Penser aussi au bas de l'échelle

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Au Canada, 4 % des jeunes n'atteignent pas le niveau 1 en mathématiques, 3 % au Québec. La proportion est plus élevée en langue et en sciences.

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Alain Dubuc
La Presse

Pour mesurer les succès de notre système d'éducation, nous avons souvent tendance à regarder ce qui se passe au haut de l'échelle, comme la fréquentation de nos universités ou nos excellents résultats dans les tests internationaux.

Mais on risque alors d'oublier ce qui se passe au bas de l'échelle. Sur le plan social, c'est une évidence que les efforts pour s'occuper des laissés-pour-compte du système d'éducation doivent être une priorité, quand on sait que les échecs scolaires et le décrochage mènent au chômage et à l'exclusion. On sait peut-être moins que ces efforts engendreraient aussi des gains économiques significatifs.

C'est ce que démontre de façon convaincante une nouvelle étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) intitulée Universal Basic Skills : What Countries Stand to Gain, que l'on pourrait traduire par Les connaissances universelles de base : ce que les pays pourraient gagner.

Cette étude mesure les bénéfices économiques et sociaux que tous les pays, indépendamment de leur richesse nationale, pourraient retirer s'ils s'assuraient que tous les enfants acquièrent, à travers le système d'éducation, le niveau de connaissances de base nécessaires pour pleinement participer à la société.

La recherche prend comme point de départ les résultats du PISA, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, qui mesure, à travers des examens, la performance scolaire de jeunes de 15 ans des pays membres de l'OCDE. Elle s'intéresse plus particulièrement à ceux qui ne réussissent pas à atteindre le niveau 1, le niveau minimal, qui exige des aptitudes élémentaires pour lire et comprendre des textes simples et des concepts de mathématiques et de sciences de base. L'étude évalue ensuite l'impact économique de politiques qui permettraient à tous d'atteindre ce niveau de base.

Pour les pays en développement ou pour les puissances pétrolières aux politiques sociales rudimentaires, les gains seraient phénoménaux, trois ou quatre fois le PIB. Pour des pays riches dont le système d'éducation est performant, comme la Finlande, l'Australie ou le Canada, les gains seraient plus modestes. Pour le Canada, au dixième rang mondial pour son système d'éducation et au quatrième rang des pays non asiatiques, les gains économiques équivaudraient à 78 % de son PIB.

Pourquoi ? Parce que le niveau des aptitudes d'une population a une influence sur la productivité et l'innovation, qu'il réduit l'exclusion et qu'il permet de s'attaquer aux problèmes de nombreux pays où il y a coexistence d'un chômage élevé et d'une pénurie de main-d'oeuvre.

Autrement dit, les efforts pour le progrès social en éducation comportent aussi des avantages économiques. Voilà un exemple de bonne convergence.

La question se pose aussi pour le Québec, même si ses résultats aux tests du PISA sont remarquables. Le Québec fait un peu mieux que le Canada et serait au 9e rang mondial, avec des résultats nettement meilleurs en mathématiques, mais moins bons en lecture et encore moins bons en sciences. Au Canada, 4 % des jeunes n'atteignent pas le niveau 1 en mathématiques, 3 % au Québec. La proportion est plus élevée en langue et en sciences.

Mais les bons résultats du Québec au PISA, qui sont des moyennes, cachent des zones d'ombre. La première, c'est le décrochage. La proportion de jeunes qui n'ont pas terminé le secondaire à 24 ans - là où ils sont censés acquérir ces notions de base - atteignait 10,6 % en 2012 au Québec, le pire résultat au Canada. La seconde, c'est la littératie. La proportion des adultes, où on trouve aussi des jeunes, qui n'ont pas les aptitudes exigées pour un niveau de connaissance minimale atteint 19 % au Québec, le pire résultat canadien après celui de Terre-Neuve et l'un des pires de l'OCDE, où le Québec serait 20e sur un classement de 22, devant l'Italie et l'Espagne.

Il y a une autre raison pour laquelle cette étude est pertinente pour le Québec, quand on note que ces clientèles plus vulnérables (dont il faudrait s'occuper, selon l'étude de l'OCDE) sont celles qui semblent être les plus pénalisées par les choix faits dans les vagues de compression en éducation.

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