| Commenter Commentaires (6)

Le tiers-monde intérieur

Partager

Sur le même thème

Alain Dubuc
La Presse

La rencontre avec les leaders des Premières nations à laquelle le premier ministre Harper a finalement consenti sera difficile. Difficile, parce que le sort d'un grand nombre d'autochtones est tragique. Difficile, parce que le gouvernement conservateur a coupé les ponts. Difficile aussi, parce que les pistes de solution sont loin d'être évidentes.

Le point de départ semble clair. Il y a, au Canada, un tiers-monde intérieur. Une situation inacceptable que la majorité a un devoir de résoudre, parce que le sort actuel des autochtones s'explique largement par une histoire de conquête et de dépossession. Mais nous pouvons aussi constater que les efforts pour corriger la situation, le plus souvent sincères, tout comme les milliards que l'on dépense, n'ont pas permis les progrès souhaités. Cet échec collectif devrait nous amener à poser des questions sur la façon dont nous abordons cet enjeu.

La première question porte sur la culture. Ce qui définit les autochtones, plus que la génétique, ce sont leurs valeurs - traditions, spiritualité, conception du monde - très éloignées de celles qui prévalent dans les sociétés industrialisées. Si éloignées, en fait, que la plupart des immigrants sont plus proches des Canadiens de souche que ne le sont les Premières nations. Un grand nombre d'autochtones ne veulent pas délaisser ces valeurs qui sont au coeur de leur identité.

Nous nous retrouvons ainsi dans la situation où l'on veut assurer aux autochtones un niveau de vie digne de citoyens d'un pays riche, tout en sachant que bon nombre d'entre eux rejettent la plupart des moyens qui permettaient d'atteindre ce même niveau de vie.

Souvent, leurs valeurs sont difficilement compatibles avec le progrès tel qu'on le conçoit dans les sociétés industrielles, qui repose sur la propriété, sur une conception du travail et surtout, sur la transformation de la nature. Même s'il y a des cas de succès économiques autochtones, on n'a pas encore trouvé de modèle généralisable, capable de concilier ces valeurs autochtones avec la création de richesse.

La deuxième question porte sur le territoire. Les droits territoriaux sont au coeur des revendications autochtones. On peut le comprendre: le contrôle d'un territoire, c'est l'assise du pouvoir, une maîtrise sur la destinée, et parfois la clé de la richesse. Mais ce cadre territorial est aussi une arme à double tranchant, qui mène à la logique des réserves et à la ghettoïsation, qui engendre des injustices entre groupes selon le hasard de la géologie. Il est également impuissant à faire face au principal défi, le fait que, maintenant, 60% des autochtones ne vivent plus dans les réserves et qu'ils ont eux aussi des droits, comme vient de trancher la Cour fédérale.

La troisième question porte sur la gouvernance. Cette semaine, le gouvernement Harper a rendu public un rapport sur la mauvaise gestion de la réserve Attawapiskat, dans ce qui ressemble à une typique manoeuvre des conservateurs pour discréditer la gréviste de la faim qui les a embarrassés, la chef Theresa Spence. Mais le problème des réserves mal gérées est réel. Il s'explique en grande partie par le fait qu'un grand nombre de communautés sont trop petites pour avoir le talent et les connaissances pour gérer des millions et résoudre des problèmes complexes. Une impuissance qui nourrit le paternalisme des autorités fédérales.

Et pourtant, il est souhaitable que les Premières nations acquièrent davantage d'autonomie. Une solution ne serait-elle pas de tendre vers des gouvernements autochtones supra-territoriaux, capables d'assurer des services communs, avec la masse critique pour assurer une meilleure démocratie, une meilleure gestion, et une meilleure prise en charge de la majorité, qui ne vit pas dans les réserves?

Voilà donc une chronique avec beaucoup de questions, et peu de réponses. J'ai bien l'impression que nous en sommes tous là.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

Commentaires (6)
    • J'espère qu'il aura les couilles de Reagan! Nous faisons venir des immigrants pour contribuer à notre économie. Ils faut travailler un jour et arrêter de se faire vivre par les autres. C'est un manque de dignité totale de quémender surtout que la plupart ont 52k/an a ne rien faire payer par nous bon citoyens qui se levont pour travailler, déménageons loin de notre famille à cause d'emploi. première, deuxième génération...On s'en fou tout ces espace devaient être peuplé. Les gens se reproduisent sur terre. nous sommes en 2013 la (dette) est remboursé il y a longtemps fénéants!

