Le «goon»

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette... (Archives La Presse Canadienne)

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Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

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Alain Dubuc
La Presse

L'argument le plus souvent invoqué par les partisans du Dr Gaétan Barrette, c'est que ça prenait une brute pour brasser les choses, pour passer à travers les résistances corporatistes pour transformer le réseau de la santé.

On savait tous que le Dr Barrette, tant comme président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec que comme candidat de la CAQ et maintenant comme ministre de la Santé et des services sociaux, a tendance à recourir à l'intimidation. J'ai employé le terme «bully» dans une chronique.

Mais dans le cadre de cette stratégie musclée pour faire bouger le monde de la santé, le rôle confié au ministre serait mieux décrit par un autre mot, lui aussi emprunté à l'anglais - je m'en excuse - et lui aussi difficilement traduisible. Ce rôle, c'est celui de «goon», que l'on traduit maladroitement en français par dur à cuire, bagarreur ou homme fort. Celui qui, au hockey, est capable de se servir de ses poings et que l'on envoie sur la glace pour protéger ses coéquipiers et, surtout, faire peur et faire mal aux adversaires.

Les amateurs de hockey savent bien que le recours à un homme fort est une arme à double tranchant. D'une part parce que l'excès de violence peut entacher l'image d'une organisation et d'autre part parce qu'il y a toujours le risque que le «goon» récolte de mauvaises punitions qui nuiront à l'équipe. Pour un entraîneur, la gestion des hommes forts est un art: il faut les contrôler, savoir quand les envoyer sur la glace, quand les rappeler au banc, prévenir leurs débordements.

Le problème de l'équipe libérale, c'est que le premier ministre, le «coach» Couillard, n'a pas vraiment de contrôle sur son ministre, comme on l'a vu quand le bouillant docteur a voulu imposer un chef de chirurgie au DG du CHUM, Jacques Turgeon, une ingérence inacceptable qui a provoqué sa démission. Lors de cet incident, le Dr Barrette a manqué de franchise en niant ses liens d'amitié avec le chef de chirurgie, il a manqué d'élégance dans sa réaction à la démission de M. Turgeon.

Dans ce dossier, il faut toutefois noter que le «goon» n'avait pas vu venir l'adversaire et s'est finalement fait rentrer dans la bande. Cela ne suffira pas à lui faire raccrocher ses patins, mais le Dr Barrette a été ébranlé. La suite des choses, le retour de M. Turgeon à la tête du CHUM, semble également indiquer que le premier ministre a repris le contrôle sur son homme de main.

Il est vrai que je ne suis pas objectif. Je n'aime pas les bullies dans la vie. Et j'ai beaucoup de mal avec le simplisme dans la vie politique. Dans sa carrière publique, comme président de la FMSQ, comme candidat caquiste et maintenant comme ministre, le Dr Barrette a fait du simplisme sa marque de commerce.

Au hockey, même si les amateurs apprécient les mises en échec musclées et les bonnes batailles, il y a une limite à la violence qu'ils peuvent tolérer. Et s'ils peuvent applaudir un «goon» qui fait bien son travail, les vraies vedettes restent les compteurs qui savent patiner.

C'est la même chose en politique. Si les Québécois peuvent apprécier la méthode forte, il y a une chose qu'ils n'aiment pas, et ce sont les chicanes. Et s'il y a une chose qu'ils n'aiment pas dans le débat public, ce sont les insultes. Deux choses pour lesquelles le Dr Barrette semble disposer d'un talent manifeste.

Voilà pourquoi je crains que la méthode forte qu'il incarne, même si elle peut sembler attrayante au premier abord, mènera à l'échec et nuira au gouvernement Couillard.

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