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Une idée simple?

Alain Dubuc
La Presse

Dans ses réflexions sur les réformes et les compressions dans le réseau de l'éducation, le ministre Yves Bolduc songe entre autres à réduire la subvention aux écoles privées. On parle de couper cette subvention de moitié.

On peut être favorable à l'idée parce qu'on veut renforcer le réseau public d'éducation. Mais sur le plan financier, il n'est pas du tout évident qu'elle permette de réaliser des économies.

En apparence, le dossier semble simple. Prenons le cas du secondaire, qui suscite le plus de débats. Il y a 65 454 élèves dans les établissements privés, soit environ 20% de la clientèle. Ceux-ci ont droit à une subvention de 4090$ par élève. En la coupant de moitié, on économiserait 2045$ par élève, pour un total de 133,8 millions.

Ça, c'est sur papier. Dans la réalité, ça ne se passera pas comme ça.

Devant une hausse des droits de 2045$, bien des parents préféreront envoyer leurs enfants dans le public. Et dans leur cas, ça coûtera plus cher à l'État.

Dans quelle proportion passeront-ils au public? Tout est là. Une étude fouillée de la faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke, réalisée en 2013 pour la Fédération des établissements d'enseignement privé, estime qu'une hausse de 1000$ des droits de scolarité pousserait 43% des enfants vers le public. À 2000$, ce serait 75%. Ça semble beaucoup. Ce que cette étude nous dit, c'est que le transfert pourrait être important. La vérité, c'est qu'on ne sait pas quel serait cet impact.

J'ai fait des calculs avec différents taux de passage du privé au public, en sachant que l'État économiserait 2045$ par enfant qui reste au privé, mais qu'il débourserait 1381$ de plus pour chaque enfant qui passerait au public, pour lequel il devrait payer 100% de la note.

Si 40% des élèves quittent le privé, le gouvernement serait gagnant, une économie de 44,1 millions. Avec un passage de 50% des jeunes au public, les économies fondent à 21,6 millions. Avec un passage de 60%, l'État perd 1,1 million, et si le chiffre de 75% était juste, ce serait une perte importante de 35,4 millions. Tout dépend donc de la réaction des parents. L'exercice repose sur un pari.

La subvention, qui équivaut à 60% du coût de l'éducation par élève au public, est comparable à ce que l'on retrouve dans les provinces de l'Ouest. Le rapport Champoux-Lesage, rédigé par un comité d'experts sur les commissions scolaires, estime toutefois qu'elle équivaut plutôt à 74% du coût du public, en la comparant au coût d'un élève «ordinaire» des commissions scolaires, qui est de 5471$. Ce comité recommandait d'ailleurs une baisse beaucoup plus modeste de la subvention, de 807$, pour la ramener à 60% du coût d'un élève ordinaire.

Mais il y a d'autres éléments dont il faut tenir compte: l'impact de l'arrivée massive de 25 000 à 50 000 jeunes dans le réseau public, les fermetures inévitables d'établissements privés de qualité et, surtout, les effets sur la qualité de notre système d'éducation.

La performance internationale remarquable de notre système scolaire tient en bonne partie à ce réseau privé fort. Par exemple, aux résultats du test du PISA en mathématiques, en 2012, ce sont les élèves du privé, avec une note de 584 - contre 522 pour le public - qui ont fait grimper les résultats du Québec à 537 et permis d'obtenir le meilleur résultat d'Occident. L'écart s'explique en partie par le milieu dont sont issus les enfants du privé, mais aussi à l'environnement offert par ces écoles. La présence du réseau privé crée en outre un climat de concurrence qui rend le public plus performant.

Le risque est sérieux qu'en s'attaquant au réseau privé, on affaiblisse l'ensemble de notre système d'éducation. Bref, la mesure, simple en apparence, ne l'est pas dans les faits.




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