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Assurance-emploi: la fin d'un cadeau empoisonné

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Alain Dubuc
La Presse

La réforme de l'assurance-emploi, qui est entrée en vigueur dimanche, a provoqué une levée de boucliers dans certaines régions du Québec, comme Charlevoix ou la Gaspésie, mais surtout dans les provinces atlantiques.

Le volet de cette réforme qui a suscité les plus vives réactions vise particulièrement les travailleurs saisonniers qui ont régulièrement recours à l'assurance-emploi. Ceux-ci pourront perdre leurs prestations s'ils n'élargissent pas leurs efforts de recherche de travail, accepter un autre emploi, accepter une baisse de salaire de 20 ou 30%, accepter des postes plus éloignés de la maison.

Cette réforme frappe essentiellement l'est du Canada. En Alberta, seulement 9% de ceux qui demandent de l'assurance-emploi sont des travailleurs saisonniers; 14% en Colombie-Britannique. La proportion bondit à 34% au Québec, à 46% au Nouveau-Brunswick et à 51% à Terre-Neuve. Mais comme le Québec a une grosse population, 40% de ces chômeurs saisonniers sont québécois.

Mais nous serions mal avisés d'y voir une attaque contre le Québec. Les conservateurs, comme les libéraux l'avaient tenté sans succès - forcés de reculer devant le coût politique de l'opération - essaient de casser un système, celui de l'assurance-chômage comme mode de vie. Cela sera certainement pénible à court terme, mais l'effet final sera bénéfique sur une plus longue période si on réussit à mettre fin à une tradition débilitante.

Dans certains secteurs - tourisme, pêcheries, forêt - des gens peuvent travailler quelques mois pour ensuite se mettre sur le chômage le reste de l'année, tant et si bien que ces prestations deviennent une partie intégrante du revenu annuel. Des villages, des régions entières vivent à ce rythme depuis des décennies.

Les pratiques sont tellement ancrées qu'elles deviennent une forme d'organisation de la société. Cela contribue à expliquer pourquoi les réactions sont si vives: l'inquiétude devant un changement profond, la colère de perdre des droits acquis, la défense d'un symbole qui revêt presque un caractère identitaire, comme on l'a vu dans les manifestations du Nouveau-Brunswick.

Mais il n'est pas du tout évident que les effets concrets de la réforme sur les individus seront sévères. S'il n'y a pas d'emplois disponibles dans une région, ça ne changera rien. S'il y en a, le chômeur sera peut-être obligé d'accepter un poste. Mais le résultat final, ce seront des chèques de paie plus gros que le chèque de la prestation, et donc un revenu annuel supérieur.

Est-ce un drame? Le fait que ces travailleurs saisonniers doivent travailler davantage n'est pas un argument que les opposants à la réforme pourront décemment invoquer pour émouvoir une population qui travaille en général 12 mois par année.

On essaie donc de recourir à des arguments économiques assez fragiles. Comme le fait que cela puisse encourager le «cheap labor», comme si le non-travail systémique était une solution préférable. Ou encore les entreprises locales, avec une étonnante «mentalité de BS», se plaignent du fait qu'elles auront du mal à retrouver leurs employés la saison suivante.

En fait, ce système est désastreux parce qu'il n'incite pas les gens à travailler. Pourquoi chercher un job si on a ses prestations d'assurance-emploi? Il devient difficile pour les employeurs de trouver de la main-d'oeuvre, d'allonger leur saison, de lancer de nouvelles activités. Il devient difficile d'attirer des entreprises. Le résultat: moins d'emplois, moins de revenus, moins de croissance, plus de chômage et plus de pauvreté.

Mais si la mesure est dure, on ne peut pas dire qu'elle est injuste. De façon superficielle, on peut croire que la générosité de l'assurance-emploi était une expression de solidarité des régions plus riches envers des régions moins prospères. Cependant, ce transfert interrégional était un cadeau empoisonné, qui a certainement contribué à maintenir ces régions dans un état de sous-développement.




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