Le budget d'automne

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Alain Dubuc
La Presse

Quand un gouvernement doit annoncer des initiatives budgétaires urgentes à l'automne, il présente d'habitude un énoncé économique ou une mise à jour, comme M. Flaherty l'a fait à Ottawa. Et il attend au printemps, habituellement au mois de mars, pour déposer son vrai budget. Mais le ministre des Finances, Nicolas Marceau, déposera son premier budget demain après-midi, un budget qui roulera jusqu'en mars 2014. C'est inusité. Mais c'était la chose à faire.

Les critiques se sont empressés de souligner que ce dépôt hâtif était motivé par des calculs politiques. La semaine prochaine, le gouvernement Marois ne risquera pas d'être renversé sur son budget, parce que les libéraux, qui n'ont toujours pas de chef, ne peuvent certainement pas risquer de se lancer tout de suite en élection.

Mais on ne peut pas élire des gouvernements minoritaires et leur reprocher ensuite des pratiques qui sont incontournables dans ce genre de situation. La population s'attend à une certaine stabilité, et ne souhaite certainement pas des élections tous les quatre mois. C'est donc le devoir du gouvernement minoritaire de prendre les moyens pour fonctionner dans ce contexte plus instable: faire des alliances, des compromis, du chantage et des manoeuvres politiques comme celle-ci.

Il y a une autre raison de voir d'un bon oeil le dépôt de ce budget. Les premières initiatives du gouvernement Marois dans le domaine financier ont été assez bordéliques, avec l'abolition précipitée de la taxe santé, l'impact financier des engagements électoraux du nouveau gouvernement, et un contexte économique plus difficile. Ou encore l'annonce trop rapide de la fermeture de Gentilly qui a de lourdes conséquences budgétaires.

C'est donc une bonne chose que le ministre fasse le ménage, qu'il mette ses projets sur papier, de façon formelle, pour qu'on puisse avoir l'heure juste, et pour qu'on sache comment le gouvernement entend s'acquitter de son obligation de ramener le déficit à zéro d'ici 2013-2014. Le budget permettra d'imposer un cadre financier aux politiques du nouveau gouvernement et sortir du flou des promesses électorales.

Ce budget aura une autre fonction, celle-là pour consommation interne, celle d'imposer au gouvernement Marois une retenue qu'il n'a pas manifestée ces derniers mois. Le fait de mettre les chiffres sur la table aidera le ministre Marceau et Stéphane Bédard, président du Conseil du Trésor, à convaincre leur parti et leurs collègues du cabinet des vertus de l'austérité.

Le budget permettra certes de parler du fameux manque à gagner de 1,6 milliard que le nouveau gouvernement dit avoir trouvé en «ouvrant les livres», comme le veut notre folklore politique. Il y a du vrai et du faux là-dedans. Un gouvernement aux abords d'une élection ne lance pas de vastes vagues de compressions pour corriger le tir. Mais le trou s'explique aussi par les déséquilibres qui se manifestent inévitablement au cours de l'année, auxquels un gouvernement apporte des correctifs dans sa gestion normale.

Le principal problème, au-delà du théâtre, c'est le ralentissement économique qui force à modifier les projections financières. Ce ralentissement, le ministre des Finances ne pouvait pas l'ignorer en campagne électorale, et ne peut pas maintenant faire semblant d'en être surpris.

Ce ralentissement économique soulève une question que le ministre Marceau devra aborder. On a vu, mardi, avec la «mise à jour» du ministre Jim Flaherty, que le contexte économique a forcé le gouvernement fédéral à accepter un déficit 24% plus élevé que prévu et à reporter d'un an l'atteinte du déficit zéro. Est-ce que le Québec peut maintenir ses objectifs financiers, quand le gouvernement fédéral n'y est pas parvenu, et quand on sait que la croissance québécoise, prévue à 1% cette année, est deux fois moins élevée que le maigre 2% canadien?

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