Un bon « timing »  pour l'austérité

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« Si on se donne la peine de regarder les projections budgétaires du gouvernement Couillard, il est clair que celui-ci n'essaie pas de réduire le poids de l'État dans l'économie », écrit notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

Dès que le débat sur l'austérité refait surface quelque part dans le monde - cette semaine, c'est évidemment en Grèce - il y a toujours quelqu'un, quelque part, qui sera tenté de tracer un parallèle avec la situation québécoise.

Une étude fouillée de l'Institut du Québec (IDQ), le centre de recherche dans lequel se sont associés le Conference Board et HEC Montréal, aide à ramener le débat sur les politiques d'austérité - ou de rigueur - du gouvernement Couillard à de plus justes proportions. Cette étude, intitulée Croissance économique et austérité, l'heure juste sur la situation du Québec, est en fait une réponse aux thèses de l'économiste Pierre Fortin, selon lesquelles l'austérité actuelle nuirait à l'économie et risquerait même de faire basculer le Québec en récession.

J'ai exprimé plus d'une fois mon désaccord, dans cette chronique, avec le pessimisme de Pierre Fortin. Je me réjouis donc du fait qu'un centre de recherche aborde ces mêmes questions avec un argumentaire beaucoup plus savant et beaucoup plus étoffé que le mien.

Ma propre réflexion reposait sur un constat factuel. Si on se donne la peine de regarder les projections budgétaires du gouvernement Couillard, il est clair que celui-ci n'essaie pas de réduire le poids de l'État dans l'économie, mais plutôt de ramener les dépenses publiques québécoises au niveau qu'elles avaient, par rapport au PIB, avant la crise de 2009.

Un retour à la situation qui prévalait avant la crise constitue, par définition, un retour à la normale.

J'ai beaucoup de mal à comprendre la logique qui consiste à proclamer que cette politique représente la fin du modèle québécois quand elle veut maintenir la même taille de l'État que sous les gouvernements Bouchard, Landry et Charest.

Pour mettre les choses en perspective, l'étude de l'IDQ ne regarde pas ce qui se passe pendant une seule année, choisie de façon arbitraire, mais tient compte de l'ensemble de la période. Elle analyse l'impact économique de l'intervention de l'État sur l'ensemble du cycle économique, de 2003 à 2016. Quand on regarde ainsi les choses, sur un cycle plus long, il est plus facile de mettre en relief le rôle macroéconomique de l'État, qui doit stimuler l'économie, en créant des déficits budgétaires en période de ralentissement, mais qui doit aussi créer des surplus en période de plus forte croissance, pour contrôler l'endettement.

L'analyse du solde structurel, en utilisant une méthode proposée par le Fonds monétaire international, montre que la stimulation de l'économie par les soldes budgétaires a totalisé 3,5 milliards sur la période, ce qui donne 7,1 milliards avec les effets multiplicateurs. Mais à l'intérieur de ce cycle, il y a eu des périodes de stimulation intense, par exemple l'équivalent de 1,5 % du PIB en 2009-2010, et à l'inverse, un effet négatif cette année qui équivaut à 0,7 % du PIB.

Reste à savoir si cet effort est excessif et si le moment est mal choisi. L'étude propose une réponse à la fois sociale et économique. On a reproché à juste titre aux mesures d'austérité trop brutales de provoquer une dislocation des équilibres sociaux. Les données que cite l'IDQ montrent que l'on n'observe rien de tel au Québec - une tendance à la baisse du taux de chômage et à la hausse du taux d'emploi, une stabilisation des inégalités de revenus, qui sont moindres qu'au Canada grâce aux politiques de redistribution.

Au plan économique, selon le Conference Board, dont les prévisions sont respectées, la croissance est en accélération au Québec : de 2,2 % en 2015, elle passerait à 2,6 % en 2016 et à 2,4 % en 2017, ce qui en ferait la période la plus solide depuis 2002, et ce, malgré les politiques de rigueur budgétaire. Bref, il n'y a pas de raison de repousser le retour à l'équilibre budgétaire.

Mais ce n'est pas parce qu'on appuie le principe de la rigueur budgétaire qu'on appuie les moyens pour y parvenir. L'IDQ, dont le président est l'ex-ministre des Finances libéral Raymond Bachand, conclut son étude avec un avertissement au gouvernement Couillard : « Le fait de couper de manière paramétrique dans le système d'éducation pourrait nuire grandement à la compétitivité de l'économie du Québec à long terme. » Il faut le dire et le répéter.

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