Le prix de l'essence et ses mystères

L'essence n'est pas un produit comme les autres:... (Archives La Tribune, Jessica Garneau)

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L'essence n'est pas un produit comme les autres: les consommateurs n'ont pas de moyens pour contrer les stratégies de prix des détaillants.

Archives La Tribune, Jessica Garneau

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Alain Dubuc
La Presse

Dans La Presse+ d'hier, un lecteur posait une question que bien des gens se posent: «En 2011, le prix du baril de pétrole était de 123$, alors que le litre à la pompe était de 1,50$. En 2015, le prix du baril de pétrole est maintenant de 50$ et le litre à la pompe est à 1,12$. Pourquoi?»

Le hasard fait bien les choses. Hier matin, je me posais aussi une question qui ressemblait pas mal à celle de M. Jean-François Massé. En revenant des Laurentides, j'ai fait le plein à une station Pétro-Canada de Saint-Faustin, à 100,9 cents le litre pour de l'essence ordinaire. Plus bas sur la route 117, les stations d'essence proposaient plutôt 106,9 cents. Mais en arrivant à Montréal, j'ai eu le choc de découvrir qu'on demandait plutôt 125,9 le litre. J'ai payé 15$ de moins, pour un réservoir de 60 litres. C'est vraiment énorme. Pourquoi?

La question de M. Massé porte sur l'évolution des prix de l'essence dans le temps. La mienne porte sur ses variations dans l'espace. Elles s'interrogent toutes deux sur les lois étranges qui régissent les prix des carburants. Elles mènent toutes deux à de mêmes soupçons.

Commençons par l'évolution des prix depuis quatre ans. En mars 2011, le prix du pétrole Brent oscillait autour de 114,50$US. Maintenant, il se transige autour de 50$US. Moins de la moitié. Mais deux facteurs font en sorte que les bénéfices pour les consommateurs sont beaucoup moins marqués. D'abord, le prix du brut compte pour moins de la moitié du prix de l'essence à la pompe. Ensuite, le dollar canadien a perdu 20% de sa valeur depuis trois ans. Tant et si bien que l'impact des baisses du coût du brut dans un litre d'essence est limité, sa valeur étant passée de 75 cents à 49,9 cents.

Par ailleurs, presque la moitié du prix, 46,8 cents pour un litre d'essence, provient des taxes fédérales et provinciales. Et ça, ça ne bouge pas.

Par contre, deux composantes du prix sont contrôlées par l'industrie. La marge de raffinage, soit la différence entre le prix du brut et le prix du gros - appelé prix à la rampe de lancement, qui reflète évidemment les coûts du raffinage lui-même - et les fluctuations de l'offre et de la demande - capacité de raffinage, vacances, etc. À 14,8 cents le litre, cette semaine, selon les données de la Régie de l'énergie du Québec, qui surveille de près les prix des produits pétroliers, elle est le double d'il y a trois ou quatre ans!

L'autre élément, c'est la marge du détaillant, entre le prix de gros et le prix à la pompe. Là aussi, le jeu de la concurrence est féroce - guerre de prix, surenchères. À Montréal, cette marge s'élevait à 7,7 cents le litre en moyenne depuis un an. Elle est actuellement de 12,2. Par contre, dans les Laurentides, cette marge, de 8,5 cents depuis un an, est maintenant négative,soit - 4,4 cents, assez pour que les détaillants y perdent de l'argent.

CAA-Québec estime que le prix réaliste à Montréal devrait être de 120,1 cents, donc moins que le prix à la pompe actuel de 125,9. Dans les Laurentides, c'est le contraire. Le prix réaliste de 115,8 cents est inférieur au prix à la pompe de 108,9. Est-ce que les gains que font donc parfois les consommateurs compensent les pertes quand le jeu de la concurrence les défavorise?

Personnellement, c'est un domaine où je serais en faveur de l'application du principe de précaution. L'essence n'est pas un produit comme les autres: les consommateurs n'ont pas de moyens pour contrer les stratégies de prix des détaillants. Ils ne peuvent pas substituer le produit, ils ne peuvent pas le stocker, ils ne peuvent pas remettre leurs achats à plus tard, à moins de remiser leur voiture. Ils méritent d'être protégés.

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