Le syndrome du spaghetti

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Alain Dubuc, collaboration spéciale
La Presse

Il y a eu du cafouillage dans la campagne de vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1). Cela s'explique en partie par la complexité intrinsèque de l'opération. En partie par des maladresses bureaucratiques.

Les problèmes tiennent aussi aux structures. Trop de marmitons. Trop de chefs, mais trop peu de leaders. Les institutions et les organismes chargés de combattre la grippe se chevauchent et s'entremêlent en un indigeste spaghetti administratif. On ne sait plus qui fait quoi. C'est cet écheveau que je voudrais démêler.

 

Tout en haut, il y a l'Agence de santé publique du Canada, responsable de la production et de la répartition du vaccin entre les provinces. Cette agence fédérale est à l'origine d'une foule de décisions que l'on conteste maintenant, comme la production du vaccin à un seul endroit, les délais dans le démarrage de l'opération.

Je ne suis pas un obsédé des partages des pouvoirs, mais la présence de cette agence fédérale pose problème. D'abord parce que cet organisme peu connu peut difficilement exercer un leadership, d'autant plus que le gouvernement fédéral n'a jamais démontré sa compétence en matière de santé. C'est difficile quand personne ne connaît le nom de la ministre de Santé Canada - c'est Leona Aglukkaq -et quand le premier ministre Harper semble aussi à l'aise dans le dossier de la grippe A (H1N1) que dans celui de l'environnement, lui qui ne savait même pas s'il allait se faire vacciner.

Il y a un autre problème. Ottawa fournit les vaccins, mais ne s'occupe pas de la vaccination. Cela a ouvert la porte à un classique ping-pong de déresponsabilisation où tout le monde se renvoie la balle. Ottawa dit que les problèmes de vaccination viennent des provinces, tandis que les provinces blâment le fédéral.

Passons au Québec, où les structures ne sont pas non plus limpides. Le cerveau de l'opération, c'est l'Institut national de la santé publique du Québec. Cet organisme est l'artisan de l'approche très contrôlée, un peu soviétique, avec les centres de vaccination et les files. Des choix maintenant critiqués, qui ont fait, en vase clos, l'objet d'intenses débats internes tout l'été.

Mais l'Institut n'est pas seul. Il y a, à côté, le gros ministère de la Santé et des Services sociaux. La place respective des deux appareils dans le processus de décision n'est pas claire. Mais il est clair que le ministre n'a pas joué son rôle politique. Yves Bolduc est trop faible et n'a pas assez d'instinct pour déceler rapidement les situations problématiques et les aberrations et pour faire contrepoids à la logique bureaucratique.

Le Québec a un système de santé décentralisé. Si tout se décide en haut, la mise en oeuvre dépend des régions sociosanitaires, qui ont chacune leur agence de santé et de services sociaux. Il y en a 18. Et chacune a eu sa stratégie de vaccination. Cela a donné lieu à de sérieux tiraillements, où l'on a oscillé entre deux logiques, celle de la souplesse et l'adaptation régionale, et celle de la centralisation où tout doit être pareil partout. Pour simplifier le tout, chaque agence a aussi sa direction de prévention et de santé publique, pas toujours d'accord avec les idées de l'Institut.

Enfin, chaque agence régionale est subdivisée en CSSS, les centres de santé et de services sociaux, qui s'occupent de la coordination des établissements et des effectifs sur leur portion de territoire. À Montréal, il y a 12 CSSS, et vous êtes censé savoir lequel est le vôtre.

Voilà. Tout est en place pour le bordel permanent. Des structures opaques où les responsabilités sont diluées, où la chaîne de commande n'est pas claire, où les tensions internes sont nombreuses. Une machine lourde, qui réagit lentement. Un terreau fertile pour le triomphe des réflexes bureaucratiques.

 

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