Le nouveau visage du Canada à l'ONU

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Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU

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C'est un Ban Ki-moon exceptionnellement émotif qui a pris la parole devant une assemblée tout aussi exceptionnelle, le 20 octobre dernier à l'ONU.

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À l'aube de la cinquantaine, Marc-André Blanchard a eu l'occasion de pratiquer le droit et la politique. Ce titulaire d'une maîtrise en droit international vient maintenant de se lancer dans une nouvelle carrière : la diplomatie, à titre d'ambassadeur du Canada à l'ONU.

PHOTO Martin Chamberland, LA PRESSE

Sujet : le siège des quartiers orientaux d'Alep, contrôlés par les rebelles, où les civils vivent « dans des conditions dignes du Moyen Âge », s'est indigné le secrétaire général de l'ONU.

Dans l'offensive du régime syrien appuyé par les bombardiers russes, « la faim a été utilisée comme une arme et les rations alimentaires sont sur le point de s'épuiser », a poursuivi Ban Ki-moon. Avant de lancer sur un ton tragique : « N'avons-nous donc rien appris de Srebrenica et du Rwanda ? Quand la communauté internationale va-t-elle s'unir pour mettre fin à ce carnage ? »

Peu de gens le savent, mais ce rare coup de gueule du secrétaire général devant les ambassadeurs des pays membres, c'est un peu, beaucoup, le résultat d'une initiative de Marc-André Blanchard, le nouvel ambassadeur du Canada à l'ONU.

Arrivé en poste au printemps dernier, celui-ci a eu l'idée d'en appeler à une session informelle des représentants des pays membres, pour essayer de brasser un peu la cage de la communauté internationale, engluée dans l'inaction face à ce terrible conflit.

« En 48 heures, nous avons recueilli l'appui de 70 pays en faveur de cette session spéciale », raconte Marc-André Blanchard, qui était de passage à La Presse, hier matin. Et ce, malgré l'obstruction active de la Russie qui a tout fait pour bloquer cette mobilisation.

L'avocat en droit des affaires, qui a été l'un des piliers du bureau de McCarthy Tétreault et qui a présidé le Parti libéral du Québec, cite cette récente mobilisation comme un exemple de ce que le Canada peut réaliser à l'ONU.

« Quand le Canada parle de la Syrie, nous avons une crédibilité grâce à notre leadership dans l'accueil de réfugiés syriens. »

- Marc-André Blanchard, ambassadeur du Canada à l'ONU, qui est entré en fonction au printemps

Oui, mais toute cette bonne volonté ne risque-t-elle pas de se heurter au niet russe, qui paralyse toute action sérieuse dans le dossier syrien ?

C'est vrai que le Conseil de sécurité est complètement bloqué à cause du veto de Moscou, reconnaît le nouvel ambassadeur canadien. Mais justement, la beauté de l'initiative canadienne, c'est de faire pression sur la Russie en passant par l'ensemble des États membres. En s'en servant, en quelque sorte, comme d'un comme levier.

Oui, et après ? Eh bien, l'initiative ne s'est pas arrêtée aux poignantes déclarations de Ban Ki-moon. Appuyée désormais par 74 États, elle vise maintenant à faire voter l'Assemblée générale sur une résolution dont les détails restent à déterminer. Mais dont l'objectif est d'alléger la souffrance des habitants assiégés d'Alep.

« Nous souhaitons communiquer au Conseil de sécurité le désir d'une vaste majorité des membres de l'ONU de faire quelque chose pour aider les habitants d'Alep-Est », résume Marc-André Blanchard.

Bref, le Canada veut aller chercher des appuis politiques pour pousser le Conseil de sécurité - et donc d'abord et avant tout la Russie - à accorder un répit humanitaire à Alep.

Après des années de politique de la chaise vide, quand ce n'était pas carrément de l'obstruction, sous le règne des conservateurs de Stephen Harper, le Canada a entrepris de retrouver sa place sur la scène internationale.

Ottawa est en voie de signer le Traité sur le commerce des armes et de revenir à la table de la lutte contre la désertification - deux conventions internationales auxquelles le gouvernement conservateur avait tourné le dos.

Mais c'est surtout par des actions concrètes, comme le retour dans les opérations de paix, un rôle de premier plan dans les négociations sur la lutte contre les changements climatiques ou encore l'initiative concernant Alep, qu'Ottawa espère décrocher une place au Conseil de sécurité pour les années 2021 et 2022. Occasion qu'il avait magistralement ratée en 2010...

« Le retour du Canada sur la scène internationale crée beaucoup d'espoir », se réjouit Marc-André Blanchard, qui cite l'histoire du pays, sa diversité démographique et culturelle, son bilinguisme, mais aussi ses entrées auprès de plusieurs alliés, comme les principaux atouts canadiens sur la scène internationale.

Il n'y a pas que le Canada à avoir changé. L'ONU est appelée à se transformer, elle aussi, sous la direction du Portugais Antonio Guterres, le prochain secrétaire général qui entrera en fonction en janvier 2017.

« Les agences de l'ONU ne peuvent plus travailler en silos, il faut faire les choses autrement, intervenir plus en amont, avant que les conflits n'éclatent », énumère Marc-André Blanchard. Il croit qu'Antonio Guterres, qui a dirigé le Haut Commissariat pour les réfugiés de 2005 à 2015, a ce souci de l'action concrète et du terrain dont l'ONU a grandement besoin.

À l'aube de la cinquantaine, Marc-André Blanchard a eu l'occasion de pratiquer le droit et la politique. Ce titulaire d'une maîtrise en droit international vient maintenant de se lancer dans une nouvelle carrière : la diplomatie.

Ironiquement, ce n'est pas la première fois qu'il foule les couloirs de l'ONU à New York. À l'époque où il étudiait à l'Université Columbia, il avait été recruté par les îles Marshall - un micro-État formé de 1156 îles et comptant tout juste 52 000 habitants - comme conseiller pour leurs représentations auprès de l'ONU. La boucle est en quelque sorte bouclée...

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