Après les artistes, les chercheurs

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Alain Dubuc
La Presse

Le monde universitaire, au Québec et ailleurs au Canada, commence à se mobiliser contre une mesure du budget fédéral qui, au moment de son dépôt, fin janvier, était passée largement inaperçue.

Non seulement le gouvernement conservateur, dans son budget, a-t-il consacré très peu de ressources à la recherche, mais en plus il tente de l'orienter d'une troublante façon. Les 17,5 millions additionnels alloués au Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, l'organisme subventionnaire qui distribue des bourses d'excellence pour des étudiants de maîtrise et de doctorat, devront obligatoirement être octroyés à des recherches dans le domaine des affaires.

 

C'est tellement nono qu'on aurait envie de rire. Comme si le gouvernement Harper faisait exprès pour se caricaturer lui-même. Mais c'est hélas sérieux. C'est la même logique, le même obscurantisme, la même incompréhension du développement d'une société avancée qui a amené le gouvernement à couper l'aide aux artistes pour leurs tournées internationales.

À un premier degré, il y a une apparence de cohérence. Nous sommes en récession et le budget Flaherty concentre ses ressources sur la relance. Il semblerait donc logique que la recherche en sciences humaines se concentre elle aussi sur les «vraies affaires», pour relever les «défis mondiaux de l'heure», au lieu de se disperser dans les activités futiles qui occupent d'habitude le temps des philosophes et des sociologues. Le CRSH a même précisé que les bourses pourraient aller à des disciplines autres que les affaires si les thèmes de recherche sont liés aux affaires, comme un historien qui étudie la crise des années 30, un philosophe qui se penche sur l'éthique des affaires.

Le raisonnement ne tient pas la route, parce que les recherches ainsi subventionnées aboutiront dans trois, quatre ou cinq ans, trop tard pour nous aider dans la lutte à la récession. Mais surtout, cette conception utilitaire de la recherche est simpliste. Il y a, dans cette décision, une incompréhension de la façon dont la recherche et les universités contribuent au développement économique.

Le monde universitaire joue un rôle diffus, complexe, sur le niveau de connaissance, sur la créativité, sur le développement d'une économie du savoir. Les universités ne font pas que produire des rapports. Elles sont un creuset, elles sont un pôle, qui attirent et regroupent des talents d'ici et d'ailleurs. En boudant certains domaines de recherche, nos universités vont perdre leur pouvoir d'attraction. Et bien des jeunes talentueux iront ailleurs.

Avec une conséquence inquiétante, parce que le gouvernement Harper se retrouve ainsi à imposer une forme de contrôle idéologique sur la recherche universitaire, un précédent dangereux.

En fait, le gouvernement conservateur se comporte à l'égard de la recherche de la même façon qu'il l'a fait pour les arts et la culture. On retrouve les mêmes préjugés et le même climat de règlement de comptes. Il semble assez évident que les conservateurs coupent les vivres à un milieu qu'ils n'aiment pas, des gens de sciences humaines, souvent à gauche, souvent barbus, qui n'ont pas la cote à Red Deer.

Dans cette période où le premier ministre Harper essaie de se rapprocher du président Obama, cette mesure est là pour nous rappeler le gouffre qui sépare les deux hommes. Non seulement parce que l'administration américaine injecte des milliards dans la recherche quand le budget Flaherty a coupé les subventions à de nombreux centres de recherche. Mais surtout parce que la méfiance et la mesquinerie que le gouvernement Harper a ainsi manifestées à l'égard des milieux de recherche semblent procéder du même refus du savoir et de l'intelligence qui a été une des marques de commerce de l'administration républicaine de George W. Bush.

 




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