Le prisme déformant

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Les pays qui ont apporté leur soutien à la Grèce ne l'ont pas fait par charité, mais plutôt pour sauver l'Europe et l'euro, écrit notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

On a tendance, au Québec, à décoder la crise de la dette grecque à travers nos schémas de référence, notamment en fonction de notre point de vue sur les politiques d'austérité de notre propre gouvernement. Ces parallèles sont un prisme déformant qui ne nous aide pas à comprendre.

D'abord, il y a une évidente différence de degré. Il n'y a pas de commune mesure entre ce qu'on appelle, de part et d'autre de l'Atlantique, l'austérité. La véritable tragédie que vivent les Grecs rend les comparaisons avec le Québec indécentes.

Ensuite et surtout, il y a une question de nature. Le Québec n'est pas en crise financière. Il a des problèmes de déficit et de dette qu'il est parfaitement capable de résoudre. L'enjeu porte essentiellement sur le rythme du retour à l'équilibre et sur les façons d'y arriver. La Grèce, elle, en 2010, a sombré en faillite.

Dans le débat actuel entre les créanciers et la révolte des Grecs contre les conditions qu'ils leur imposent, c'est ce point de départ qu'on oublie. La gestion frauduleuse du pays, l'évasion fiscale, l'incompétence de ses dirigeants, le surréalisme de certaines pratiques, la complaisance des institutions prêteuses et l'absence de civisme fiscal ont plongé le pays dans une crise dont les Grecs sont les premiers responsables.

On oublie surtout de se demander ce qui serait arrivé si personne ne s'était porté au secours de la Grèce. 

Qu'est-ce que ça signifie, la faillite, pour une économie moderne ? Plus possible d'emprunter, plus de système bancaire, plus d'argent pour les hôpitaux, les écoles, le fonctionnement de l'État. Ceux qui croient que ç'aurait été moins pire que le scénario actuel ne comprennent pas la différence entre le marasme et le chaos.

Il est vrai que les organismes internationaux et les pays qui ont apporté leur soutien à la Grèce ne l'ont pas fait par charité, mais plutôt pour sauver l'Europe et l'euro et éviter que la crise grecque fasse contagion. Il est vrai aussi qu'ils ont assorti leur aide de conditions sévères. Mais il faut comprendre pourquoi : pour s'assurer que la Grèce soit capable de les rembourser et pour la forcer à casser avec des façons de faire qui l'avaient menée à sa perte.

La cure d'austérité qu'ils ont imposée était sévère. Mais il ne faut pas y voir les résultats des diktats d'un establishment financier aveugle. Les créanciers de la Grèce ne sont plus des banquiers. En gros, sur les 320 milliards d'euros de la dette grecque, 120 milliards proviennent du Fonds européen de stabilisation financière, avec des garanties des pays européens en fonction de leur taille, 53 milliards des pays européens eux-mêmes, 27 milliards de la Banque centrale européenne, 32 milliards du Fonds monétaire international. Chaque pays européen est lourdement engagé, directement ou indirectement :  56,5 milliards d'euros pour l'Allemagne, 42,4 la France, 37,3 l'Italie, 24,8 l'Espagne.

L'intransigeance que l'on reproche aux créanciers a ainsi plus des racines politiques que financières. Si la Grèce ne rembourse pas sa dette, c'est chacun de ces pays, et donc ses citoyens, qui devra l'éponger. En caricaturant un peu, on demanderait aux autres Européens de payer plus d'impôts parce que les Grecs n'en ont pas payé assez. D'une certaine façon, la victoire du Non, au référendum de dimanche, exprime la défense du droit inaliénable d'un peuple de vivre aux crochets des autres.

Cela étant dit, le FMI et l'Europe, surtout l'Allemagne, ont imposé des conditions trop dures, en ce sens que la Grèce n'est pas équipée, économiquement et culturellement, pour pouvoir les absorber. L'austérité a créé en outre un cercle vicieux en affectant tellement la croissance que cela compromet la possibilité d'un assainissement des finances publiques. La crise met aussi en relief l'impasse d'une union monétaire qui n'est pas assortie de mécanismes de transferts entre régions riches et pauvres, comme il y en a au Canada.

Y a-t-il une piste de solution ? Peut-être, si les créanciers mettent moins l'accent sur le remboursement rapide de la dette que sur la transformation de la société grecque pour qu'elle devienne un véritable État de droit moderne et fonctionnel.

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