Taxer la malbouffe, une fausse bonne idée

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« Comment définir la malbouffe ? Quoi taxer ? Les frites chez McDo, mais pas au bistro ? », demande Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Une autre voix s'est ajoutée à toutes celles qui souhaitent l'instauration d'une taxe sur la malbouffe pour contrer les ravages de l'obésité, celle du commissaire au développement durable. C'est ainsi qu'une fausse bonne idée continuera de faire son petit bonhomme de chemin.

Pourquoi une fausse bonne idée ? C'est le cas type d'une mesure qui paraît bien, très séduisante sur le plan politique parce qu'elle donne l'impression d'agir, mais qui fera très peu pour atteindre l'objectif, soit amener les gens à mieux manger, et qui risque en outre de provoquer une foule d'effets pervers. Heureusement, la ministre des Services sociaux, Lucie Charlebois, a rapidement affirmé que ce n'était pas dans les plans du gouvernement.

En partant, il faut se demander ce que le commissaire, qui relève du vérificateur général pour se pencher spécifiquement sur les enjeux liés à la loi sur le développement durable, faisait dans la malbouffe. Disons que la saine alimentation s'inscrit dans une définition très élargie de son mandat. Rappelons aussi que le vérificateur général a pour fonction d'analyser la pertinence, la cohérence, l'efficacité des politiques publiques, bien davantage que d'élaborer des politiques.

C'est ainsi que ses remarques sur l'absence de leadership des ministères de la Santé et de l'Agriculture, domaine de l'alimentation saine, s'inscrivent bien dans son mandat, comme certaines recommandations sur l'affichage de l'information nutritionnelle et sur la présence de malbouffe près des écoles.

Mais il s'éloigne de son champ de compétence quand il aborde les vertus incitatives des politiques fiscales. La logique derrière cette taxe est qu'elle encouragerait, grâce à une hausse de prix, la consommation d'aliments sains, et qu'on pourrait en outre utiliser les produits de la taxe pour financer les activités de promotion d'une alimentation saine. Est-ce vrai ? On ne le sait pas. Le commissaire non plus. Tout ce qu'il peut dire sur cette mesure, c'est ce que ça se fait ailleurs.

« Une des mesures incitatives dont la littérature fait largement mention est la taxation de la malbouffe. En effet, la promotion d'une saine alimentation ne peut faire abstraction du fait que la malbouffe est souvent plus abordable que les aliments santé. Le prix des fruits et des légumes frais, du poisson et des produits laitiers est beaucoup plus élevé que celui des aliments malsains, des croustilles et des boissons gazeuses. Plusieurs organismes et regroupements ont vanté les avantages de cette taxation. Certaines administrations publiques utilisent des mesures pour inciter leur population à diminuer la consommation de malbouffe. Par exemple, la France, la Finlande et la Hongrie ont instauré des taxes sur les boissons sucrées ou les aliments très gras et salés. »

Que la France le fasse n'est pas nécessairement une référence. En partant, l'application d'une telle taxe pose une foule de problèmes. Comment définir la malbouffe ? Quoi taxer ? Les frites chez McDo, mais pas au bistro ? Les boissons gazeuses sans sucre, mais pas les jus caloriques dont les enfants abusent ?

Ce qui est plus troublant, c'est que cette taxe frapperait davantage les populations moins fortunées, qui consomment davantage d'aliments malsains.

Est-ce que cette taxe les pousserait vers des produits plus sains, mais plus chers ? Le risque est énorme que cette taxe régressive les pénalise financièrement sans modifier leurs comportements alimentaires.

À cela s'ajoute le fait qu'une taxe, c'est une taxe, même si, en principe, elle vise un objectif et même si l'objectif est noble.

Le gouvernement Couillard a heureusement dit non. Mais je serais curieux de savoir ce qu'en pense le ministre de la Santé. Gaétan Barrette, dans une autre vie, lorsqu'il était président de la Fédération des médecins spécialistes, avait fait d'une taxe de 15 % sur la malbouffe l'une des mesures phares de sa campagne « L'expertise a un prix ». À l'époque, c'était pour répondre au gouvernement Charest qui disait ne pas avoir assez d'argent pour consentir aux spécialistes les augmentations qu'ils réclamaient !

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