Le grand déblocage

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Le NPD a un nouveau chef québécois (Thomas Mulcair, notre photo), que les Québécois aiment peut-être moins que Jack Layton, mais qu'ils connaissent davantage, souligne Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

On pourrait avoir l'impression, en regardant ce qui se passe dans cette campagne électorale, que les choses n'ont pas tellement changé au Québec, puisque la grande question qui se pose, c'est si le Nouveau Parti démocratique réussira à reproduire en 2015 la vague orange qui avait déferlé en 2011.

Les chiffres indiquent en effet que le scénario d'il y a quatre ans pourrait se reproduire. Aux dernières élections fédérales, le NPD avait récolté 42,9 % des voix. Selon les sondages, les appuis au parti, autour de 40 %, ne sont pas loin de ce seuil.

Mais au-delà des apparences, quelque chose a changé. Les chiffres sont presque pareils, mais ils cachent de grands changements. Un vote d'un Québécois pour le NPD le 19 octobre 2015 sera très différent d'un vote pour le NPD le 2 mai 2011. Il ne repose pas sur les mêmes motivations, il n'aura pas le même sens ni les mêmes conséquences.

En quatre ans, on a assisté à un processus intéressant, qu'on pourrait appeler la « débloquisation » de la vie québécoise, ou encore son déblocage. Je ne fais pas allusion à la dure défaite du Bloc québécois, mais plutôt à la disparition lente et progressive des attitudes et de l'état d'esprit sur lesquels reposaient son succès et son existence.

Lorsque le Bloc québécois a été fondé par Lucien Bouchard, il était porteur d'un message fort : la colère d'un grand nombre de Québécois après l'échec des pourparlers constitutionnels et leur refus du statu quo. Son remarquable succès électoral, en 2003, s'inscrivait dans un combat qui a eu son aboutissement avec le référendum de 1995.

Mais après ce moment fondateur, ce qui a caractérisé le Bloc, ça n'a pas été l'esprit du combat, mais plutôt celui du désengagement. Pourquoi les Québécois, en très grand nombre, ont-ils continué à voter pour ce parti ? Pour exprimer de façon symbolique sur la scène fédérale le fait qu'ils étaient souverainistes ou par refus d'appuyer les conservateurs ou les libéraux. 

Dans tous les cas de figure, l'appui au Bloc était une forme de souveraineté passive où, faute de faire la souveraineté, on tournait le dos au Canada et on faisait comme s'il n'existait pas.

C'est ce que j'appelle la bloquisation, une attitude générale de désengagement qui débordait les frontières de l'électorat bloquiste, qui menait à une indifférence à l'égard de la politique fédérale même si elle nous affecte, en acceptant une perte d'influence à Ottawa, en refusant, dans les faits, de participer au choix de gouvernement et en s'excluant d'un grand nombre de débats en limitant notre présence à un rôle de revendication boudeuse.

C'est cette même indifférence bloquiste qui s'est exprimée en 2011. Les Québécois ont largué Gilles Duceppe et son équipe en partie parce qu'ils ont été charmés par Jack Layton et en partie par lassitude envers le discours répétitif du Bloc. Mais ils ont appuyé le NPD avec la même absence d'intérêt pour les enjeux politiques canadiens. Ils ont voté pour le NPD sans connaître ses candidats ou son programme et sans s'intéresser à l'impact que leur coup de tête électoral pourrait avoir sur la politique canadienne.

Mais cette fois-ci, ce n'est pas la même chose. Le NPD a un nouveau chef québécois, qu'ils aiment peut-être moins que Jack Layton, mais qu'ils connaissent davantage, ils ont vu les députés néo-démocrates à l'oeuvre, pour le meilleur et pour le pire, ils connaissent bien mieux les engagements néo-démocrates. Et surtout, ils sont conscients du contexte politique radicalement nouveau, l'affaiblissement des conservateurs et la possibilité que le gouvernement Harper soit renversé.

Leur vote prend donc un sens bien différent, puisqu'il peut contribuer à déterminer l'issue du prochain scrutin. Ils jouent ainsi un rôle plus actif dans le processus électoral en se demandant, par exemple, si Thomas Mulcair a l'étoffe d'un premier ministre ou en parlant parfois de vote stratégique pour mieux renverser le gouvernement Harper. C'est d'ailleurs pour ça que la campagne de M. Mulcair au Québec est beaucoup plus difficile.

Ainsi donc, pour la première fois depuis 1993, il y a plus de 20 ans, les Québécois participent pleinement à une élection fédérale et s'impliquent dans des débats pancanadiens. C'est un grand déblocage.

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