    • Bien sûr que les Premières Nations, tous comme les Canadiens, et les Québécois, souhaitent préserver leurs valeurs traditionnelles, culturelles et identitaires. Comment pourrait-on leur en vouloir... Nous devrions plutôt les comprendre.
      Un modèle intéressant, de plus en plus étudié, et permettant une conciliation des valeurs autochtones avec la création de richesse, se trouve peut-être en le "tourisme autochtone". Décrit comme un outil qui encourage les interactions culturelles et la "compréhension inter-culturelle", le tourisme aborigène est de plus en plus envisagé par différentes Premières Nations comme une stratégie de développement et de diversification économique. D'autant plus qu'il résulte en divers avancements sociaux et culturels, tels que la croissance de la communauté, la création d'emplois, le gain d'autonomie et la préservation et perpétuation de leur culture, de leurs valeurs et de leurs traditions.
      Une participation plus importante des gouvernements à ce niveau pourrait être intéressante, par la création de programmes de formation et d'éducation à l'industrie touristique, par exemple. Wendake et son Hôtel-Musée des Premières Nations constitue, à mon avis, un excellent exemple d'intégration de la communauté Wendat-Huron dans un projet économique qui lui ressemble.

    • Bien d'accord sur le fond mais pas sur le fait que les « pistes de solution sont loin d'être évidentes ». À coup de millions $ nous avons eu une Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA -suite à la crise d'Oka) qui donne effectivement des pistes de solution très viables et qui sont en général soutenues par les peuples autochtones du Canada. Or le gouvernement fédéral (libéral

    • L'approche à la complexité propose que l'on utilise des approches paradoxales afin d'atteindre au changement planifié. Ainsi, trancher le noeud gordien apparaît une approche féconde dans le dossier de l'avenir des Premières Nations. La création d'emplois et la participation active au développement de la richesse est la voie à prévilégier. Parallèlement, l'éducation est l'outil essentiel de ce changement de paradigme. Les deux mondes en présence se voient confrontés à un avenir dominé par la transformation des mentalités.

    • Excellent texte M. Dubuc.
      C'est un dossier complexe dans lequel le "one size fits all" n'est pas possible .... De là, une grande partie des difficultés rencontrées par les programmes fédéraux.
      - Le fédéral a valorisé des programmes dans lesquels les collectivités autochtones se donnent des services, mais la réelle création d'emplois et de richesses n'est pas supportée car elle entre en compétition avec les communautés non-autochtones environnantes.
      - Pour des gouvernements supra-territoriaux, il faut instaurer des incitatifs mais le gouvernement n'est pas intéressé par une telle approche, préférant diviser pour régner ... imaginez un gouvernement supra-territorial bien articulé qui veut appliquer sa propre approche pour les sables bitumineux.
      - Il faut aussi trouver un problèmes au handicap des réserves.
      On est loin de la coupe aux lèvres.

    • Excellent titre journalistique ..... pour ce problème complexe. Les pistes à considérer sont aussi très bien abordées. Mais ayant cotoyé ces communautés, la réalité sur le terrain me semble plus simple et peu évoquée: il y a énormément de jeunes dans ces communautés dont, la plupart, sont coupées du monde. L'incapacité des blancs à aider ces communautés à un développement économique absolument essentiel, conduit cette masse de jeunes au désespoir. Tant et aussi longtemps qu'on ne se préoccupe pas de l'emploi là bas, tout le reste est "compliqué pour rien". C'est pourtant simple à comprendre !

Commenter cet article

Les commentaires sont maintenant fermés sur cet article.

Veuilez noter que les commentaires sont modérés et que leur publication est à la discrétion de l'équipe de Cyberpresse. Pour plus d'information, consultez notre nétiquette. Si vous constatez de l'abus, signalez-le.

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer