes, par exemple les citoyens moins éduqués, des populations immigrantes méfiantes de l'État, les Autochtones. Il devient donc difficile de bien mesurer des phénomènes importants, par exemple l'évolution de la pauvreté. Il devient aussi impossible de comparer les résultats à ceux des recensements précédents, tellement que Statistique Canada a abandonné le terme recensement pour parler de l'Enquête nationale auprès des ménages.

Tout cela a été expliqué en long et en large au gouvernement Harper, qui n'a pas bronché. Cela reflétait clairement un refus de s'intéresser aux préoccupations de la communauté scientifique et son hostilité à l'égard des chercheurs, sociologues et autres barbus. Et certainement un manque d'intérêt pour de bons outils statistiques.

Si le gouvernement Harper n'a pas cédé aux pressions, c'est aussi parce que sa prise de position a manifestement eu du succès en certains milieux. Les courants populistes de droite, qui constituent une base du Parti conservateur, ont tendance à ressentir une méfiance envers les spécialistes, les élites, les détenteurs du savoir, assez pour parfois ériger l'ignorance comme vertu, un phénomène illustré par la popularité des frères Ford à Toronto.

Ce refus des faits dans la prise de décision, on l'a vu à l'oeuvre dans plusieurs dossiers, en environnement, dans la lutte contre le crime où les conservateurs disaient combattre une explosion de la criminalité qui, selon toutes les études et toutes les statistiques, n'existait pas. Ou encore, dans un tout autre domaine, l'entêtement, jusqu'à la toute fin, du ministre Denis Lebel d'imposer un péage seulement sur le pont Champlain, même si toutes les analyses montraient que c'était une bêtise.

Pourquoi revenir là-dessus ? Parce que les conservateurs sont encore là, qu'ils forment l'opposition officielle, qu'ils rêvent de revenir au pouvoir et que rien, pour l'instant, ne laisse entrevoir qu'ils feront une rupture avec l'idéologie issue du Reform Party, comme le montre le choix de Rona Ambrose comme chef intérimaire, elle qui a bien incarné cet obscurantisme comme ministre à l'Environnement et à la Santé.

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