L'élan simpliste

Avec les grèves étudiantes, les Québécois ont pu... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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Avec les grèves étudiantes, les Québécois ont pu observer de près les élans romantiques du militantisme juvénile, écrit notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

Avec les grèves étudiantes, les Québécois ont pu observer de près les élans romantiques du militantisme juvénile. Mais les grandes personnes ne sont pas à l'abri de ce virus. On l'a vu avec la publication, la semaine dernière, d'un manifeste, intitulé Manifeste pour un élan global, signé par 200 personnalités, anciens politiciens, dirigeants de Québec solidaire, universitaires de gauche, écologistes et surtout, un grand nombre d'artistes.

Ce manifeste n'a pas fait beaucoup de bruit, sauf dans l'espèce de triangle virtuel dont les trois pointes seraient le Plateau-Mont-Royal, Le Devoir et Radio-Canada. Si j'en parle, c'est que ce manifeste, par son style et son contenu, illustre, à mon avis, une dérive du débat public.

Les signataires de ce texte plaident pour deux choses. D'abord, une réduction rapide de notre consommation de pétrole pour atteindre la neutralité carbone en 2050, objectif certes très ambitieux, mais qui mérite vraiment d'être examiné de près. Ensuite, l'arrêt total et immédiat de toute activité économique liée aux hydrocarbures, une idée plus discutable, selon moi, mais dont il faut débattre.

Est-il vraiment nécessaire, pour défendre ces idées défendables, de sombrer dans le gauchisme infantile, avec les clichés, les raccourcis, les déclarations à l'emporte-pièce qui viennent avec?

Le dérapage a été renforcé par le mode d'expression choisi, celui du manifeste, qui, par définition, repose sur les élans lyriques, ce qui est très commode pour tourner les coins ronds. On peut trouver les références au Refus global charmantes, mais force est de constater que le genre a vieilli depuis 66 ans et que le résultat n'est rien d'autre qu'un texte vaseux et pompier.

Je cite le début du manifeste pour expliquer mon agacement. «Une noirceur nouvelle se répand sur le Québec. Elle franchit les portes de notre pays. La pensée unique revient en force et s'empare de notre démocratie, elle impose un discours qui colonise notre espérance. Nous nous dressons devant elle. Nous refusons. La science est muselée chaque jour davantage. Le dogme de l'argent, de la croissance à tout prix s'empare de la raison. La parole citoyenne ploie trop souvent sous le poids de la propagande d'intérêts puissants qui s'approprient le bien commun.»

En quelques lignes, les auteurs réussissent à faire un lien entre la situation actuelle et le duplessisme, parlent de science muselée (où ça, au Québec?), décrivent un effondrement de la démocratie. J'avais l'impression qu'on décrivait la Russie de Poutine.

Et derrière le ton sombre, le simplisme. Un des signataires du manifeste, l'universitaire et ancien député péquiste Camil Bouchard, interviewé sur la première chaîne de la radio d'État, expliquait que nous étions devant un choix entre «la vie» et «la destruction de la planète». Il y a un nom pour ce procédé intellectuel, le manichéisme, l'opposition entre le bien et le mal. C'est paradoxalement le procédé intellectuel que l'on reproche à juste titre à Stephen Harper qui, dans le même dossier, voit une opposition entre ceux qui veulent la prospérité du Canada et ceux qui veulent détruire les emplois.

J'aime particulièrement cette phrase: «Nous retirons notre confiance aux gouvernements qui endossent le pillage du bien commun au profit de l'enrichissement de quelques-uns.» Parce que c'est faux. Dans les pays avancés qui disposent de ressources pétrolières, l'exploitation de cette ressource a très clairement permis l'enrichissement des gouvernements et celui des citoyens à travers la croissance économique. Assez pour croire que, dans la période où nous dépendrons encore du pétrole, il ne serait pas bête d'utiliser le nôtre plutôt que celui qui nous vient d'Afrique par bateau.

On doit évidemment se demander comment et à quel prix. Mais il y a des outils pour une telle réflexion. Justement, la semaine dernière, l'Institut national de santé publique publiait une étude sur les risques potentiels sur la santé de la fracturation hydraulique, tandis que plusieurs interventions publiques ont souligné le rôle de la tarification du carbone pour réduire les émissions de GES. C'est comme ça qu'on fait avancer la réflexion. Pas avec une diarrhée verbale pleine de clichés et de demi-vérités.

Pour lire le manifeste: http://elanglobal.org/

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