Les petits pas ne suffiront pas en santé

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Alain Dubuc
La Presse

Le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert, a présenté il y a quelques jours son plan pour que chaque Québécois puisse avoir son médecin de famille d'ici quatre ans.

Sa stratégie pour renforcer la première ligne n'est pas très différente de celle du gouvernement précédent: plus de groupes de médecine familiale, un rôle plus grand pour les infirmières - cliniciennes et les autres professionnels de la santé. Mais comme le DrHébert s'attaque à des dossiers auxquels son prédécesseur Yves Bolduc n'avait pas osé toucher - rémunération des médecins, informatisation, conscription des omnipraticiens dans des activités hospitalières -, il réussira probablement à aller plus loin.

Ces similitudes et cette continuité reflètent l'existence d'un consensus sur les choses à faire pour améliorer le système de santé: renforcer la première ligne, favoriser la prévention ou maintien à domicile, etc.

Mais ce consensus reflète autre chose. Et c'est la déconnexion entre la stratégie des petits pas que privilégient par exemple les docteurs Bolduc et Hébert, et l'énormité des enjeux. Notre système de santé ne va pas bien, aux prises avec une explosion des coûts, mais surtout à cause de son incapacité à combler adéquatement les besoins de base. C'est ce qui a mené le père de notre système, Claude Castonguay, à faire un constat d'échec dans le livre qu'il a publié cette semaine, Santé: l'heure des choix.

Ces choix ne sont ni simples, ni mineurs. L'ampleur des défis exige une révolution ou, plus précisément, plusieurs petites révolutions. Et le consensus dominant a tendance à faire semblant qu'elles ne seront pas nécessaires.

On effleure heureusement certaines de ces révolutions. On commence, timidement, à revoir le rôle respectif des professions de la santé, et donc le rôle traditionnel des médecins. Ce n'est pas rien. Le Dr Hébert s'attaque à un autre gros morceau auquel le Dr Bolduc n'avait pas osé toucher, la rémunération des médecins, pour passer du paiement à l'acte à la capitation.

Mais le ministre, comme son prédécesseur, semble hésitant sur une autre révolution, pourtant essentielle: repenser le financement des établissements en fonction de leur activité plutôt que sur une base historique, comme on le fait en Ontario, en France, et un peu partout à travers le monde. Non seulement le Québec est-il terriblement en retard, mais il sera incapable de combler rapidement ce retard parce que nous n'avons toujours pas vraiment d'idée des coûts des interventions du réseau.

Cette révolution, à laquelle l'Association québécoise des établissements de la santé et des services sociaux (AQESSS) consacrait hier un colloque, sans être une panacée, constitue une approche puissante pour amener nos hôpitaux à améliorer leur performance. Un mot qui fait peur, parce qu'on l'associe à tort à un contrôle des coûts, quand il s'agit plutôt d'augmenter la qualité et le niveau d'activité.

Mais il y a un autre changement plus profond, dont M. Castonguay fait la première de ses 13 propositions de réforme, et c'est d'orienter le système sur la personne. Ça semble être une évidence, mais ce serait une révolution majeure dans un réseau construit pour les besoins de ses artisans plutôt que pour ceux qu'il doit servir. Ce serait un renversement radical de la finalité et du fonctionnement du système de santé.

Une autre grande révolution, dont on ne pourra pas faire l'économie, c'est le vieillissement. Pas celui de la population, mais celui d'un système conçu il y a 50 ans, qui a mal vieilli, qui s'est ossifié, et qui refuse les cures de rajeunissement. Ce que décrit très bien le chroniqueur du Globe and Mail Jeffrey Simpson, dans son essai Chronic condition, où il plaide pour que le système de santé entre enfin dans le XXIe siècle.

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