La folle bataille

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Des clients barricadent désormais leurs compteur d'électricité pour éviter l'installation des compteurs dits intelligents d'Hydro-Québec.

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Alain Dubuc
La Presse

Durant les Fêtes, la croisade contre les compteurs dits intelligents d'Hydro-Québec a connu un nouveau tournant avec la déclaration de guerre de la mairesse de Magog, qui veut empêcher leur déploiement sur le territoire de sa ville.

Voilà bien un phénomène sociologique fascinant. L'enjeu, en soi, est assez insignifiant - la crainte des radiofréquences émises par ces compteurs relève plutôt de la ferveur religieuse ou de la légende urbaine. Mais cette bataille permet d'illustrer la mécanique des batailles militantes et de ce qu'on appelle les mouvements citoyens.

En 2012, Hydro-Québec a amorcé le remplacement de ses 3,8 millions de compteurs traditionnels par des compteurs de nouvelle génération. Ceux-ci mesurent la consommation à distance, et permettent donc d'économiser sur les relevés faits en porte-à-porte et de mieux gérer le réseau. Éventuellement ils permettront de moduler la tarification.

Cette initiative a provoqué plusieurs réactions négatives. D'abord, celle des syndicats, au nom de la préservation des emplois, mais surtout de ceux qui craignent l'effet des radiofréquences sur la santé. Plus récemment, on a dénoncé les frais prohibitifs qu'Hydro exigeait de ceux qui refusaient l'installation des nouveaux compteurs.

Cela a donné lieu à une cascade de manifestations de résistance «citoyenne»: des clients qui barricadent leur compteur, des mouvements de refus locaux, comme à Villeray, des demandes de moratoire, comme celle du conseil municipal de Lachine. Certains groupes environnementaux s'en sont mêlés, même si ces compteurs peuvent être un outil précieux pour favoriser l'efficacité énergétique. Québec solidaire a réclamé un moratoire - un autre - pour protéger les emplois, par crainte qu'une modulation des tarifs pénalise les plus pauvres. Amir Khadir a aussi invoqué le principe de précaution, en l'étirant au maximum, affirmant que l'absence de danger pour la santé n'a pas été totalement prouvée.

Il y a un consensus solide pour dire que si les radiofréquences peuvent avoir un effet sur la santé, ce n'est pas le cas quand les émissions sont faibles. C'est ce que disent l'Organisation mondiale de la santé, Santé Canada, qui établit les normes, le ministère québécois de la Santé et la Régie de l'Énergie, qui a donné le feu vert à Hydro. Même les directeurs de santé publique, dont on connaît les tendances militantes, ont conclu: «À la lumière des connaissances scientifiques actuelles sur les RF et la santé, et en tenant compte des niveaux d'exposition extrêmement faibles de RF provenant des compteurs intelligents, nous considérons que la conclusion du ministère de la Santé et des Services sociaux est toujours pertinente et que les RF émis par ces appareils ne posent pas de risque pour la santé.»

Certaines personnes, qualifiées d'«électrosensibles», affirment cependant ressentir les effets des radiofréquences. Mais les émissions des nouveaux compteurs sont si faibles qu'on a du mal à voir où est le problème. À une distance d'un mètre - une distance théorique, car les compteurs ne sont pas installés sous les lits - elles sont 120 000 fois inférieures aux seuils établis par Santé Canada, 39 fois moindres que celles d'un four à micro-ondes, 17 fois moins qu'un ordinateur relié à un réseau sans fil, 13 fois moins qu'un cellulaire. Autrement dit, ceux qui dénoncent ces compteurs et qui possèdent un ordi, un réseau Wi-Fi, un routeur, un cellulaire ou encore un micro-ondes, font preuve d'incohérence.

Comment expliquer la persistance du mouvement d'opposition? Un refus de la science officielle, soit par analphabétisme scientifique, soit dans le sillage de courants nouvel-âge, comme le populisme qui valorise les batailles des petits contre les gros, ici Hydro-Québec; ou la perte de confiance envers les institutions, ici les conclusions d'un organisme quasi judiciaire comme la Régie de l'énergie; ou encore le parti-pris en faveur des mouvements citoyens; enfin, sans doute aussi le vide spirituel et la quête de sens.

Et voilà comment, dans la société éclatée qui est la nôtre, même les choses simples deviennent compliquées.

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