Et pendant ce temps, en région...

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Libéraux, néo-démocrates et surtout bloquistes craignent que le gouvernement conservateur soit tenté d'abandonner le système de gestion de l'offre pour répondre aux demandes de plusieurs pays au cours des négociations du Partenariat transpacifique, explique Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Il y a des enjeux électoraux dont les chefs ne parlent pas beaucoup, qui ne trouvent pas le chemin des médias nationaux, mais qui peuvent prendre beaucoup de place sur le terrain, dans les débats régionaux.

C'est le cas de la gestion de l'offre, le mécanisme qui protège plusieurs productions agricoles, comme le lait, les oeufs et la volaille, avec un système de quotas de production et une limitation sévère des importations étrangères.

En Abitibi, au Saguenay et ailleurs, libéraux, néo-démocrates et surtout bloquistes craignent que le gouvernement conservateur soit tenté d'abandonner ce système pour répondre aux demandes de plusieurs pays au cours des négociations du Partenariat transpacifique, un projet de libre-échange entre les pays d'Amérique et d'Asie.

Les conservateurs ont beau jurer que ce n'est absolument pas leur intention, cela ne suffira pas pour calmer les inquiétudes du monde agricole. La gestion de l'offre, c'est sacré - souvenons-nous du tollé contre les fromages européens. En campagne, les partis marchent sur des oeufs et n'oseront jamais, quoi qu'ils pensent, briser ce tabou, surtout dans une élection serrée où chaque circonscription compte.

C'est dommage. Les régimes de gestion de l'offre datent des années 60. Ils ont été conçus il y a un demi-siècle pour résoudre des problèmes d'il y a un demi-siècle.

Le monde a changé, le système de protection agricole n'a pas bougé. Il ne s'agit pas d'abandonner les agriculteurs, mais plutôt de trouver de nouvelles et meilleures façons de les soutenir.

La gestion de l'offre pose une foule de problèmes. D'abord, elle force les gens à payer beaucoup plus cher pour les produits agricoles, ce qui devient une forme de taxation sur des biens essentiels, totalement indéfendable. Ensuite, elle a donné naissance à de véritables cartels, où ce sont les fédérations agricoles elles-mêmes qui font la loi avec des bureaucraties souvent mesquines. Enfin, ce système freine le développement de l'agriculture.

On a eu une illustration éloquente dans une nouvelle, lundi dans La Presse, sur les durs effets de la baisse du prix du lait sur les producteurs laitiers. Une des causes de cette baisse semble être l'entrée d'un produit américain, le lait diafiltré, à forte concentration en protéines et prisé par les producteurs de fromage, qui réussit à pénétrer notre marché protégé parce qu'il n'est pas classé comme un produit laitier. Le milieu s'interroge sur les mesures à prendre : fermer les frontières au lait diafiltré en le classant comme un produit laitier, ou encore changer les normes pour limiter son utilisation dans la fabrication du fromage. Dans les deux cas, la logique des contrôles, le choix entre une police du lait ou une police du fromage !

Mais il y quelque chose de plus menaçant. La consommation de lait est en chute libre malgré les belles publicités : pour le Québec, 94,25 litres par personne en 1995 contre 72,91 litres en 2014, quoique certains produits, comme le yogourt, aient la cote. Cette tendance se poursuivra avec le vieillissement, la faible croissance démographique, les nouveaux préceptes nutritionnels et les traditions alimentaires des populations immigrantes.

Que faire quand la demande intérieure n'est plus au rendez-vous ? Normalement, on explorerait les marchés étrangers. Mais c'est impossible pour le lait, les oeufs, la volaille. Comme le Canada ferme ses frontières aux autres pays, ceux-ci ferment les leurs, ce qui voue ces secteurs au déclin.

Mais la culture du statu quo de l'Union des producteurs agricoles (UPA) commence à ne plus faire l'unanimité. Des voix du monde agricole proposent d'autres avenues, notamment l'Union paysanne, fondée par un ancien président de l'UPA, Jacques Proulx, qui plaide pour une « gestion de l'offre 2.0 ». Notamment parce que le système des quotas freine l'arrivée de la relève, qu'il pénalise la petite production indépendante.

Bref, le temps est mûr pour une très sérieuse discussion sur la façon dont nous voulons collectivement assurer l'avenir de l'agriculture. Mais ce débat n'aura pas lieu pendant la campagne électorale.

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