La petite noirceur

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Alain Dubuc
La Presse

Le point de départ du conflit étudiant, c'était l'existence d'un très large consensus sur le fait que les universités québécoises souffraient d'un sous-financement, quand on les compare aux universités des autres provinces, et à plus forte raison, celles des États-Unis.

Pour combattre ce sous-financement, le gouvernement libéral avait choisi d'investir des fonds publics supplémentaires dans le réseau universitaire, mais aussi de demander aux étudiants de contribuer à cet effort en annonçant d'importantes hausses de leurs droits de scolarité. Cette stratégie a mené à la crise sociale que l'on sait.

La victoire du PQ a mis fin à la crise, parce que le gouvernement Marois a répondu positivement aux deux principales revendications des associations étudiantes, l'abolition de la hausse ainsi que la tenue d'un sommet sur l'éducation supérieure, dont les modalités ont été annoncées la semaine dernière.

Mais le gouvernement Marois ne s'est pas contenté de céder aux revendications étudiantes. Il a commencé à reprendre à son compte l'élément le plus décourageant du discours des leaders étudiants qui, pour démontrer la non-pertinence des hausses des frais, s'étaient mis à contester l'idée que les universités puissent manquer d'argent.

Officiellement, le ministre de l'Éducation supérieure, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne, a choisi de ne pas prendre position sur cette question du sous-financement, par souci de neutralité dans les échanges du sommet.

En soi, ce refus de prendre position est assez stupéfiant. D'une part, parce que c'est la première fois qu'un gouvernement du Québec se lance dans un vaste sommet sans exprimer son projet, sa vision et sa propre analyse de la situation.

D'autre part, parce que cette neutralité n'est pas neutre: en soi, elle constitue un virage majeur par rapport aux positions des gouvernements du Québec, peu importe leur couleur politique.

Mais dans les faits, le ministre Duchesne n'a pas été neutre. Il a multiplié les expressions de doute sur l'existence du sous-financement que déplorent les recteurs: «Ben moi, je demande à voir». Il a publicisé un bulletin du ministère de l'Éducation qui montrerait plutôt que les universités québécoises sont davantage financées que les canadiennes.

Cette étude méritait d'être traitée avec prudence. Elle ne pouvait pas servir de base aux documents préparatoires du sommet ni d'argument pour discréditer les recteurs, comme le ministre l'a fait, incapable de résister à la petite politique, en affirmant que «le gouvernement libéral a caché cette étude avant de prendre sa décision».

C'était bête et faux. Le bulletin en question a été publié 15 mois après l'annonce des hausses des droits de scolarité. Il n'était pas caché, mais présent sur le site du ministère.

Et il n'a pas eu de rayonnement parce que sa méthode comporte des défauts, en englobant des éléments qui ne devraient pas être là dans une comparaison avec les autres provinces.

Ces manoeuvres auront un impact sur le déroulement du sommet. On ne voit pas comment, avec les propos que multiplie M. Duchesne, on peut espérer convaincre les Québécois de consacrer plus de ressources à leurs universités. Et on peut craindre que le sommet se transforme en tribunal d'inquisition sur les directions universitaires.

On comprend que, lorsqu'un gouvernement est minoritaire, les calculs politiques dominent. Il est certainement plus payant de pencher du bord des étudiants que de celui des recteurs.

Mais le danger, en confiant, comme Mme Marois l'a fait, le dossier majeur de l'éducation supérieure à un politicien plus à l'aise dans le pugilat partisan qu'avec la pensée complexe, c'est de nourrir les préjugés encore présents au Québec envers les universités, et donc de nous faire reculer au lieu d'avancer.

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