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Le privé en santé

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Alain Dubuc
La Presse

La place du secteur privé en santé au Québec suscite un vif débat depuis des années. L'intensité de ce débat ne s'explique pas seulement par l'opposition de valeurs en apparence irréconciliables. Elle repose aussi sur la mauvaise connaissance que nous avons de notre système de santé.

Il y a une grande confusion sur la façon dont les activités du monde de la santé se répartissent entre les sphères publique et la sphère. Si on ne sait pas clairement ce qui est déjà privé et public, il est difficile d'avoir une conversation sereine et éclairée sur ce qui devrait être privé ou public. Cette confusion, on l'a vue à l'oeuvre dans le dossier de Rockland MD, à Montréal. On la voit encore dans un autre dossier, dont parlait La Presse samedi, celui de l'Institut de l'oeil des Laurentides.

Le premier problème vient du fait que la plupart des gens ont l'impression que nous avons un système de santé entièrement public. Ce n'est pas le cas. Au Canada, 30,3% des dépenses de santé étaient privées en 2012, au Québec, 30,7%. Ce poids du privé est plus important que celui que l'on retrouve dans la plupart des pays auxquels on se compare: 23,0% en France, 23,2% en Allemagne, 16,8% au Royaume-Uni, 14,9% au Danemark.

Cette présence importante du privé s'explique par le fait que si l'hospitalisation et les soins médicaux sont presque totalement assumés par l'État, une foule de services sont incomplètement couverts - soins dentaires et oculaires, médicaments, tests diagnostics, autres professionnels de la santé, comme les psychologues.

Ce n'est pas tout. On oublie aussi qu'une part importante des dépenses assumées par l'État finance des activités qui sont hors du secteur public, la rémunération des médecins, plus de 5 milliards sur les 30 milliards de l'enveloppe de la santé. En général, les médecins ne sont pas des employés de l'État mais des professionnels indépendants, le plus souvent rémunérés à l'acte, comme des consultants et des fournisseurs, qui sont souvent propriétaires ou partenaires de cliniques privées. Le fait qu'il existe ainsi un réseau privé au sein d'un système public ne semble déranger personne. Sauf quand il s'agit de chirurgies.

On a deux exemples récents. C'est une clinique privée, l'Institut de l'oeil, qui traite les cataractes pour l'hôpital de Saint-Jérôme. Elle propose concurremment ces interventions gratuites en plus de celles qu'elle effectue contre paiement. Cela suscite des tensions parce que ces clients gratuits attendent deux à trois mois, plus que les clients payants. Mais l'attente est significativement plus courte que les deux ans du système hospitalier. Dans le cas de Rockland MD, des médecins de l'hôpital du Sacré-Coeur font des interventions, payées par l'État, dans une clinique privée qui loue les locaux et le personnel de soutien.

Dans les deux cas, ces formules font en sorte que les patients du public sont bien traités, gratuitement, et plus rapidement, par des médecins du système public rémunérés par l'État. Pourquoi le malaise? Parce que cela menace le rôle traditionnel de l'hôpital.

Mon hypothèse, c'est qu'en grattant un peu, on découvrira que le blocage relève moins de l'idéologie que des symboles. Les hôpitaux sont l'assise de notre système public de santé, l'incarnation de sa qualité. Le fait de déplacer vers l'extérieur des activités associées à l'hôpital est perçu comme une hérésie. Même si la technologie le permet et que cela s'inscrit dans la nouvelle architecture que l'on veut donner au réseau de la santé. Cette conception traditionnelle de l'hôpital jouit d'un énorme soutien, des administrations hospitalières, de la bureaucratie de la santé et du monde syndical.

Mais c'est l'exemple même de débat qui meurt de sa belle mort si on pose une question toute simple: qu'est-ce qui est mieux pour le patient?

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