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Débat à quatre, combat à deux

Le débat des chefs est bien souvent le... (Photo Olivier PontBriand, La Presse)

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Le débat des chefs est bien souvent le premier moment où le grand public s'intéresse vraiment à une campagne électorale.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

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Alain Dubuc
La Presse

Pourquoi y a-t-il des débats des chefs? Pour permettre aux citoyens, pour qui c'est souvent le premier moment où ils s'intéressent vraiment à la campagne électorale, de déterminer, à travers les échanges des chefs de parti ou leur langage corporel, celui ou celle qui a l'étoffe pour être le prochain premier ministre.

Mais il y avait un élément nouveau dans le débat d'hier soir sur les ondes de Radio-Canada par rapport à celui de 2012. Même si c'était un débat à quatre, le vrai combat se faisait à deux, entre ceux qui peuvent espérer former le gouvernement, Philippe Couillard et Pauline Marois.

Cela ne réduit pas les deux autres protagonistes, François Legault et Françoise David, à des rôles de figurants. Mais cela fait en sorte que leurs efforts servaient en fin de compte à favoriser les deux candidats dominants.

Qui a gagné? Qui a perdu? Parlons d'un débat sans K.-O., sans grand gagnant ni grand perdant, où les quatre protagonistes ont été de bonne tenue.

Mme Marois n'est certainement pas dans son élément dans ce genre d'affrontement. Elle était en outre dans la position difficile de défendre son bilan de gouvernement. Dans ce contexte, elle n'a pas mal fait du tout. Mais est-ce assez pour rebrasser les cartes?

François Legault, à bien des égards, a été le meilleur, plus agressif, très ferme dans ses questions, têtu même. Sauf que ses meilleures attaques, notamment sur la question référendaire, risquent bien davantage de servir les libéraux que les caquistes. Il a peut-être gagné le débat, mais pas la bataille.

Philippe Couillard n'est certainement pas un orateur vivant. Il n'est pas chaleureux, mais il est documenté, connaît ses dossiers. Et il a réussi la démonstration qu'il devait faire dans son premier débat, celle de sa compétence.

Françoise David a été égale à elle-même. Mais je soupçonne que l'effet de surprise du débat d'il y a deux ans s'est estompé, et que la fonction pacificatrice qu'elle avait si bien jouée était moins nécessaire cette fois-ci.

Dans le débat économique, c'est certainement François Legault qui l'a remporté, notamment contre le chef libéral, quand il lui a demandé: «Qu'est ce que vous connaissez à l'économie?». Mme Marois s'est embrouillée dans une guerre de chiffres sur l'emploi où elle a perdu devant ses deux adversaires.

Dans le débat social, qui n'en était pas un, on a parlé de structures en éducation, de salaires des médecins. Mme Marois était trop dispersée, M. Legault trop adéquiste avec ses dénonciations agressives et M. Couillard s'en est donc bien sorti avec un discours cohérent où il liait les programmes à la performance économique.

Curieusement, Philippe Couillard s'est tiré du débat qui aurait semblé le plus menaçant, sur la gouvernance. Pas un mot sur Arthur Porter. Une attaque faiblarde de Françoise David sur ses activités dans le privé. Et c'est Pauline Marois qui a eu du mal avec les problèmes éthiques de PKP et surtout, avec une phrase assassine de Françoise David: «L'intégrité, c'est aussi la cohérence.» Ou Québec solidaire, en fait, donnait un coup de pouce aux libéraux.

Sur la question nationale, c'est François Legault qui, tout en dénonçant l'obsession référendaire des deux vieux partis, a réclamé une réponse claire de Mme Marois. Mais ce sont les libéraux qui profiteront de sa réponse sibylline: «Il n'y aura pas de référendum tant que les Québécois ne seront pas prêts».

Tout seul, Philippe Couillard n'a sans doute pas remporté le débat. Mais grâce au trio involontaire que la dynamique du débat a créé, il a fort probablement marqué des points contre Pauline Marois et donc consolidé la tendance qui lui est favorable que l'on observe depuis une dizaine de jours.




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