La ville balkanisée

Les arrondissements sont de petits royaumes qui contribuent... (Photo: François Roy, La Presse)

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Les arrondissements sont de petits royaumes qui contribuent à la paralysie structurelle de la Ville de Montréal.

Photo: François Roy, La Presse

Alain Dubuc
La Presse

Même si le défi du déneigement n'a pas été terriblement exigeant cette année, en raison de la clémence de l'hiver, on a quand même pu constater que la Ville de Montréal a réussi à mettre fin aux initiatives contradictoires des arrondissements et à imposer une politique commune de déneigement des artères principales.

Cette victoire contre la lourdeur des structures municipales est-elle un signe que la stratégie des petits pas peut fonctionner? Permet-elle de croire qu'il sera possible de bien faire fonctionner la ville sans se lancer dans une réforme de ses structures, comme l'espère le maire Gérald Tremblay, pour qui il s'agit de débats stériles?

Non, parce que la paralysie engendrée par l'architecture administrative bâtarde de la ville - un bel héritage du débat sur les fusions-défusions-refusions - ne peuvent pas se ramener à un simple enjeu administratif, un problème de structures que l'on peut surmonter avec un peu de patience, d'imagination et de bonne volonté.

Les problèmes que posent les arrondissements, avec leurs pouvoirs et leur mode de fonctionnement, ne sont pas de nature administrative, ils sont de nature politique, ce qui est pas mal plus sérieux. Les arrondissements sont des fiefs, de petits royaumes qui contribuent à la balkanisation de la ville et à sa paralysie structurelle.

Si les arrondissements n'étaient qu'un outil de décentralisation, de proximité, d'expression des identités locales, tout irait bien. Mais ils ne sont pas seulement des centres de services, mais bien des centres de pouvoir. Avec chacun leur maire et leur conseil, ce sont de véritables gouvernements municipaux. La dynamique de balkanisation est encore plus forte quand les arrondissements sont contrôlés par des politiciens qui n'appartiennent pas à la famille politique qui dirige la ville. C'est une forme perverse de démocratie qui n'existe pas dans nos autres instances politiques.

Le Plateau Mont-Royal, par exemple, est un fief de Projet Montréal, le parti de Richard Bergeron. Mercier-Hochelaga-Maisonneuve est un territoire contrôlé par Vision Montréal, le parti de Louise Harel. Et on se souvient de l'époque où Ville-Marie, le centre-ville, était contrôlé par l'ennemi de Gérald Tremblay, Benoit Labonté.

Le pluralisme politique est un ingrédient essentiel de la démocratie. Mais ailleurs, il s'exprime dans un cadre précis. L'opposition, au niveau provincial et fédéral, se manifeste à travers les débats parlementaires. On imagine mal que Pauline Marois puisse diriger une partie du réseau de la santé qui s'opposerait aux politiques de Québec ou que François Legault contrôle les politiques de transport et de développement économique de la Montérégie.

C'est un peu ce qui se passe à Montréal. Et même si les élus des arrondissements font preuve de bonne volonté, il est assez évident qu'une foule de dossiers, le déneigement, la circulation, le financement des arrondissements, où des projets comme la voie réservée sur Pie-IX, sont affectés et entravés par ces tensions politiques. Sans parler des croisades militantes du maire du Plateau.

Comment en sommes-nous arrivés là? On a conçu les arrondissements comme des quasi-villes pour convaincre les villes de banlieues d'accepter la fusion avec Montréal. Ensuite, par souci d'uniformité, on a plaqué la même formule aux quartiers de la ville-centre, où on a inventé des arrondissements qui n'existaient pas, et créé des maires de toutes pièces.

Comment s'en sortir? Modifier les pouvoirs des arrondissements? Des structures différenciées pour les anciennes villes et les anciens quartiers? Éliminer les postes de maires d'arrondissements? Cette réflexion, le maire Tremblay ne peut pas l'amorcer, parce que sa base politique provient des anciennes villes pour qui la formule actuelle des arrondissements a été mise au point. Notre maire ne peut pas toucher aux structures, pas parce que le débat est stérile, mais parce que, pour lui, il serait suicidaire.

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