Le mépris de la science

Des parents refusent de faire vacciner leurs enfants... (Photo Carla Gottgens, archives Bloomberg)

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Des parents refusent de faire vacciner leurs enfants pour des raisons religieuses ou par crainte des effets secondaires du vaccin.

Photo Carla Gottgens, archives Bloomberg

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Alain Dubuc
La Presse

Il y a un lien entre l'éclosion de cas de rougeole au Québec et la fermeture évitée de justesse de l'Observatoire du Mont-Mégantic. Il y a aussi un lien entre ces deux incidents et la bataille, dite citoyenne, contre les compteurs intelligents d'Hydro-Québec.

Ce lien, c'est la science. Ou plutôt, l'existence de courants, extrêmement troublants, de refus de la science, qui s'expriment ici et ailleurs, de refus des décisions qui reposent sur la connaissance et la recherche, d'incompréhension du rôle central que peut jouer la science dans une société avancée.

Les cas de rougeole dans Lanaudière illustrent bien la chose. La maladie, très contagieuse, parfois mortelle, refait surface parce que la vaccination, qui avait pratiquement permis de l'éradiquer, commence à reculer. Et pourquoi? Des parents refusent de faire vacciner leurs enfants pour des raisons religieuses ou par crainte des effets secondaires du vaccin. À Lanaudière, la maladie a frappé dans une famille adepte de la Mission de l'Esprit saint.

Les craintes reposent sur des recherches dont les conclusions ont été taillées en pièces, mais qui survivent sur les réseaux sociaux, et sur le refus des études qui démontrent à quel point les avantages de la vaccination dépassent les inconvénients.

La force de ces courants repose sur la rencontre de plusieurs phénomènes. D'abord, une méfiance générale envers le pouvoir, les institutions, les élites, les détenteurs de savoir, qui touche également les scientifiques et la science. Ensuite, la montée du populisme qui donne une caution morale à des idées nourries par l'ignorance ou le fondamentalisme religieux, du créationnisme aux croisades anti-vaccins. Enfin, l'éclosion d'une pensée alternative chez des gens qui rejettent la science après avoir vu les erreurs qu'on a commises en lui accordant une confiance aveugle. En quelque sorte, une alliance entre le Moyen Âge et le nouvel âge!

C'est la même mécanique avec les mouvements contre les compteurs intelligents, dont on craint les fréquences radio - même si elles sont infimes -, qui s'expriment avec une ferveur citoyenne, presque religieuse.

Au Canada et aux États-Unis, ces mouvements populistes trouvent écho dans des courants politiques, l'aile droite du Parti républicain au sud de la frontière et le Parti conservateur ici. Dans un grand nombre de dossiers, le gouvernement Harper, toujours à l'écoute de sa base électorale traditionnelle, a bien illustré sa méfiance à l'égard de la science. Dans des décisions prises au mépris de la connaissance scientifique, dans le fait que le cabinet conservateur a compté des ministres tenants du créationnisme, dans l'interdiction faite aux chercheurs fédéraux de communiquer le fruit de leurs travaux, dans les compressions budgétaires des activités scientifiques du gouvernement fédéral.

Mais le cas le plus scandaleux de mépris de la science, ce fut le sabotage du recensement. Les conservateurs, opposés au caractère obligatoire de la participation au recensement, au nom du droit à la vie privée, l'ont remplacé par l'Enquête nationale auprès des ménages, où les taux de réponse faibles ont compromis la qualité et la fiabilité des résultats. Une décision nourrie par un mépris primaire de la connaissance qui prive le Canada d'un outil statistique précieux.

C'est très certainement le même esprit qui se retrouve derrière la décision de couper les vivres à l'Observatoire du Mont-Mégantic, avant qu'il ne soit sauvé in extremis. Elle reflète un autre volet du crédo conservateur, elle aussi nourrie par les préjugés populistes, qui consiste à privilégier la recherche appliquée, pratique, celle qui s'occupe des «vraies affaires», plutôt que la recherche fondamentale des pelleteux de nuages. En oubliant que ce joyau a été et est une pépinière de talent, au coeur du «know-how» canadien en astronomie.

Rappelons-nous que, sans savoir, sans recherche, sans science, dans toutes ses facettes, de la sociologie à l'astronomie, il n'y a pas de civilisation et il n'y a pas de progrès.

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